Le 19 juillet 2019, cette famille d’Isneauville (Seine-Maritme) a eu bien du mal à reprendre possession de son habitation. En effet, une (trop) forte odeur de fumier s’y était installée. (©Illustration / Adobe Stock)
Une histoire nauséabonde. Littéralement. Il est 21h, vendredi 19 juillet 2019, quand une mère de famille rentre chez elle avec ses deux jeunes enfants. Rapidement, une odeur nauséabonde lui emplit les narines. Lui pique les yeux. Et la curiosité. D’où vient le problème ?
À une quinzaine de mètres de sa maison, dans un nouveau lotissement d’Isneauville (Seine-Maritime), un champ de blé couché que son agriculteur vient d’épandre de fumier en est le responsable. Les fenêtres ouvertes, et les grilles d’aération ont laissé le champ libre aux effluves. Et l’odeur, si caractéristique, ne laisse aucun doute. La jeune famille, installée depuis janvier 2018, découvre la mauvaise surprise pour la première fois.
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Les joies de la campagne
La mère de famille prend la parole, et tient à préciser :
Nous avons dû calfeutrer les bouches d’aération, activer les VMC pour extraire l’air, allumer la hotte. Alors oui, je connais la campagne, je connais cette odeur, mais là…
Consciente d’habiter en campagne, l’Isneauvillaise souligne toutefois : «Mais au-delà du désagrément que cela peut causer, l’air ambiant était juste irrespirable ! » Et peu de temps après le retour de la petite famille, les choses empirent :
Nous avons été pris d’irritations des yeux, du nez, et de la gorge ainsi que de maux de tête. En bref, nous avons tout bonnement été intoxiqués en toute impunité.
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Que dit la loi ?
Avant d’épandre, les agriculteurs doivent se soumettre à un cahier des charges particulièrement poussé. Les types de déjection, les conditions d’épandage, les distances et les délais d’enfouissement sont des pratiques réglementées. Il est interdit d’épandre, par exemple, sur certains types de sols :
- s’ils sont non cultivés
- sur les légumineuses, sauf exceptions
- sur les terrains en forte pente
- sur les terrains qui gèlent fortement
- sur les terrains enneigés, inondés ou détrempés
Et quand des habitations sont proches des cultures, on ouvre alors un autre chapitre du cahier :
- Avec un dispositif permettant l’injection directe dans le sol, la distance minimale de 15 m. Le délai d’enfouissement est donc immédiat.
- Avec un pendillard, c’est-à-dire un épandage près du sol, la distance minimale de 50 m. Le délai d’enfouissement est de 12 h.
- Autre cas (purins, fientes, etc.) : distance minimale de 100 m. Le délai d’enfouissement est de 12 h à 24 h.
Dans le cas de notre famille d’Isneauville et à quelques mètres près, l’agriculteur semble avoir respecté les distances de sécurité.
Obligations versus compréhension
Au final, une histoire vécue des milliers de fois, par les milliers d’habitants en milieu rural du territoire national. Reste qu’en se penchant dans cet odorant dossier, on en apprend un peu plus… Didier Montier, de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime, a commenté :
S’il est interdit d’épandre sur un sol gelé pour éviter le ruissellement de mémoire, il n’existe pas d’interdiction particulière d’épandage quand les températures sont élevées.
Didier Montier révèle également que certaines chambres d’Agriculture tiennent à disposition des mairies les calendriers d’épandage, afin de pouvoir « répondre aux questions que se posent les administrés ». Après vérification auprès de la mairie, ce n’est pas le cas à Isneauville.
Éviter l’urbanisation des campagnes
Au final, pour Didier Montier, « il faut éviter de se lancer dans l’urbanisation des campagnes pour éviter ces désagréments. Concrètement, privilégier l’urbanisation dans des zones prévues à cet effet ». Construire en bonne intelligence sur les territoires, pour permettre aux deux parties de s’y retrouver !
Et le plus simple, pour éviter un conflit, c’est sans doute de se rapprocher de l’agriculteur et d’en parler ensemble.
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