Manifestation du 1er mai à Rouen : « Les gilets de toutes les couleurs doivent s’unir »

Manifestation du 1er mai à Rouen : « Les gilets de toutes les couleurs doivent s’unir »

Syndicats et Gilets jaunes vont défiler, mercredi 1er mai 2019 à Rouen (Seine-Maritime), dans l'espoir d'enfin parvenir à réunir leurs forces.

Syndicats et Gilets jaunes vont défiler, mercredi 1er mai 2019 à Rouen (Seine-Maritime), dans l’espoir d’enfin parvenir à réunir leurs forces. (Archives ©Raphaël Tual / 76actu)

« L’acte ultime. » C’est le nom donné par les Gilets jaunes à la journée de manifestation du mercredi 1er mai 2019, première fête du Travail depuis le début du mouvement. Ils se joindront aux défilés syndicaux, plus ou moins ouvertement, espérant profiter du printemps pour se relancer, comme souhaité par les militants.

Avec, comme c’est le cas à Rouen (Seine-Maritime), l’espoir de converger vers la grève générale, après six mois de rapports compliqués et parfois d’incompréhensions. Sans être sûrs d’y parvenir.

Une journée test avant une semaine jaune

Une affluence conséquente est espérée, mercredi matin sur le cours Clemenceau, par les deux blocs. Avec l’espoir d’un fort regain : « Ce sera suivi. Si la mobilisation a été plus faible samedi, c’est parce que les gens se sont réservés pour mercredi », prédit François Boulo, porte-parole rouennais des Gilets jaunes. Si la CGT se veut plus prudente sur la mobilisation, elle martèle que « les gilets de toutes les couleurs doivent s’unir ».

Jour de départ d’une « semaine jaune » lancée via la plateforme Ligne jaune, qui verra samedi 4 mai la reprise des ronds-points avec un « grand banquet », le 1er mai sera un test. « Beaucoup s’en saisiront pour protester contre les annonces d’Emmanuel Macron, qui ne répondent pas à nos revendications », estime François Boulo. Un point de vue partagé par Gérald Le Corre, de l’union départementale de la CGT.

L’envie d’une grève générale commune

Opposants institués, les syndicats ont été mis de côté par les Gilets jaunes dès le départ. Il a fallu, et c’est encore le cas, qu’ils bataillent pour s’unir. « D’un côté, les Gilets jaunes ont eu l’impression qu’avant eux c’était le néant. De l’autre, des camarades qui ont pris des risques depuis 15 ans ont dit que les Gilets jaunes n’en prenaient pas en se mobilisant sur leurs jours de repos ou sur des congés », résume Gérald Le Corre.

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Il estime qu’aujourd’hui, « toutes les conditions de la grève sont réunies ». Ne manque que l’étincelle. Une grève pour laquelle François Boulo « attend entreprises et syndicats ». La CGT, elle, réfléchit pour ne pas faire les mêmes erreurs : « L’idée que la grève d’un secteur entraînait l’autre était forte. » Mais « le poids des défaites » a miné le moral du privé et du public, regrette Gérald Le Corre. « Ça viendra », promet-il sans échéance.

Éternelle question que celle de « la convergence des luttes », tant espérée par les opposants à la politique du gouvernement. « Prendra, prendra pas ? » interrogeait-on déjà la veille du 5 février, quand syndicats et Gilets jaunes appelaient à la grève générale, « seul moyen de gagner » pour les deux blocs. Mais ça n’avait pas pris dans la durée, malgré une forte mobilisation – entre 3 200 et 6 000 manifestants dans les rues de Rouen.

Une convergence qui peine à se construire

Frileuse au départ, la CGT s’est peu à peu accommodée aux Gilets jaunes. Plusieurs actions ont été menées en commun : les blocages de Renault Cléon en novembre puis du Terminal Rubis en décembre, la journée de manifestation unitaire du 14 décembre, malgré un cortège divisé en fin de parcours. « Il y eu la marche pour le climat« , soumet Gérald Le Corre. Les gilets de toutes les couleurs s’étaient faits discrets, le mouvement citoyen, massif, l’emportant. Trois jours plus tard, la mobilisation du 19 mars avait à nouveau réuni les manifestants.

Cela pourrait aussi être le cas le 9 mai, journée de grève des fonctionnaires. Les syndicats ont dû accepter l’idée de ne plus être les seuls maîtres à bord des manifestations, et donc d’évoluer : 

La lutte a plusieurs formes. On ne veut pas cultiver le fait que tout le monde soit derrière la même banderole. Ce n’est pas grave s’il y a deux manifs, une occupation pendant une manifestation… Notre objectif n’est pas de diviser, assure Gérald Le Corre.

Depuis janvier, la CGT appelle à défiler chaque samedi avec les Gilets jaunes. Ce qu’ils font à 10 heures avec leurs drapeaux, leurs slogans et leurs gilets rouges. À 14 heures, ceux-ci disparaissent au profit du jaune.

Au début, des Gilets jaunes ne cachaient pas vouloir profiter de la « force de frappe » de la CGT. En parallèle, les Gilets jaunes se structurent pour être autonomes, à l’image de la plateforme lancée par François Boulo pour « poser nos revendications, informer au-delà de Facebook et permettre d’organiser des actions », liste-t-il. 

Et il y a toujours, parmi les Gilets jaunes, une défiance vis-à-vis des syndicats et leurs « manifs à la papa », qui se déroulent sur un parcours déclaré en préfecture, avec des militants syndicaux pour faire le service d’ordre.

Manif autorisée le matin, centre interdit l’après-midi

Ce qui explique les « rapports cordiaux, dans le respect », soulignés par le sous-préfet Benoît Lemaire entre la préfecture et les syndicats. « La configuration est très différente des manifestations des samedis », assure ce dernier au sujet du 1er mai. La manifestation matinale a été autorisée, mais un périmètre d’interdiction a été établi pour l’après-midi, dans le centre, « considérant les appels à manifester de manière violente ».

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Le périmètre est identique à celui des arrêtés pris chaque samedi depuis l’acte XIX du samedi 23 mars. Des arrêtés toujours signés « au dernier moment, une atteinte grave à la liberté de manifester », s’oppose Gérald Le Corre, qui évoque « un gouvernement extrêmement faible, d’où encore plus de répression ». La CGT « n’a pas abandonné l’idée d’attaquer ces arrêtés au tribunal administratif », explique-t-il.

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Ni l’idée « d’établir un jour le rapport de force pour reprendre le centre-ville », envisage le syndicaliste. Une idée soutenue par les Gilets jaunes, qui entretiennent les face-à-face avec les cordons de forces de l’ordre, plus ou moins calmes selon les samedis. Une idée encouragée par leurs soutiens, au premier rang desquels Rouen dans la rue, qui donne rendez-vous à ceux qui n’iront pas manifester à Paris « en tête de cortège ».

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