Depuis cinq ans, les bénévoles de l’association scrutent les rayons des grandes marques pour trouver des vêtements ergonomiques et tendance. (©Cover Dressing)
Trouver un pantalon que l’on peut enfiler seul lorsque l’on est en fauteuil roulant ou dénicher un soutien-gorge adapté à sa poitrine, après un cancer du sein… S’habiller dans le prêt-à-porter relève souvent du défi pour les personnes souffrant d’un handicap ou d’une limitation physique, liée à la vieillesse ou la maladie.
Parce qu’elle considère que la mode doit être accessible à tous, l’association Cover Dressing, basée au Havre (Seine-Maritime), a créé une plateforme où chacun peut partager ses trouvailles en matière de vêtements ergonomiques. En ligne depuis mardi 3 décembre 2019, ce réseau social d’un nouveau genre défend l’idée d’une mode inclusive.
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Connecter les profils aux vêtements correspondants
Pas facile de trouver de quoi s’habiller lorsque l’on porte une prothèse, que l’on a du mal à plier le bras ou bouger l’épaule ou que l’on se déplace en fauteuil. Et pourtant, en fouillant dans les rayons des boutiques des grandes marques de prêt-à-porter, l’association havraise Cover Dressing déniche depuis maintenant cinq ans des vêtements à la fois tendance et ergonomiques.
Du pull ample de chez H&M à la jupe stretch de chez Zara, les bénévoles scrutent les habits sous toutes leurs coutures et partagent désormais leurs trouvailles sur un tout nouveau site web. Lancée mardi, la plateforme bienaporter.com propose également aux internautes d’y poster leurs bons plans.
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En fonction des profils d’habillage – l’internaute peut par exemple entrer dans le catalogue en cliquant sur « je m’habille assis », « je m’habille avec un bras » ou « je m’habille avec une mastectomie » – le site propose des produits adaptés à chacun. Des recherches peuvent aussi être effectuées par marque, selon les goûts.
Pour m’habiller, je vais par exemple chercher des pantalons sans poche arrière, avec des ceintures extensibles, explique ainsi Julien, bénévole en fauteuil. Notre logiciel met en lien toutes les caractéristiques des vêtements avec les problématiques des personnes.
Sur le site, chacun produit proposé est répertorié selon différents critères ergonomiques et est accompagné du commentaire de la personne qui l’a testé. (©Capture Bienaporter.com)
Mode et santé, « un choc des cultures »
Si l’idée paraît toute simple, elle représente pourtant « un véritable choc des cultures, assure Muriel Robine, la fondatrice de l’association. Le monde de la mode tourne autour d’un corps parfait, standardisé. De l’autre côté, pour le monde médical, l’habillement reste encore un peu futile. On ne pense pas à l’aspect social qu’il comporte. »
C’est l’expérience d’une amie, qui « après un accident est sortie en survêtement de son parcours de soin, faute de mieux » a poussé Muriel à lancer l’association. Progressivement, un véritable « laboratoire » s’est formé autour d’elle, composé d’un ergothérapeute, d’une aide-soignante, d’une styliste et d’une quinzaine de bénévoles qui réalisent des séances de testing en boutique et développent leur propre R&D. Des partenariats avec des professionnels de santé, des associations comme la Ligue contre le cancer mais aussi certaines marques, comme celle de lingerie Darjeeling, se sont progressivement noués.
Je souffre d’un lymphœdème depuis l’âge de 5 ans, témoigne Dominique, qui s’est elle aussi investie dans Cover Dressing. Avec des bras et des jambes plus gros que la moyenne, j’ai dû faire faire mes pantalons pendant 10 ans, je ne trouvais que très difficilement des chaussures…. Cette solution, je la cherchais depuis de nombreuses années.
Sur le site, l’association a déjà mis en ligne plus d’une centaine d’articles testés par ses soins. (©Cover Dressing)
8 millions de personnes potentiellement concernées
Au delà de l’aspect pratique, qui permet donc à chacun de trouver des vêtements à son goût et à son budget, le projet porte une valeur sociale. « Ne pas être obligé de se tourner vers les joggings et trouver des vêtements dans lesquels les gens se sentent bien, c’est aussi finalement retrouver une dignité, assure Nathalie qui, après un accident du travail, s’est retrouvée avec une mobilité de l’épaule réduite.
« L’habillage a un impact sur l’estime de soi, le regard des autres, confirme Muriel Robine. Nous voyons le vêtement comme une métaphore de la société, et ce que l’on veut, c’est en craquer un peu les coutures pour que tout le monde y trouve sa place. »
D’autant plus que l’enjeu est de taille : en France, huit millions de personnes seraient ainsi concernées par ces problématiques d’habillement. « Ce que l’on espère à terme, c’est que le site montre aux grandes marques le potentiel de ce marché, et que cela amène le monde de la mode à mieux appréhender ces problématiques. »