Combien les candidats à la mairie du Havre (Seine-Maritime) entendent dépenser dans leur campagne électorale. (©76actu)
Bataille de collage d’affiches, tractages intensifs sur les marchés, organisation de meeting…. À moins de trois semaines du premier tour des élections municipales, les candidats au poste de maire du Havre (Seine-Maritime) lancent toutes leurs forces dans la bataille. L’occasion de s’interroger sur les moyens dont chacun dispose dans cette campagne, d’où ils proviennent et de quelle façon ils sont utilisés.
Car on parle ici d’argent public. Tout candidat atteignant les 5 % des suffrages sera remboursé par l’État à hauteur de 47,5 % de ses frais, et dans un plafond fixé en fonction du nombre d’habitants, établi à un peu plus de 182 000 euros pour le premier tour au Havre. Le tout après vérification par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui devra valider les comptes de chacun.
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Jusqu’à 160 000 euros investis
Et pour certains, ces comptes seront très vite faits. En quelques clics sur son ordinateur, Béatrice Canel Depitre, tête de liste pour le Parti Animaliste, additionne les factures. « Pour le moment, on a dépensé 678 euros et 25 centimes. Il reste encore les affiches et professions de foi à payer, et une nouvelle réunion publique à organiser, mais c’est sûr qu’on sera dans les plus petits budgets », estime-t-elle, précisant que « c’est le parti qui paie ».
Même son de cloche du côté de Magali Cauchois, qui se présente pour Lutte Ouvrière. « Clairement, on fait une campagne à l’économie. » Avancés par le parti, les frais — « entre 3 000 et 4 000 euros » — tiennent surtout à « la location de salle pour une réunion publique et l’affichage. On ne paie pas des gens pour alimenter les réseaux sociaux 24 heures sur 24, les militants collent les affiches, alimentent le site Internet… » Philosophie partagée par Guillaume Milert, à la tête de Vivons Le Havre : « Le but, c’est de dépenser le moins possible, confirme-t-il. On se limite aux tracts et affiches, et peut-être une location pour un meeting. » Le tout pour rester « autour de 15 000 euros ».
Chez les plus « gros » candidats en revanche, les calculs ne sont pas toujours aussi simples. Le dossier est « plus technique » du côté d’Édouard Philippe. Particularité de la candidature d’un Premier ministre, le budget doit notamment prendre en compte des dépenses de sécurité « évidemment plus lourdes pour notre candidat », précise Sébastien Tasserie, membre de l’équipe de campagne, mais aussi les allers-retours entre Paris et Le Havre.
Tout cela est très précisément noté par nos équipes, mais aussi par Matignon. On n’en connaît pas encore le nombre exact, mais tout sera remboursé à l’État.
Conséquence, « nous avons un budget prévisionnel entre 160 000 et 165 000 euros pour le premier tour, afin de rester large par rapport au plafond fixé ». Et si tous les candidats tentent, dans leurs réponses, de faire rimer budget avec « sobriété », « économie » et « efficacité », les écarts demeurent notables. Des 30 000 euros estimés par Frédéric Groussard, tête de liste pour le Rassemblement National, les montants grimpent à 55 000 euros chez les Verts d’Alexis Deck et même 75 000 euros de dépenses d’ici le premier tour pour la liste de Jean-Paul Lecoq, « ce qui reste modeste par rapport au plafond de 182 880 euros fixé pour le Havre », souligne son mandataire financier, Jean-Pierre Sceaux.
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Salarié, local de campagne, meeting….
Les raisons de tels écarts se trouvent notamment dans les choix stratégiques opérés par les candidats. Chez les Verts par exemple, « nous salarions une personne à plein temps pour gérer la partie administrative, la coordination, le suivi des compte… », explique Alexis Deck, précisant que ce poste représente « autour de 8 000 euros ». À l’inverse, les autres candidats ne salarient personne. « Nous avons en revanche des gens qui ont pris des 80 % pour s’investir dans la campagne », souligne Sébastien Tasserie.
Chez nous, la règle c’est le militantisme et le bénévolat, met également en avant le mandataire financière de Jean-Paul Lecoq. On essaie d’être dynamique et économe.
L’équipe a en revanche fait le choix d’investir dans un local de campagne. Loué depuis septembre, ce dernier représente « environs 9 000 euros » de loyer et de charges. Une dépense que seul Édouard Philippe a également choisit de se permettre. Installé place du Chillou, en centre-ville, son QG coûtera à la liste de la majorité sortante « autour de 5 000 euros ».
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Pour le reste, la plupart des fonds sont concentrés sur les tracts, affiches, site internet et divers supports de communication. L’organisation de meeting et réunions publiques s’ajoute également à la facture, dans une proportion dépendant là encore de la stratégie de chacun. Côté RN par exemple, « on ne fait pas soirée disco tous les jours, assure Frédéric Groussard. Les militants font du boîtage dans toute la ville, on mise sur le papier, et le papier ! »
Hors tracts et affiches, c’est la venue de Jordan Bardella, moment qu’il considère comme « un pilier de ma campagne » qui représente une importante partie de ses dépenses, sans qu’il n’en précise pour autant le montant.
Chez les Verts, on consacrera ainsi « autour de 8 000 euros » pour l’envoi à tous les Havrais d’un livret de campagne, quand « la petite flotte de vélos utilisée pour les collages » reviendra à 5 000 euros. Chez Édouard Philippe, « l’ensemble de la communication (affiches, journal de campagne, réseaux sociaux, meeting…) » coûtera « entre 80 000 et 90 000 euros ».
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Quelles sources de financement ?
Ces choix sont également dictés par la marge de manœuvre financière dont dispose chacun. Le candidat pour le Rassemblement National explique ainsi avoir « fait un prêt de 5 000 euros auprès de ma banque, comme n’importe qui qui voudrait acheter une voiture. Et comme tout bon Français, j’ai déjà un crédit sur le dos ». Il l’assure, son parti n’avance pas un euro : ce sont « trois généreux donateurs, des militants qui me font confiance », qui mettront la main à la poche pour financer le reste de la campagne.
Tête de liste chez les Verts, Alexis Deck explique lui aussi avoir contracté « un prêt de 46 000 euros à la banque, pour lequel EELV s’est porté garant. Le reste, ce sont les autres forces politiques présentes sur la liste, et quelques particuliers ‘mécènes’ qui le financent. » Du côté de Jean-Paul Lecoq en revanche, pas question de se tourner vers les banque. Un tiers de l’argent avancé provient des forces politiques présentes sur la liste, le reste « de militants et amis ».
Ayant fait le choix se présenter sans étiquette, et donc sans le soutien d’un parti, Édouard Philippe finance pour le moment sa campagne exclusivement grâce à des donateurs. « On verra ensuite selon les factures qui arrivent, mais pour le moment tout a été réglé par ces dons », précise Sébastien Tasserie.
Un sondage qui interroge
D’après Le Figaro, un sondage aurait été commandé en octobre dernier par La République En Marche pour tester la popularité d’Édouard Philippe dans la ville où il avait été élu en 2014. Un sondage qui n’a pas été rendu publique, mais dont le financement interroge notamment Alexis Deck, qui espère « que l’équipe de monsieur Philippe n’oubliera pas de le déclarer dans ses comptes ». « Il n’échappera pas que notre candidat n’est pas celui de la République En marche », réplique Sébastien Tasserie, répondant donc par la négative. Tous les candidats expliquent d’ailleurs ne pas avoir commandé de sondage car ne disposant pas des moyens nécessaires pour financer ce genre d’étude qui coûtent « très cher ».