Le 9e album de Tahiti 80 est sorti. Here with you a été composé dans des conditions singulières. Mais la couleur de Tahiti 80 est bien là, avec néanmoins davantage de nuances qui ne nuisent pas à la cohérence de ce disque. La voix de Xavier Boyer, si reconnaissable, vient également faire le lien. La pop dansante du groupe rouennais se pare d’élégantes teintes rock, soul, funk… Here with you aux apparences légères et enjouées révèle une réelle mélancolie et une fausse insouciance. Entretien avec Xavier Boyer, chanteur et guitariste, avant le concert vendredi 1er avril au Tetris au Havre.
Le groupe est en résidence au Tetris au Havre où vous donnez le premier concert de la tournée. C’est un moment qui doit être attendu.
Oui, nous n’avons pas joué depuis décembre 2019. C’est long, évidemment. Mais il faut remettre tout cela dans le contexte général. Nous étions tous en pause forcée. Nous avons pris notre mal en patience. Il a fallu attendre le bon moment. Maintenant, tout se met en place.
Est-ce que tout a été écrit et composé pendant les confinements ?
Non, nous avions commencé le travail un peu avant. Juste après le dernier concert, nous avions répété plusieurs fois pour défricher les nouveaux titres. Environ 50 % du travail était fait. Puis, chacun est resté coincé chez soi et nous sommes entrés dans un processus différent. Chacun a travaillé chez soi.
Aujourd’hui, que retenez-vous de cette expérience ?
C’était assez déstabilisant. Il a fallu s’adapter. Quand nous sommes tous dans la même pièce, nous pouvons rebondir sur les idées des uns et des autres. Quand l’un est seul, il peut aller jusqu’au bout de son idée. C’est ce qui s’est produit pendant les confinements. Cela a changé la donne. Nous avions de nouvelles cartes à jouer et nous nous en sommes servis. Dans cet album, il y a un véritable apport de chacun. Dans un contexte étrange, avoir cet objectif de terminer ce disque nous a motivés et permis de passer ce moment. Après avoir été seul maître à bord de son bateau, il a fallu nous retrouver et confronter tout ce travail. Nous n’avons pas toujours été d’accord. Tout ce mélange crée tout de même une unité.
D’où vient cette unité ?
Je pense qu’elle vient de la longévité du groupe. Nous ne pouvons pas dévier. Avec Tahiti 80, nous avons une idée forte en tête, les mêmes obsessions musicales. Le son du groupe évolue mais son âme reste. Nous sommes sur cette ligne fine entre cette volonté de nous renouveler et cet attachement à nos valeurs et nos envies. Nous avons un cap.
Quelles étaient les envies de départ pour Here with you ?
Nous avions envie de faire un disque rapidement sur une période courte. Nous avions balisé nos sessions de travail. Nous avions aussi changé notre approche. Au tout début, chacun est arrivé avec quatre ou cinq photos qui n’avaient pas forcément de rapport avec la musique. Je suis venu avec une image d’une rave party de la fin des années 1980 ou du début des années 1990. Je voulais que l’on trouve un sentiment de communion. Lors de la tournée précédente, nous avons joué dans des pays où nous n’étions pas allés depuis longtemps. Et c’était très festif. J’avais envie de transcrire sur le disque cette cohésion avec nos fans, de baser les titres sur le groove, une « pulse » dansante. Ce qui n’a pas empêché d’aller à contre courant dans les paroles des chansons.
Où puiser l’inspiration pendant un confinement ?
Cela a été tout le problème. Pendant les tournées, on peut attraper des phrases. Il se passe toujours des choses. Là, nous étions chez nous. Par exemple, dans le titre, Telling myself, il y a une ambiance de monologue. C’est une personne qui réfléchit et s’interroge. Le film, Calling by your name (de Luca Guadagnino) avec Timothée Chalamet, m’a donné un contexte. En fait, on se laisse inspirer par ce qui est là, une œuvre de fiction. On est davantage dans le fantasme que dans le vécu.
Quel est le point de départ de Lost in the sound ?
Elle a été écrite avant le confinement. Sur une boucle, issue de The Sunshine Beat, que nous avons transformée, j’ai voulu parler de ce moment où tu te réveilles avec une mélodie en tête. Tu te demandes alors si tu dois te réveiller complètement pour la noter ou pas. J’avais aussi envie d’un moment où on se retrouve tous. Les djs parlent de cela, de ce contrôle du tempo, de ce rythme collé sur les battements du cœur. Là, nous pouvons tous être unis par le groove. C’est une vision un peu hédoniste.
Est-ce qu’il vous arrive fréquemment de vous perdre dans les méandres du son ?
C’est un sentiment que je recherche. Quand j’aime une musique, elle doit me porter de cette façon. C’est ce que nous voulons susciter chez le public afin qu’il s’oublie.
Infos pratiques
- Vendredi 1er avril à 20 heures au Tetris au Havre
- Première partie : Own
- Tarifs : 11 €, 8 €
- Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr
- Des places sont à gagner