Quatre manifestants ont été renversés par une voiture au cours de l’Acte XIV des Gilets jaunes à Rouen. (©Julien Bouteiller / 76actu)
L’affaire avait fait grand bruit, après l’acte XIV des Gilets jaunes à Rouen (Seine-Maritime) : un automobiliste avait percuté quatre manifestants, en blessant un sérieusement. France Bleu Haute-Normandie a révélé, vendredi 21 juin 2019, que le conducteur est un gendarme. Selon nos informations, il est basé à Mont-Saint-Aignan, à un poste administratif à cause d’un handicap lourd. L’enquête s’oriente vers des poursuites pour « blessures involontaires », ce que devra déterminer le parquet de Rouen. Le procureur de la République, Pascal Prache, confirme que « l’enquête est en voie d’achèvement ».
Lire aussi : Violences des Gilets jaunes : un média militant de Rouen au cœur d’une enquête
Des traces de lacérations sur le véhicule
Le procureur de la République a refusé de confirmer « les éléments relatifs aux perspectives de l’enquête ». Les conclusions de l’enquête de police ont été transmises au parquet. Elles retracent le déroulé des faits s’étant produits samedi 16 février sur le quai du Havre, à Rouen. Il était environ 17 heures quand les Gilets jaunes allaient en direction du Mont-Riboudet, en marchant sur la chaussée. Là, une voiture s’est retrouvée bloquée.
Selon une source judiciaire, le conducteur de la Peugeot venait de quitter sa place de stationnement, n’ayant pas vu qu’une manifestation était en cours. À bord du véhicule se trouvaient sa femme et leur nourrisson, âgé de quelques semaines. L’enquête a déterminé qu’avant d’accélérer et de percuter les quatre manifestants, la voiture a été violemment prise à partie. Les enquêteurs ont retrouvé des traces de lacérations profondes sur le cuir du siège du conducteur, des trous dans la carrosserie et un liquide non identifié sur le siège du bébé.
Avant d’accélérer, le conducteur de la voiture est sorti de l’habitacle. Il a eu un échange avec des Gilets jaunes avant de rentrer dans son véhicule. Là, il a accéléré, percutant quatre manifestants, constate-t-on dans une vidéo publiée par LCI. Depuis que les faits se sont produits, le caractère intentionnel a souvent été discuté.
« Il fallait qu’il s’extirpe de là »
Il l’a aussi été par les enquêteurs, qui travaillaient d’abord sur une suspicion de « violences volontaires », en raison de l’écart fait par le conducteur au moment d’accélérer. Or, les policiers n’ont pu avoir de preuve de l’intentionnalité des faits. « Il est attaqué et prend peur, il fallait qu’il s’extirpe de là », nous résume-t-on. L’enquête s’oriente donc vers le chef d’accusation de « blessures involontaires ayant entraîné plus de trois mois d’interruption totale de travail ». Ce sera au parquet de décider s’il suit les conclusions des policiers ou non.
Le conducteur, un gendarme de 47 ans, « n’est plus en activité opérationnelle depuis longtemps », précise une source. Lourdement touché à une jambe dans un accident, il est handicapé. Son rattachement à l’escadron de Mont-Saint-Aignan explique la présence, lors des faits, d’un macaron officiel sur son pare-brise. Après avoir pris la fuite, il s’est présenté de lui-même aux forces de police, indiquions-nous dans notre article sur les faits.
Des faits similaires au même moment
« Contrairement à ce que dit France Bleu, il y a eu quatre plaintes », corrige notre source. L’un d’eux, celui qui a été le plus sérieusement touché car « percuté de plein fouet », est défendu par Me Chloé Chalot. Après les faits, il avait subi une batterie d’examens lourds, en raison d’un traumatisme crânien. Quatre mois plus tard, il subit toujours les conséquences des faits : « Il a dû refuser des mission d’intérim car son état de santé s’est dégradé. »
Lors de son audition, il avait dit « comprendre » la peur ressentie par l’automobiliste. Le même jour, quasiment au même moment mais à un autre endroit, un autre automobiliste avait été pris à partie par un autre groupe de manifestants. « Il se rendait au CHU pour une crise d’asthme, il a été bloqué, s’est énervé, on lui a jeté une canette au visage, il a accéléré. Là, pas de blessés, car « il n’y avait rien en face ».