Produire des tiny houses exclusivement destinées à des sans-abri tout en accompagnant ces néo-locataires sur le chemin de l’insertion : un concept que l’on doit à Franck Renaudin, l’entrepreneur social par excellence.Pas de domicile donc pas de travail ; pas d’activité rémunérée donc pas de logement. Pour briser cette quadrature du cercle, impasse des gens de la rue, il existe la solution d’hébergement Un Toit Vers l’Emploi (UTVE), formule originale signée Franck Renaudin. Un dispositif développé depuis un an à l’Ouest de la ville, au 3C rue de Bapeaume, à une rue de la basilique du Sacré-Cœur.Et Dieu sait qu’il en fallait, du cœur, pour porter ce projet à cheval sur les deux pôles d’un même site. Premier pilier, des bureaux : l’association La Case Départ. « C’est un lieu d’accueil de jour inconditionnel pour des personnes sans toit (une petite moitié de notre public), en situation de mal-logement ou de logement temporaire, ou alors bien logées mais victimes d’exclusion sociale », explique le fondateur Franck Renaudin.De l’écoute, une orientation vers un réseau de partenaires, des ateliers thématiques (alphabétisation, art-thérapie, réparation de vélo…). « Nous gérons l’accès au logement et le retour à l’emploi des bénéficiaires, au nombre d’une centaine pour 2021. »Un abri nommé YoopDeuxième pilier du programme UTVE, un entrepôt : La Fabrique à Yoops, agréée Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale). La Yoop, c’est le nom que Franck a choisi pour désigner une tiny house en forme de chez-soi providentiel pour un sans-abri. Un chalet en bois de 13 m2 autonome en énergie, pour se reconstruire. « La mobilité de cet habitat permet aux personnes en situation de rue de se rapprocher des opportunités d’emploi, de stage, de formation. Le loyer est fixé à 270 €, avec ses aides l’intéressé ne paye qu’environ 50 € de sa poche. »La première Yoop made in Rouen est sortie de l’atelier en avril : installé au 3C rue de Bapeaume, ce prototype fait le bonheur de Yani, menuisier roumain. Quatre tiny houses pionnières, réalisées en Bretagne, existaient déjà dans le jardin de la Résidence Autonomie Bonvoisin et dans le quartier Luciline. »En février, on démarre la production de trois Yoops. Une mezzanine de 5 m2 portera leur surface à 18 m2. A partir de la 4e, on prévoit un rythme de 40 Yoops par an. » Le projet UTVE émane d’Entrepreneurs du monde, organisation non gouvernementale (ONG) créée en 1998 par Franck et basée à Vaulx-en-Velin. »Après cinq ans de développement en milieu rural en Haïti pour l’ONG Inter Aide suivis de trois ans de promotion du micro-crédit dans les bidonvilles de Manille aux Philippines, j’ai voulu lancer une entité spécialisée dans l’insertion économique des personnes en situation de très grande précarité. »Patron au grand coeurL’histoire de Franck est celle d’un rebond, d’un revirement. Le diplômé de l’Edhec (Ecole des hautes études commerciales, à Lille) avait un avenir tout tracé dans les grands groupes. D’abord au Crédit Lyonnais, du côté des Etats-Unis. Puis chez le champion de l’aluminium Pechiney, en Alsace.Jusqu’à ce que sa conscience rejette la loi du profit, dès l’aube des 90’s. « Un N+3 abject, expert en humiliation, a accéléré ma trajectoire. » Finie la course aux parts de marché, vive l’aventure humanitaire.Aujourd’hui, du haut de ses 58 ans, le fils d’exploitants agricoles champenois (enfance près de Troyes) se comporte en grand frère avec les plus démunis. Bâtisseur social simple comme un ouvrier, patron sans costume. « La clé, c’est le logement », martèle-t-il. Un être habité par sa mission. Plus d’infos sur La Case Départ, La Fabrique à Yoops et le programme Un Toit Vers l’Emploi