Violent braquage d’un bar-tabac sur les Hauts de Rouen : deux hommes condamnés

Violent braquage d’un bar-tabac sur les Hauts de Rouen : deux hommes condamnés

Deux jeunes braqueurs ont été condamnés par le tribunal de Rouen (Seine-Maritime) le 19 novembre 2019.

Deux jeunes braqueurs ont été condamnés par le tribunal de Rouen (Seine-Maritime), le 19 novembre 2019. (©Illustration / AdobeStock)

Deux jeunes hommes ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Rouen (Seine-Maritime), mardi 19 novembre 2019, pour avoir braqué un bar-tabac situé sur les Hauts de Rouen en 2014.

Mardi 19 mars 2014, la police est contactée pour un braquage qui vient de se dérouler quelques minutes plus tôt dans un bar-tabac situé dans le quartier de la Grand Mare. Le propriétaire des lieux explique qu’il se trouvait derrière le comptoir, aux environ de 8 heures avec plusieurs clients, lorsque trois hommes « cagoulés, gantés et armés de pistolets et de bombe lacrymogène » ont pénétré dans son commerce. L’un d’eux crie alors : « C’est un braquage, couchez-vous. »

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Un vol sur deux minutes

Un client terrorisé, n’obtempérant pas aux injonctions du braqueur, reçoit « un violent coup dans le dos pour le forcer à se coucher au sol », relate la présidente du tribunal, mardi. Le buraliste est menacé par l’un des braqueurs, qui lui demande la caisse et s’empare de 1500 euros, puis se dirige avec lui dans la réserve, pour se faire ouvrir le coffre qui ne contient que des jeux à gratter.

Pendant ce temps, les deux autres braqueurs surveillent les clients, lorsqu’une femme enceinte de deux mois se présente à l’entrée du commerce. Ils la menacent également. Craignant pour sa vie, elle indique son état, et les voleurs la laissent repartir, puis font usage de leur bombe lacrymogène sur deux clients, avant de ranger le butin dans un sac et de prendre la fuite à bord d’un véhicule de couleur noire, volé un mois auparavant dans le Val-d’Oise.

Les clients et le propriétaire donnent un signalement précis des trois individus, décrivant notamment leurs tenues vestimentaires. Les policiers décident de patrouiller dans le secteur et remarquent un individu dont la tenue correspond au signalement. Ils décident de le contrôler. Jamel* est trouvé porteur de cannabis, il est donc interpellé. Vers 9 heures, le véhicule ayant servi au braquage est retrouvé à proximité des lieux, partiellement incendié. Les enquêteurs retrouvent une cagoule dans la boîte à gant du véhicule. L’ADN est exploité, il correspond à celui de Mohamed* : l’homme est interpellé à son tour.

En garde à vue, les hommes contestent les faits

L’enquête permet d’établir des contacts réguliers entre les deux hommes quelques minutes avant les faits, mais également lors du vol dans le Val-d’Oise.

En garde à vue, les deux hommes contestent toute participation à ce vol à main armée.

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Cinq ans après les faits, seul Mohamed est présent au procès. Jamel est représenté par son avocate, mais il a tenu à adresser un courrier au tribunal, dans lequel il reconnaît avoir récupéré la voiture noire pour un ami qui en avait besoin dans le cadre d’un braquage. Mohamed conteste être un des braqueurs : « J’étais chargé de conduire la voiture, on me l’a ramenée le matin du braquage devant chez moi, je devais aller les chercher près d’un collège, les déposer et les récupérer. »

« J’avais des dettes, je n’ai pas hésité »

Interrogé par le tribunal sur les raisons pour lesquelles il a accepté de participer à ce braquage, il répond : « J’avais des dettes, je n’ai pas hésité. On était quatre au total dans la voiture, je ne peux pas vous dire qui m’a demandé de le faire, mais c’était un métisse. À la fin du braquage, on est repartis chacun de notre côté, je regrette ce que j’ai fait. »

Pour l’avocate des parties civiles, les faits ont été particulièrement violents et choquants pour les clients. Le gérant se sent responsable de ce qu’ont subi ses clients. Elle réclame pour la cliente enceinte 6 000 euros de dommages et intérêts. Pour le client ayant été forcé à se coucher au sol, elle réclame 5 750 euros de préjudice et pour le gérant, menacé, mis en joue, elle réclame 8 000 euros.

« On était dans une action coordonnée »

Pour le ministère public, les faits sont pleinement caractérisés par les témoignages, la vidéosurveillance, l’exploitation téléphonique, l’ADN. « On était dans une action coordonnée, avec des cagoules, des gants, des armes : tout était planifié. » Il dénonce avec vigueur la mémoire « défaillante » de Mohamed, et rappelle les antécédents judiciaires « particulièrement lourds » des prévenus, notamment de Jamel, condamné par les assises pour mineur pour un précédent vol à main armé et en conclut « qu’ils n’ont pas tenu compte des avertissements de la justice ».

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Il requiert contre Jamel la peine de quatre ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans, et contre Mohamed la peine de trois ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans.

« Les faits sont anciens »

Le conseil de Mohamed, qui reconnaît sa participation comme « conducteur », précise qu’avec le recul son client a pris conscience de la gravité des faits et ne s’oppose pas à la peine proposée par le ministère public.

Le conseil de Jamel rappelle quant à lui que malgré son absence « il a tenu à reconnaître sa participation par écrit », et ne s’oppose pas non plus à la peine demandée par le ministère public, mais rappelle que son client est aujourd’hui inséré professionnellement, et que les faits sont anciens.

Le tribunal relaxe les prévenus pour la destruction par incendie du véhicule, les déclare coupables du surplus, mais en tant que complices, et les condamne à la peine de quatre ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans pour Jamel et trois ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux pour Mohamed. Chacun a l’obligation de travailler, d’indemniser les victimes à hauteur de 14 250 euros et l’interdiction de détenir ou porter une arme soumise à autorisation.**

* Les prénoms ont été modifiés
** Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.

De notre correspondant Frédéric Bernard

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