Je rumine ce billet depuis plusieurs jours et je crois qu’il faut que je dise haut et fort ma colère, mon incompréhension. Trop de gens sont confrontés à des situations comme la mienne et vivent des drames. Perdre des parents âgés, des grands-parent c’est une chose à laquelle on se prépare un jour, mais il y a les conditions dans lesquelles cela se passe :
Ma mère et mon beau-père ont été hospitalisés en urgence tous les deux dans le même établissement, mais dans deux services différents, mon beau-père (90 ans) en gériatrie et ma mère (91 ans) en cardiologie.
Nous nous étions résignés à l’idée que nous ne pourrions les voir et être confrontés au drame des personnes isolées, séparées de leurs proches qui sombrent dans la tristesse due à la solitude. Nous l’avons accepté parce que nous pensions (et pensons encore) les voir à un moment.
Cette résignation a laissé place à l’incompréhension quand nous avons appris que la fille de mon beau-père pouvait voir son père une heure par jour (n’y voyez aucune jalousie, je suis tellement heureuse que mon beau-père puisse avoir de la visite). Par contre, pour nous, en cardio les visites étaient totalement interdites ! Et il n’était pas question de prendre le moindre risque de contamination !
Je considère que c’est une échelle de valeur de la vie : les patients en cardio valent plus que des patients en gériatrie. Alors que dans les deux cas on est bien sur des patients fragiles face au virus ?
Ce qui s’est passé par la suite devient de plus en plus incompréhensible : ma mère aurait du avoir sa 2e injection de vaccin, j’ai alerté les infirmières à ce sujet… Pas de retour ! Et puis lundi à 12h l’hôpital appelle pour que, nous, ses enfants, nous venions chercher notre mère pour l’emmener se faire vacciner à 13h (heure du RV) ! Alors que nous avions interdiction de la voir, nous aurions pu la faire sortir, voir du monde et la ramener ensuite à l’hôpital sans que cela ne pose aucun problème !!!
Le pire dans tout cela, c’est que ma fille qui habite à Aix était là pour quelque jours, elle devait voir ses grands-parents qu’elle n’avait pas vu depuis Noël (avec toutes les précautions d’usage) non seulement cela n’a pu se faire, mais c’est pendant que nous étions parties prendre l’air à Etretat, que l’hôpital a appelé ! Nous laissant avec le remord et la culpabilité de n’avoir pas été là, d’être allée nous promener alors que nous aurions pu voir sa grand-mère et lui faire faire sa 2e injection de vaccin.
Mais ce n’est pas fini, ils ont fini par être transférés tous les deux dans le même service de « soins de suite », ma mère a pu voir mon beau-père (merci au personnel hospitalier qui a permis cela). Et aujourd’hui, nous avons très peur car la covid s’est invitée dans le service, mon beau-père a été testé positif et ma mère non…
Cet ascenseur émotionnel est terrible, nous nous accrochons à cet espoir de pouvoir les faire sortir, même si nous savons qu’ils ne pourront plus retourner dans leur maison et peut être même rester ensemble…