La cathédrale Notre-Notre-Dame d’Évreux retrouve sa blancheur originelle grâce au nettoyage de ses pierres (©Laurent Ridel)
En majorité dédiées à Notre-Dame, ces monuments dominent les villes de Rouen, du Havre, d’Évreux, de Lisieux, de Sées, de Bayeux et de Coutances. En tant que merveilles de l’architecture religieuse, elles nous fascinent. Nous les visitons massivement, croyants comme non-croyants. Pourtant, les cathédrales de Normandie ne sont pas très bien connues. Savez-vous par exemple que la dernière d’entre elles a moins de 50 ans ? Pourriez-vous citer la ville du département de la Manche qui a osé raser complètement la sienne ?
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Les cathédrales, plus grandes églises de Normandie
Cette affirmation mérite plutôt un « moui » qu’un franc « oui ». Pour être appelé cathédrale, ne croyez pas que la taille est déterminante. Il faut qu’un un évêque y officie. Autrement dit, la cathédrale est le chef-lieu d’un diocèse comme une préfecture est le chef-lieu d’un département. D’ailleurs, entrez dans le monument ; vous apercevrez un grand siège, la cathèdre : c’est là que s’assoit le prélat. De cet élément mobilier découle le nom de cathédrale.
Le statut élevé des cathédrales explique leurs dimensions généralement considérables. Elles ne passent pas inaperçues dans le paysage urbain, faisant d’elle des points de repère précieux pour les touristes égarés. Cependant, du Moyen Âge sont sorties d’autres églises surdimensionnées, notamment des abbatiales (les églises des abbayes).
Pour preuve, après la cathédrale de Rouen, la plus grande église de Normandie se trouve à quelques centaines de mètres : il s’agit de l’abbatiale Saint-Ouen de Rouen. D’autres abbatiales, comme La-Trinité-de-Fécamp ou Saint-Étienne de Caen, sont plus vastes que la plupart des cathédrales normandes. Le XXe siècle a créé une autre géante : la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux (à ne pas confondre avec la cathédrale située dans le centre-ville).
Il n’empêche qu’avec une surface d’environ 5500 m² et une longueur de 137 m, la cathédrale de Rouen est la plus grande église de Normandie et même l’une des plus importantes de France.
Moins intéressantes que Notre-Dame de Paris ou la cathédrale d’Amiens
Les touristes ne semblent pas marquer de préférence, comme en témoignent les notes affichées sur le site web Trip Advisor : cinq des sept cathédrales normandes reçoivent une moyenne enviable de 4,5/5, soit autant que les fleurons du gothique français comme Notre-Dame de Paris ou Notre-Dame d’Amiens.
Chacune est une réussite architecturale fascinante. Admirez les flèches élancées de la cathédrale de Coutances. Enfoncez-vous dans la crypte de la cathédrale de Bayeux (Notre-Dame de Paris, d’Amiens ou de Reims en sont dépourvues). Détaillez les magnifiques vitraux XVe siècle de la cathédrale d’Évreux. Levez enfin les yeux vers la flèche en fonte de la cathédrale de Rouen : grâce à cette pointe audacieuse, la capitale normande a l’honneur d’abriter le plus haut édifice religieux de France (151 m). Bref, vous ne serez pas déçu à visiter une cathédrale de Normandie.
La belle nef de la cathédrale Notre-Dame de Bayeux (©Laurent Ridel)
Les cathédrales normandes dateraient du Moyen Âge
Comme un bon Normand, je vais chicaner. Pour la plupart, les chantiers de ces grands monuments remontent bien à l’époque médiévale, au temps où les évêques étaient capables de mobiliser de considérables sommes d’argent pour les élever. Mais ces constructions gothiques ont généralement remplacé des monuments plus anciens.
Dès la fin de l’Antiquité, la région est christianisée. Les évêques nouvellement installés dans les principales villes normandes bâtissent les premières cathédrales. De ces monuments primitifs, il ne reste aucune trace sauf quand des fouilles archéologiques permettent de retrouver leur soubassement ou leurs fondations, comme à Rouen ou à Avranches.
À l’inverse, la Normandie compte une cathédrale tardive, c’est-à-dire postérieure au Moyen Âge : Saint-François du Havre, la petite dernière. Bâtie aux XVIe et XVIIe siècles, cette église paroissiale est élevée au rang de cathédrale en 1976, quand est créé le diocèse du Havre.
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Les cathédrales normandes ont bravé le temps sans dommage
Non, elles ne nous sont pas arrivées intactes. Rappelons que la cathédrale de Rouen est sortie plus ou moins abîmé de sept incendies, certains plus graves que celui subi récemment par Notre-Dame de Paris. Combien de monuments peuvent se vanter d’avoir conservé leur authenticité ? Aucun probablement. Toutes ont été rapiécées.
Vers 1880, le chœur de la cathédrale de Sées était en si mauvais état que l’architecte V. Ruprich-Robert a été contraint à une solution radicale : il a démonté les murs et les a reconstruits pierre par pierre. Pire, une cathédrale normande a disparu de la carte.
À Avranches, la municipalité a dynamité la principale église de la ville au début du XIXe siècle. Une partie du monument s’était effondré quelques années plus tôt et les édiles locaux, ne se sentant pas capables de la restaurer, ont préféré faire table rase, malgré l’avis contraire de l’État. Quoiqu’on l’espère, les cathédrales ne sont donc pas indestructibles.
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