Vous avez un potager à Rouen et vous ne savez pas quoi en faire après l’incendie de Lubrizol ? Voici les conseils d’un agronome. (©Mathieu Normand/76actu)
Jean-Paul Thorez est ingénieur agronome de formation, et ancien directeur de l’agence régionale de l’environnement de l’ex-Haute-Normandie. Retraité, l’homme a écrit plusieurs livres sur le jardinage bio. Habitant dans l’agglomération rouennaise, il est également membre du conseil d’administration de l’association Les Champs des possibles, dont le but est de développer l’agriculture urbaine en agro-écologie dans la métropole.
Après l’incendie des stockages de l’usine pétrochimique Lubrizol et de Normandie Logistique, il répond aux inquiétudes des jardiniers de Rouen et livre ses conseils.
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76actu : Doit-on s’inquiéter si notre jardin a été exposé au panache de fumée ?
Jean-Paul Thorez : Je tiens à rassurer les jardiniers. Les analyses du sol des jardins dans la zone impactée par le nuage sont positives. Celles des autorités et celles que nous avons engagées de notre côté en tant que citoyen. C’est d’ailleurs plutôt rassurant que nos études se rejoignent.
Mais si l’incendie de Lubrizol n’a créé qu’une nouvelle légère pollution pour les sols, les analyses ont montré un environnement globalement très pollué. Dans les sols, on retrouve des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des métaux, des dioxines… Nous vivons encore dans une ère industrielle, et le sol enregistre l’héritage de tout ce qu’il s’est passé les décennies précédentes.
Les jardiniers parlent très rarement de la pollution des sols. Lubrizol a permis de la mettre en exergue. C’est notre réalité, et nous devons vivre et faire avec.
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Ne surtout pas enlever la première couche de terre
Que dois-je faire (et ne pas faire) dans mon potager pour lutter contre la pollution ?
D’abord, comme l’ont déjà annoncé les autorités, il ne faut pas consommer les fruits et les légumes exposés au moment où les suies se sont déposées. Ensuite, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne faut surtout pas enlever la première couche de terre de votre potager.
Il faut imaginer que le sol, c’est une sorte de station d’épuration pour traiter les dépôts atmosphériques. Ce sont des micro-organismes présents dans la première couche du sol qui s’attaquent aux polluants. La première couche en surface de la terre est en fait la plus vivante. Elle agit comme une éponge quand elle reçoit les polluants, et les fixe. Ce qui fait que les légumes ne les absorbent pas. C’est une sorte de barrière naturelle.
C’est pour cela qu’il est important que les jardiniers nourrissent leur terre une à deux fois par an avec de la matière organique : fumier, compost, humus…
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Amender la terre de calcaire
N’y-a-t-il aucune autre solution pour aider le sol à éliminer les polluants ?
En Normandie, tous les agriculteurs et jardiniers aguerris savent qu’il est important d’amender la terre de calcaire ou de marne régulièrement, pour lutter contre son acidification. Le calcaire ou la marne vont apporter un peu de calcium pour éviter l’acidité.
Il est important de faire cela, car en Normandie, il pleut beaucoup. Cela lessive les sols, et comme la pluie est elle-même acide, les sols peuvent devenir vraiment trop acides. Et quand le sol est trop acide, les plantes ont tendance à absorber plus rapidement les métaux toxiques comme le plomb ou le mercure.
Régulièrement, les jardiniers doivent donc apporter un amendement en calcaire. Cela s’achète en jardinerie. Il est également possible de mettre des cendres de bois, cela fait le même effet.
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