Davy Beaudart et Louis Burton s’élanceront dimanche 27 dans la Jacques Vabre, transat qui a pour particularité de se courir en duo. (©MC Nouvellon)
C’est la particularité de la transat Jacques Vabre, qui s’élancera dimanche 27 octobre 2019 du Havre (Seine-Maritime) en direction du Brésil : la course à travers l’Atlantique se joue en duo. Avantage technique ou inconvénient pour des marins habitués à naviguer en solitaire ? À quelques jours du départ, les skippers de cette 14e édition se confient sur leur vie à deux en mer.
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Des émotions décuplées à gérer à bord
« C’est sûr qu’il faut bien s’entendre, parce qu’à bord, c’est littéralement impossible de ne pas se voir », sourit Davy Beaudart, co-skippeur de Louis Burton. À quelques jours du départ, l’ambiance est au beau fixe sur l’imoca Bureau Vallée 2, à bord duquel les deux marins s’apprêtent à affronter la traversée de l’Atlantique. Mais une fois la course lancée, passer plus d’une dizaine de jours en mer en tête à tête et dans des conditions extrêmes à de quoi perturber l’équilibre.
La promiscuité est hyper importante, raconte Louis Burton. Le froid, le vent, la fatigue… Tout ça décuple les émotions.
Pour éviter que les relations à bord ne tournent à l’orage, « il faut que chacun trouve son truc pour arriver à prendre les décisions ensemble », résume-t-il. La complémentarité, c’est également ce que Cédric Château met en avant. Co-skipper de l’Allemand Jörg Riechers, il confie :
Jörg est vachement plus stressé que moi. C’est aussi parce que c’est lui qui a monté le projet de A à Z, il y a passé un temps de dingue, une énergie folle. Moi j’ai une grande confiance en lui, une grande confiance en moi, j’arrive à relativiser les choses. Donc quand il y a un peu de stress, moi ça me glisse dessus et j’essaie de faire le tampon.
En famille ou entre experts, quel partenaire choisir ?
Si l’équilibre du duo est l’une des clés de la réussite de la transat, il n’est pas toujours évident. « Certains sponsors imposent le co-skipper, disent ‘je veux tels skippers pour qu’ils fassent rayonner ma marque’, poursuit Cédric Château. Mais si le choix n’est pas partagé, ça peut être embêtant. »
Pour cette 14e Jacques Vabre, Cédric Château embarque comme co-skipper de l’Allemand Jörg Riechers sur le class 40 Cape Racing Yachts. (©P. Lefebvre)
Et même lorsque l’on a le choix, pas toujours facile de trouver le partenaire idéal. « Ma première Jacques Vabre, c’était avec mon grand frère, avec qui j’avais appris à faire de la voile, raconte Louis Burton. Humainement, c’était génial mais ce n’était pas du tout un choix raisonné. »
Après avoir testé l’aventure avec notamment un co-skippeur « qui avait une super technique mais avec qui je n’avais pas d’affinités particulières », mais aussi avec sa compagne, la navigatrice Servane Escoffier, il a décidé, pour sa cinquième transat, de partir « avec mon meilleur pote. On a le même âge, on a tous les deux deux enfants et on s’aime beaucoup. En plus, c’est un super marin, c’est donc un choix super complet. »
À deux, on avance plus vite
Affronter l’Atlantique en famille est d’ailleurs une carte que d’autres skippers joueront cette année. Sur la ligne de départ, les frères Yves et Renaud Courbon prendront par exemple le large ensemble à bord de leur class 40 À chacun son Everest. D’autres marins plus expérimentés ont eux fait le choix de soutenir des skippers plus jeunes, comme le fera Armel Le Cléac’h qui embarquera sur l’imoca de Clarisse Cremer, qui participe à sa première transatlantique.
Et quand l’alchimie est là, la course à deux présente bien des avantages. « Tout seul, c’est beaucoup plus physique, on repousse ses limites perso, détaille Davy Beaudart. À deux, on pousse beaucoup plus le bateau et on avance plus vite. Même si ça provoque plus de casse, on répare plus rapidement avec deux cerveaux. »
« S’entraider pendant 15 jours, ça scelle… complète Cédric Château. J’ai eu Olivier Cardin au téléphone (son ex coéquipier sur la Transat, ndlr), je ne l’avais pas eu pendant un an et c’est comme si on s’était quitté la veille. Les liens qu’on crée sur une transat, ils sont top. »
Ce qui ne lui donne pas pour autant de complexe à affronter d’anciens partenaires sur les courses. « De toute façon, la plupart des concurrents sont des amis. Mais ça n’est pas parce qu’on est amis qu’on va leur faire des politesses sur la flotte. On va essayer de les moucher avec politesse . Je vous écrase, mais avec le sourire ! (rires) C’est la compétition. »
Pascal Lefebvre et Marie-Charlotte Nouvellon