Kevin travaille depuis plusieurs années au sein de l’usine Lubrizol, dont l’entrepôt A5 a pris feu, jeudi 26 septembre 2019, à 2h40 du matin. (©RT/76actu)
« Je connais l’usine quasiment par cœur. » Kevin* travaille depuis plusieurs années au sein de l’usine Seveso Lubrizol, dont l’entrepôt A5 a brûlé jeudi 26 septembre 2019, entre 2h40 et 14 heures. Depuis mardi 1er octobre, la population connaît les produits qui étaient stockés dans ce bâtiment. Plus de 5 200 tonnes de produits chimiques sont partis en fumée, créant un gigantesque panache noir de fumée se répandant jusqu’en Belgique.
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L’entrepôt A5, « c’est l’endroit où tous les fûts sont entreposés »
Kevin, Rouennais, connaît très bien cet entrepôt en cause. « C’est l’endroit où tous les fûts sont entreposés. Ils sont destinés à être livrés aux clients. Je sais qu’il y a un système de sprinkler [extincteur automatique à eau, ndlr] dans l’A5. » Cet employé trouve « très surprenant » que ce soit cet entrepôt qui soit incendié :
Pour qu’il ait un incendie, il faut un déclencheur, une étincelle, un point chaud, or il n’y avait pas d’activité à cet endroit et pas de travaux en cours. Seulement des engins de transport de palettes qui font des allers-retours.
Des explosions au loin, des boules de feu sortent de l'usine #Lubrizol #Rouen. "C'est le stock parc de Lubrizol qui crame où il y a tous les produits chimiques", dit un salarié qui travaille normalement à l'intérieur. @76actu pic.twitter.com/8scvtoYPYx
— Raphaël Tual (@raphtual) September 26, 2019
« La sécurité renforcée » après les attentats de 2015
L’entrepôt A5 « est loin de la clôture, à 15-20 mètres ». Mais « en face de cet entrepôt, il y a le A4, beaucoup plus petit. Lui est situé à proximité de la clôture et entre les deux bâtiments, il y a avait des fûts entreposés ». Selon lui, sans qu’il n’ait aucun élément pour étayer ses dires, le feu aurait pu se déclencher au niveau de ce baraquement, avec un « effet domino » qui permette une propagation au parc de stockage des fûts.
À la suite des attentats du Bataclan en 2015, « la sécurité avait été renforcée ». « Il a été procédé à l’installation de barbelés concertina qui empêchent les intrusions. » De plus, « tout le site est équipé de caméras et nous sommes tous badgés. Les deux seuls entrées, au sud et à l’ouest sont surveillées par des postes de garde », certifie Kevin qui confie qu’avant les attentats, « on pouvait entrer comme on voulait ». Cela dit, « quelqu’un de mal intentionné, peut toujours rentrer ».
La question de l’intrusion est d’autant plus prégnante que nous avons recueilli le témoignage de Jérémy, qui, en revenant de soirée, avait pu pénétrer au sein de l’usine en feu, dès 4 heures du matin. Il était resté plus de trois heures, caché dans un camion-benne. Jérémy a depuis été auditionné lundi 30 septembre, par les enquêteurs de la police judiciaire. Jérémy, de son plein gré, a voulu collaborer avec la justice. Il n’a pas été inquiété dans cette enquête.
Selon Lubrizol, « la vidéosurveillance et des témoins oculaires indiquent que le feu a tout d’abord été observé et signalé à l’extérieur du site, ce qui suggère que l’origine du feu est extérieure à Lubrizol et que le feu s’est malheureusement propagé sur notre site ». La société a déposé plainte le 28 septembre, pour « destruction involontaire par explosion ou incendie par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence ».
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« Nous ne connaissions pas les produits, les mélanges »
Concernant les produits stockés, les employés ne savaient pas eux-même ce que contenaient les fûts. « Même nous, nous avions du mal à connaître les produits et les mélanges réalisés. C’était très secret. » Kevin n’est « pas étonné que Lubrizol ait eu du mal à connaître exactement les produits stockés » et ait mis du temps avant de communiquer cette liste aux autorités.
En attendant de savoir si l’usine, aujourd’hui à l’arrêt, rouvrira un jour ou non, Kevin continue d’être payé par la société Lubrizol, « mais je reste chez [lui], sans aucune consigne, ni nouvelle » :
Je suis dans le flou. Je ne sais pas ce qui va se passer.
Kevin ne s’inquiète pas pour son avenir personnel, « du travail j’en retrouverai s’il le faut », mais est persuadé qu’une hécatombe économique est à prévoir si l’usine fermait définitivement : « Pas loin de 1 000 emplois, directs et indirects, seraient menacés par une fermeture du site. » Lubrizol emploi directement 416 salariés sur le site rouennais.
*Le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.