Depuis sept mois, une Havraise recherche pour ses deux petites filles, un médecin généraliste. (©DR)
Marie*, ne pensait pas qu’une telle situation puisse arriver dans une grande ville comme Le Havre (Seine-Maritime). Et pourtant, depuis sept mois et le départ en retraite du médecin qui s’occupait de toute sa famille, dans le quartier Sainte-Marie, elle recherche un autre référent notamment pour s’occuper de ces deux filles âgées de sept mois et sept ans. « J’ai fait tous les cabinets possibles… Mais aucun ne veut prendre de nouveaux patients. Je ne sais plus vers qui me tourner. » Témoignage.
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« Les cabinets, la PMI, la mairie… je crois avoir alerté tout le monde »
La grande chance de Marie, c’est que ces deux petites filles âgées de sept mois et sept ans sont plutôt en bonne santé. « Et très franchement, vu ce que l’on vit, je croise les doigts pour que ça continue ainsi. » En décembre dernier, son médecin de famille dans le quartier Sainte-Marie où elle habite part à la retraite. « Il a rassuré tous ses patients en leur disant qu’un autre médecin allait arriver. Mais en fait… personne n’a repris son cabinet. »
Marie va donc partir à la recherche d’un nouveau médecin référent au Havre. « J’ai téléphoné à plus d’une vingtaine de cabinets en expliquant mon cas, à chaque fois on m’a répondu que les médecins étaient submergés et qu’ils ne prenaient plus de nouveaux patients. » Marie a l’impression d’avoir frappé à toutes les portes. « À la mairie, on m’a conseillé de chercher un référent à l’extérieur du Havre mais je n’ai pas de moyens de locomotion. » La maman est donc allée à la PMI (Protection Maternelle et Infantile) : « Là, on m’a dit qu’un conciliateur pourrait être alerté pour nous trouver une solution mais que rien n’était certain et qu’il valait mieux que je cherche une solution. »
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Trois heures d’attente chez le médecin de garde
Lundi 1er juillet, la grande fille de Marie tombe malade. « Comme d’habitude, je téléphone à des médecins au Havre, on m’a répondu qu’il n’y avait pas de places et que je devais attendre 20 heures, le médecin de garde. Ce que j’ai fait. Et j’ai pu le constater en attendant jusqu’à 23 heures, eux aussi ont des plannings saturés. » Marie le sait, « Au pire, il y a évidemment les Urgences mais franchement, je ne me vois pas avec tout ce qu’il se dit en ce moment sur les services saturés aller aux Urgences pour une simple maladie infantile. »
URGENT: Quelqun sur #LeHavre aurait le nom d'un généraliste en ville basse qui prends des nouveaux patient ou prend en RDV?! 6 mois que chez moi noud sommes sans médecin et la j en ai besoin d'un VITE! Je sais plus vers qui me tourner! #MédecinLeHavre @JBGastinne #LH pic.twitter.com/R8DGhqC44R
— Anygma76 (@Anygma76) July 1, 2019
Et du côté des spécialistes ? « Je crois que c’est encore pire, les pédiatres me répondent la même chose que les cabinets médicaux. » Marie se demande : « Dans certaines villes, on fait venir des médecins étrangers pour palier le manque, pourquoi pas au Havre ? »
Le manque de médecins généralistes au Havre, un sujet qui revient souvent via les réseaux sociaux, mais aussi lors de débats au conseil municipal ou communautaire.
« La situation va s’améliorer mais pas avant cinq ans »
Président de l’ordre des médecins de Seine-Maritime, Patrick Daimé connaît bien ce problème de manque de médecins généralistes sur Le Havre. « On reçoit des témoignages comme celui de cette dame très régulièrement. »
La majorité de nos confrères sont totalement surbookés. Aujourd’hui nous sommes parvenus avec l’Assurance maladie à ce que la double peine ne soit plus appliquée aux personnes qui ne parviennent pas à trouver un médecin traitant et qui devaient donc payer le tarif hors parcours de soin lorsqu’elles parvenaient à obtenir une consultation.
Mais le département reste sous-doté par rapport à la moyenne nationale : 90 médecins pour 100 000 habitants, la moyenne nationale étant de 94. Et si les Villes échappaient à ce souci de désert médical auparavant, ce n’est plus le cas. La faute selon Patrick Daimé au numerus clausus : « avec ce nombre de médecins bloqué pendant beaucoup trop longtemps, histoire de faire en sorte qu’il n’y ait pas trop de prescriptions : cette aberration est pour beaucoup dans la situation que nous vivons actuellement ». Le nouveau plan de santé 2022 adopté récemment qui prévoit la fin de ce numerus clausus devrait engendrer plus d’installations dans les zones aujourd’hui sous-dotées.
Mais la situation ne pourra pas s’arranger sur du court terme. En effet le nombre de confrères qui vont partir à la retraite va être très important d’ici les deux à trois prochaines années. Pour une Ville comme Le Havre, je suis positif, mais il faudra patienter cinq ans minimum avant de voir les effets positifs de ce plan, soutient Patrick Daimé.
En attendant, le Président incite ses confrères à rejoindre un nombre conséquent de médecins qui « ont accepté même s’ils sont à la retraite de travailler à temps partiel pour répondre à la demande. »
« De notre côté avec l’Agence régionale de santé et l’Assurance maladie, nous poursuivons notre travail pour réduire les inégalités territoriales intra-urbaines. » Car, selon le président de l’ordre des médecins, au manque de généralistes en Ville s’ajoute aujourd’hui la défection des médecins dans les quartiers sensibles.
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*Le prénom a été changé
Infos pratiques :
Pour consulter les données liées à la densité médicale en Seine-maritime, c’est ici.