L’association de protection des animaux les Petites pattes 76, basée à La Londe (Seine-Maritime) a permis l’adoption de 181 chats et 15 chiens en 2018. (©RT/76actu)
Les bénévoles des Petites pattes 76 sont « épuisés ». Non pas de venir en aide aux animaux dans le plus grand désarroi, leur activité quotidienne, mais des attaques, menaces et insultes dont ils font l’objet depuis 2016. Sur les réseaux sociaux, ils sont la cible des pires critiques. Ils doivent aussi subir les assauts des services vétérinaires de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de la préfecture de Seine-Maritime qui a effectué six contrôles et un retrait d’animaux entre 2015 et 2019. Du « harcèlement », selon Christine Wuillai-Broutin, trésorière des Petites pattes 76. L’association demande du temps pour se mettre en conformité avec la loi.
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« Ce n’est plus possible de vivre ainsi »
« Tout a commencé en 2016, après une scission avec d’autres bénévoles », se remémore Christine. Une brouille entre la présidente Muriel Gallo et une des bénévoles à propos d’un chien nommé Maurice. Depuis, c’est menaces, insultes, invitant même les internautes à se rendre au domicile de Muriel Gallo au Petit-Quevilly, près de Rouen. « Nous avons des milliers de captures d’écran avec des commentaires haineux », indique la présidente.
En mars 2019, les pneus de la voiture de la trésorière ont été crevés à La Londe. Des courriers ont été envoyés au procureur de la République de Rouen et des mains courantes déposées pour dénoncer ces attaques. Dans un courrier daté du 12 août 2018, Muriel Gallo en appelle au procureur :
Ces gens nous harcèlent […] et j’ai du mal à m’en remettre et je déprime depuis deux ans et je suis épuisée de toutes ces attaques. Ce n’est plus possible pour moi de vivre ainsi […], faites quelque chose M. le procureur.
Depuis, la présidente des Petites pattes est « suivie et traitée médicalement pour un syndrome dépressif sévère », atteste son médecin généraliste.
Une situation d’autant plus difficile à supporter que les services vétérinaires ont l’association dans leur viseur, à la suite de signalements. Six contrôles ont été effectués au domicile de la présidente et de la trésorière. En décembre 2016, 28 chats ont été retirés aux Petites pattes et placés à la SPA de Paris. Contactés par la rédaction, les services de la préfecture ont laconiquement déclaré : « Les services de la DDPP sont particulièrement vigilants au regard de cette association. »
Selon l’avocat des Petites pattes 76, Me Jean-Michel Bressot le dossier a été transmis au parquet de Rouen pour « mauvais traitement, garde de chats et chiens sans registre et gestion d’un refuge sans personne qualifiée » et depuis « nous n’avons eu aucune nouvelle ». La seule manifestation de cette demande d’enquête par la DDPP a été la convocation au commissariat de Rouen en juillet 2018, de la présidente et la trésorière des Petites Pattes, pour « une simple audition », se souvient Christine Wuillai-Broutin.
« Toutes les associations fonctionnent comme nous »
Dans des échanges de courriers que nous avons pu consulter entre l’association et la DDPP, les services vétérinaires reprochent aux Petites pattes de ne pas respecter les règles sanitaires et de protection animale fixées par l’arrêté du 3 avril 2014 : « Lorsqu’une association héberge des animaux dans son siège social, ce siège devient alors un établissement au sens entendu par la réglementation, l’association gère un refuge et doit donc se conformer à la réglementation […]. »
Effectivement, Christine Wuillai-Broutin et Muriel Gallo recueillent régulièrement des animaux, seulement « nous ne sommes pas un refuge, mais une association fonctionnant avec des familles d’accueil », une vingtaine au total. « Toutes les associations que nous connaissons en Normandie fonctionnent comme nous, avec des animaux chez les bénévoles. Pourquoi nous devons subir ce traitement ? C’est de l’acharnement », peste Christine Wuillai-Broutin.
Après les différentes mises en demeure délivrées par les services de la DDPP, Christine a passé son certificat de capacité pour pouvoir travailler avec des animaux et les Petites pattes sont à la recherche de locaux pour enfin ériger un vrai refuge, seule solution pour régler tous leurs problèmes. « Notre objectif est de pouvoir créer un refuge qui servirait aussi de centre de formation, de lieu d’exposition et de bibliothèque animale », s’enthousiasme Christine qui « écrit partout » pour débloquer leur situation.
En 2018, sollicitées par les mairies, commissariats et particuliers, les Petites pattes 76 ont pris en charge 404 animaux en détresse et permis l’adoption de 181 chats et 15 chiens.