Un homme a été condamné, mardi 16 juillet 2019, pour avoir fait entrer du cannabis dans la maison d’arrêt de Rouen. (©JB/76actu/Illustration)
Tony*, 29 ans, est incarcéré depuis septembre 2018 à la maison d’arrêt de Rouen, où il exécute une peine de 18 mois d’emprisonnement. L’homme aux 13 mentions au casier judiciaire, dont plusieurs pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, décide de se mobiliser pour se réinsérer. Il obtient un travail comme peintre au sein de la détention, fait des démarches avec un organisme pour s’inscrire à une formation en vue de sa sortie fin août 2019, indemnise les victimes chaque mois et suit des soins psychologiques.
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44 grammes pour rembourser une dette
Tous ces efforts sont réduits à néant lorsque Tony se rend compte que son ancien dealeur, envers qui il avait jadis contracté une dette de stupéfiants, est incarcéré lui aussi à la maison d’arrêt de Rouen. Dès lors, précise le dossier de procédure, les violences verbales, les brimades puis les violences physiques s’enchaînent, et Tony se voit contraint de rester enfermé dans sa cellule : « je ne sors plus, je ne vais plus en promenade ni à la douche, car j’ai peur des représailles ; quand je n’ai pas le choix de sortir, les surveillants me font prendre des chemins différents pour ma sécurité ». Suite aux pressions de ce dealeur et de ses amis, Tony est selon ses dires contraint de faire entrer au parloir de la résine de cannabis : « 44 grammes », précise le tribunal.
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Dans le box, Tony reconnaît les faits : « j’ai demandé à ma femme de me ramener du cannabis au parloir de la prison. Ce n’était pas pour moi, c’était pour rembourser ma dette. Je l’ai caché entre mes fesses ». Sa femme, qui sera jugée en novembre, reconnaît pour sa part avoir versé 150 euros à la demande de son mari pour 44 grammes de cannabis.
Pour le ministère public, bien que ces délits soient fréquents en détention, ils n’en restent pas moins des délits commis en récidive légale et en détention. Malgré le fait que celui-ci ait conscience des pressions que Tony a subies, il requiert la peine de 6 mois d’emprisonnement supplémentaires, et son maintien en détention.
« Ses efforts de réinsertion réduits à néant »
Pour l’avocate de Tony, l’affaire jugée est particulière en raison de la situation de son client. Elle raconte son parcours : « il a été longtemps SDF, mais il s’est battu et a décidé de changer de vie. Il s’est marié et a eu des enfants, mais en raison des violences dont il a été victime en détention, tous ses efforts de réinsertion ont été réduits à néant ». Elle demande une peine clémente au tribunal, afin que son client puisse retrouver la liberté comme prévu fin août.
Le tribunal entendra partiellement ses arguments, condamnant Tony à la peine de deux mois d’emprisonnement supplémentaires, et ordonnant son maintien en détention. **
* Les prénoms ont été modifiés
** Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
De notre correspondant Frédéric Bernard