Devant la Cour d’assises de Rouen, jeudi 4 avril 2019, les proches d’Élise et Julien ont raconté leur douleur et leur désir de justice. (©Archives/76actu)
Des familles « explosées », pour qui la vie s’est arrêtée. C’est la réalité exprimée, jeudi 4 avril 2019, par les proches d’Élise et Julien qui ont pu prendre la parole lors du procès de Jean-Claude Nsengumukiza, accusé d’avoir tué les deux jeunes en décembre 2015. L’émotion a atteint son paroxysme lors de cette quatrième journée d’audience.
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Deux jeunes qui aimaient la vie
Les parents ont chacun dressé le portrait des deux victimes. « Il aimait la vie. C’était une belle personne, il aimait rendre service aux autres. Il avait beaucoup d’empathie », dit la mère de Julien, Anne, la gorge nouée. Elle a lu la lettre d’un médecin qui travaillait avec Julien, infirmier, « un professionnel sérieux caché derrière un visage d’éternel adolescent ».
« Il avait avait cette faculté d’être altruiste », décrit le beau-père. « C’était quelqu’un de joyeux. Il aimait faire la fête. »
Il évoque l’homosexualité de Julien, acceptée sans difficulté par la famille. « On était une famille normale », répète-il plusieurs fois.— Julien Bouteiller (@j_bouteiller) 4 avril 2019
Le père et le beau-père du jeune homme ont été tout aussi élogieux. Le beau-père, très proche de Julien, a craqué lorsqu’il a lâché :
Ce malheur est arrivé le jour de l’anniversaire de sa maman. Vous imaginez ?
« Élise était heureuse de vivre, elle avait toujours un sourire pour quelqu’un. Elle était gentille, mais méfiante. Elle avait un vrai caractère », décrit Hélène, mère de la jeune femme de 24 ans. Croyante, elle dit avoir vu un signe après la mort de sa fille. « Je pense qu’Élise, dans son infinie gentillesse, me l’a envoyé. »
« Notre famille a explosé le 20 décembre. On était comme des robots », poursuit-elle. Croyante, elle imagine « Élise faire la folle, s’amuser avec Julien au Paradis ».
— Julien Bouteiller (@j_bouteiller) 4 avril 2019
« Chaque jour est un combat »
Depuis le drame, les familles se sentent « brisées », comme si le temps pour elles s’était arrêté le 20 décembre 2015. « On a l’impression que les gens sont passés à autre chose, explique Claude, le père d’Élise. Mais nous, on est jamais passé à autre chose. Chaque jour est un combat. »
Ce combat c’est celui de la justice. Et c’est Coralie, sœur cadette d’Élise qui l’a exprimé avec le plus de force, sans vaciller. Plus tôt dans l’après-midi, le président du tribunal a lu les conclusions de l’inspection menée pour déterminer pourquoi l’obligation de quitter le territoire de l’accusé n’avait pas été respectée. « Comment pouvons-nous encore croire en la justice française quand on voit tant d’erreurs ? », s’interroge Coralie.
On ne serait pas là aujourd’hui s’il n’y avait pas eu ces erreurs.
Avant elle, Anne, la mère de Julien a exprimé vigoureusement ce désir de justice. « Je veux que la justice fasse son travail et punisse ce monstre », réclame-t-elle avant de se tourner vers l’accusé et de lui lancer d’une voix forte : « Il a tué ma chair, mon sang ! »
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Verdict vendredi
Jean-Claude Nsengumukiza n’a pas bougé face à l’invective. Tout au long des récits des épisodes douloureux, des cadeaux de Noël achetés par les victimes et remis aux familles par la police judiciaire, au père de Julien qui commençait « à recoller les morceaux avec lui », l’accusé a gardé la tête baissée, posée sur ses mains, les yeux fermés. Il ne les a rouvert qu’à la fin de l’audience.
Derniers messages échangés avec sa soeur, pour savoir si elles se verraient à Noël. « Ses cadeaux de Noël, c’est la police judiciaire qui nous les a remis quelques mois plus tard. »
— Julien Bouteiller (@j_bouteiller) 4 avril 2019
Était-ce là une première marque d’émotion de sa part, lui qui est resté si impassible durant tout le procès ? Impossible de l’affirmer. Dans la matinée, il a demandé plusieurs fois pardon aux familles des victimes, et invité la Cour d’assises à prononcer à son encontre « une grande peine ». Le verdict sera rendu vendredi 5 avril 2019. Jean-Claude Nsengumukiza, accusé de « récidive de viol et récidive de meurtre précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime », encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
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