Jérôme Soligny raconte Bowie et l’écriture de ses albums dans « David Bowie : Rainbowman », une somme sur l’illustre musicien. (©JY Gargadennec)
Jérôme Soligny est journaliste pour Rock&Folk, musicien et écrivain (Je suis mort il y a vingt-cinq ans). Originaire du Havre (Seine-Maritime), il demeure fidèle à la Cité océane, même si ses activités l’ont amené à parcourir le monde. Fin connaisseur des Beatles, il est aussi spécialiste de David Bowie.
Il présentera, mercredi 4 décembre 2019, à La Galerne, David Bowie : Rainbowman, un ouvrage qui couvre la période 1967-1980. Préfacé par Tony Visconti, producteur historique de Bowie, le livre raconte l’écriture, les enregistrements des albums et les tournées. Un récit richement documenté car nourri de témoignages recueillis auprès de 300 professionnels.
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300 témoins racontent Bowie
76actu : Comment s’est construit ce projet de livre ? Après la disparition de Bowie en 2016, il n’était pas forcément question de sortir un nouveau livre sur le musicien. Pourquoi avoir accepté cette proposition ? En quoi était-elle spécifique ?
Jérôme Soligny : Le projet a évolué jusqu’à la fin. Après la mort de David, je n’étais pas chaud pour écrire quelque chose. On m’a sollicité, mais je n’avais pas envie de cachetonner sur le décès de Bowie. Puis, Gallimard m’a contacté et donné carte blanche pour faire ce que je voulais sur Bowie.
J’ai réfléchi à la proposition. C’était l’opportunité de faire quelque chose qui n’existait pas ou de présenter Bowie autrement. Mais comment ? Étant musicien et ayant eu le plaisir d’échanger avec Bowie, ses musiciens et producteurs, il m’a paru intéressant de raconter l’artiste à travers sa production musicale.
Le livre raconte Bowie à travers ses albums, rassemblant de nombreux témoignages. Comment de personnes ont accepté de prendre part à ce projet colossal ?
Je voulais donner la parole aux autres pour qu’ils racontent leur Bowie. J’ai recueilli l’opinion de ceux qui ont bossé avec lui. Ce qui est original, c’est le nombre d’interlocuteurs car ce sont 300 personnes qui ont été interviewées. Pour une fois, la parole est donnée aux seconds couteaux, ceux qui sont l’ombre, mais ont vraiment côtoyé Bowie.
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Album après album
Premier volume d’un projet qui comportera deux tomes, David Bowie : Rainbowman se concentre sur la musique et l’écriture des albums. Comment articuler informations factuelles et témoignages ?
J’ai opté pour une forme simple : il y autant de chapitres que d’albums. Les enregistrements sont racontés par moi-même. Je reste dans le factuel et recontextualise, puis je laisse la parole aux gens. Dans chaque chapitre, les témoignages sont identifiés et matérialisés par des pages violettes.
Souvent, les personnes moins connues disent des trucs plus intéressants ou racontent des anecdotes méconnues car elles ont rarement été interrogées.
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Rétablir la vérité
Le temps passe et les proches de Bowie vieillissent. Y avait-il une certaine urgence à faire ce travail ?
Oui, il y a une nécessité de recueillir les souvenirs car les gens vieillissent. Puis, il y a pas mal de légendes et de mythes sur Bowie qu’il faut déconstruire, même si ma volonté n’est pas de détruire une légende, mais plutôt de rétablir la vérité.
J’aurai, au total, consacré trois ans et demi de ma vie à ce projet. C’est une façon pour moi de tirer ma révérence sur le sujet. Le deuxième volume, qui devrait paraître dans un an, aura une vraie charge émotionnelle car on y évoquera Blackstar, ultime album. J’y étudie comment Bowie a évolué artistiquement, ses succès, mais aussi ses échecs. Bowie était génial, mais il n’a pas toujours vendu des tonnes de disques.
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Photos et illustrations
Le concept graphique du livre a été confié à Jonathan Barnbrook, designer des visuels de Bowie à partir du début des années 2000. Des illustrations de Lisa et Margaux Chetteau, deux jeunes illustratrices, viennent ponctuer la lecture. Quels ont été les choix effectués pour l’iconographie ?
Pour l’iconographie, je n’avais pas d’exigence particulière. Depuis le décès de Bowie, beaucoup de photographies ont circulé et des livres avec de superbes photos ont été publiées. Pour apporter quelque chose de neuf, j’ai fait appel à Lisa et Margaux, deux jeunes illustratrices que j’ai découvertes sur Instagram. Elles se sont embarquées dans l’histoire. Le résultat : des illustrations qui racontent et représentent Bowie autrement.
C’est une manière de passer le témoin, d’assurer la transmission ?
Il m’importait d’impliquer des jeunes dans le projet, comme un hommage à Bowie qui avait un sonar et sollicitait des jeunes, leur faisant confiance. Cela évite de s’enfermer dans une époque et de rester avec l’arrière-garde. Le rock continue de vivre. La preuve : nombreux sont les jeunes à écouter Klaus Nomi, Siouxsie, Nick Cave. Sans oublier Bowie !
Infos pratiques :
Mercredi 4 décembre 2019, à 18h, à La Galerne, 148 rue Victor-Hugo, au Havre.
Entrée libre.
David Bowie : Rainbowman (1967-1980), chez Gallimard. Prix : 35 euros.