Avec le vieillissement des médecins généraux libéraux et le manque d’attractivité vers ce métier, les déserts médicaux menacent également les grandes villes comme Rouen (Seine-Maritime). (©Adobe Stock/Illustration)
« Bonjour, je cherche un médecin traitant à Rouen, prenez-vous des nouveaux patients en charge ? » « Non, désolé. » « Bonjour, j’essaie de trouver un médecin traitant à Rouen… » « Non, désolée, je ne peux pas prendre de nouveaux patients. »
Trouver un médecin traitant à Rouen (Seine-Maritime), c’est une vraie galère. Pourtant, selon les chiffres de l’Agence régionale de santé (ARS) Normandie, le ratio de médecins généralistes par rapport au nombre d’habitants est meilleur qu’au niveau régional.
« Au 30 septembre 2019, la ville de Rouen comptait 101 médecins généralistes libéraux, soit 1 090 habitants pour un médecin, indique l’ARS. Ce constat est plus favorable par rapport à la moyenne régionale (1 426 habitants pour un médecin) ou départementale (1 323 habitants pour un médecin). »
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« La France, bientôt un Sahara médical »
Mais alors que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce si compliqué de trouver un généraliste qui accepte de nouveaux patients en tant que médecin traitant ? Dr Bruno Burel, médecin généraliste à Rouen et deuxième secrétaire général adjoint de l’Union régionale des médecins libéraux (Urml), nous explique pourquoi.
La France sera bientôt un Sahara médical. Et pas seulement dans les campagnes. Le phénomène touche aussi les villes comme Rouen.
Bruno Burel précise que les médecins généraux libéraux sont de plus en plus âgés de manière générale. Selon des chiffres publiés par Le Quotidien du médecin, 5 % de médecins généralistes étaient âgés de plus de 60 ans en 2004. Ils étaient 30 % en 2018. « Ces médecins âgés ont donc une patientèle âgée, qui prend beaucoup plus de temps que des patients plus jeunes. C’est pour cela que les médecins refusent de prendre des nouveaux patients en tant que médecin traitant. Ce n’est pas que l’on ne veut pas, mais nous ne pouvons pas assurer du bon travail derrière. Alors on préfère refuser. »
Chaque année, 1 000 généralistes en moins sont comptabilisés par l’Ordre des médecins. Concernant la démographie, la France compte 102 000 généralistes sur 226 000 médecins en 2018. Et d’ici à 2025, on prévoit seulement 77 000 généralistes en raison des départs massifs en retraite non remplacés.
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Des journées « à rallonge »
Aujourd’hui, avec environ 2 000 patients en tant que médecin traitant, Bruno Burel assure faire des journées « à rallonge ». « Si je ferme mon cabinet à 19 heures, je reste encore jusqu’à 21 heures pour faire de l’administratif, une tâche qui s’est alourdie au fil des années. Les jeunes médecins n’ont plus envie d’avoir cette vie-là. C’est pour ça qu’ils ne s’installent pas… »
Pour ce médecin de Rouen, pour éviter le désert médical rouennais, il faudrait rendre plus accessible les subventions pour avoir un assistant médical « afin de décharger le médecin des tâches administratives » :
Aujourd’hui, remplir un dossier pour la Maison départementale des personnes handicapées (Mdph), ça prend 30 minutes. Et on demande des ordonnances pour tout, même pour faire du tricot ! Cela prend 15 minutes de temps au médecin, qui ne peut pas prendre de nouveaux patients en tant que médecin traitant…
Pour lui, les dernières mesures vont dans le bon sens, notamment avec les installations de maisons médicales, « qui permettent aux médecins de se relayer pour les gardes, les vacances… »
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Augmenter le coût de la consultation
Enfin, pour lui, le nerf de la guerre, c’est l’argent. Bruno Burel rappelle que les médecins généraux libéraux français gagnent les salaires les plus bas d’Europe. « Nous gagnons 6 000 euros par mois, pour entre 65 et 70 heures par semaine, estime-t-il. Mais attention, c’est un revenu libéral auquel il faut enlever les charges… Ce n’est pas motivant pour les jeunes, qui ont fait neuf ans d’études et passé un concours difficile. »
« En Angleterre et en Allemagne, le salaire est deux fois plus élevé », ajoute-t-il. Pour ce médecin de Rouen, il faudrait augmenter le coût de la consultation, « passer de 25 à 40 euros ».
Que faire pour trouver un médecin traitant ?
La Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) Rouen-Elbeuf-Dieppe propose des solutions aux patients qui ne trouvent pas de médecin traitant. Dans un premier temps, elle les invite d’abord à consulter l’annuaire santé sur le site Ameli.fr. Et si vous n’avez pas de médecin traitant parce que vous n’avez pas réussi à en trouver un, des solutions existent sur le territoire de résidence via les organisations coordonnées territoriales comme les maisons de santé.
Enfin, si l’assuré rencontre des difficultés pour trouver un médecin traitant, il peut saisir le médiateur de la CPAM directement, toujours sur le site Ameli.fr.