Servir la Normandie et non s’en servir: au sujet de la célébration du millénaire de la ville de Caen (2025 ou 2027?)

Servir la Normandie et non s’en servir: au sujet de la célébration du millénaire de la ville de Caen (2025 ou 2027?)

Billet de Florestan:

SERVIR LA NORMANDIE ET NON S’EN SERVIR!
Le grand historien de la Normandie médiévale, Lucien Musset n’en parle pas et pourtant, c’est… vrai!
En 1025 une charte signée par le Comte Joël Le Bruneau fait état de la fondation d’un village sur le gué de l’Orne qui prendra, plus tard, le nom de Caen lorsque le Duc Guillaume de Normandie décidera d’y établir son château…
Il était donc légitime qu’en 2025 son lointain ancêtre, l’actuel maire de Caen, ait décidé de lui rendre hommage en célébrant le… millénaire de cette fondation.
Vous n’êtes pas obligés de croire à cette post-vérité historique digne du Gorafi ou de… Donald Trump!
Opération confort Millenium
L’Histoire ne consiste pas à raconter des histoires et encore moins à recréer une histoire dont on a aucune preuve historique pour que mille ans plus tard, un petit acteur de l’histoire locale puisse entrer dans la grande histoire de la Normandie… avec tout le confort moderne!
Si l’on devait célébrer le millénaire bien mérité de notre bonne ville de Caen, encore faudrait-il le faire sur la base des certitudes documentaires qui nous sont données par les autorités universitaires les plus indiscutables dès lors qu’il s’agit des chartes de la Normandie médiévale, à savoir: Lucien Musset qui peut nous certifier que le premier document conservé dans nos archives où apparaît le nom de la future ville de Caen est daté de 1026 ou 1027, en l’occurrence, une charte du duc Richard II qui donne des terres caennaises à l’abbaye de Fécamp.
Donc, comme il n’y a jamais eu de charte de fondation en tant que telle de la ville de Caen, c’est cette charte de donation datée de 1026 ou de 1027 qui peut servir de base authentique à la célébration d’un millénaire de la ville de Caen: cela nous renvoie à l’année 2026 voire… 2027 si l’on avait l’audace, la même année, non pas de fêter un millénaire mais… deux!
Celui de la ville de Caen et celui de la naissance de celui qui fera de Caen sa ville sinon sa capitale: Guillaume Le Conquérant (1027- 1087).
Sauf que pour le lointain descendant du comte Joël qui est l’actuel maire de Caen qui nous a promis de ne pas aller au-delà du mandat de six ans qu’il a entamé depuis cette année dans les conditions que nous savons, cette excellente idée de célébrer le double millénaire de Caen et de notre duc Guillaume en 2027 présente l’inconvénient politicien majeur de tomber après les prochaines élections municipales:
On comprend, en effet, que l’actuel maire de Caen n’ait pas trop envie de faire rimer des fêtes avec… défaite !
Cette affaire consternante pour l’intégrité intellectuelle et la vérité historique ne fait que reprendre une belle tradition médiévale: celle des fausses chartes et des fausses reliques certifiées comme authentiques pour relancer un pèlerinage ou redorer le blason d’une ville ou d’une abbaye!
De là à recruter un « chef de projet » pour mettre en scène cette « forgerie » pour le moins scandaleuse dans l’Histoire de la Normandie pour s’en servir au lieu de la servir…
Voir, sous le lien suivant, l’article de Maxence Gorréguès pour l’hebdomadaire local Liberté: visiblement, le journalisme d’investigation ne l’intéresse pas… Du moins, pas encore!

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Ci-après, l’annonce officielle de recrutement d’un « chef de projet » pour mettre en scène le projet « Millénaire » (sic!): le profil recherché ne précise pas si la ville de Caen souhaite recruter ou non un historien médiéviste issu de la très exigeante école des Chartes…

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Commentaire de Florestan:

Par principe, le patrimoine historique le plus ancien est dans le domaine public. N’ayant pas d’ayant-droits privés pour en exiger le respect de l’intégrité, la valorisation, l’entretien et la restauration de ce patrimoine historique est donc à la merci de la bonne volonté plus ou moins bien éclairée de nos élus et nos administrations publiques. Mais on constate, hélas, de plus en plus, que ce précieux bien commun mis à la disposition de tous les citoyens est accaparé ou instrumentalisé par les élus qui en font ce qu’ils veulent en fonction de leurs lubies et de leurs intérêts du moment…

« Revisiter » comme on dit maintenant, les tripes à la mode de Caen en les accomodant avec des fraises Tagada serait absurde, voire… dégoûtant.

Pas sûr que « revisiter » l’histoire millénaire de la ville de Caen à l’aune d’un mandat municipal du début du XXIe siècle soit plus opportun!

Letoile de Normandie

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