Les vrilles lumineuses, situées à l’entrée du Havre (Seine-Maritime), ont été installées en 1995. (©Agence Concepto)
Elles font désormais parties du décor et les Havrais ne se posent même plus la question quand ils passent devant. Pourtant, ces gigantesques « cornes de licornes » interrogent tous les voyageurs de passage. À quoi servent-elles ? Pourquoi sont-elles là ?
Situées à l’entrée du Havre (Seine-Maritime), sur l’échangeur entre l’A29 et l’A131, juste à la sortie du pont de Normandie, ces vrilles lumineuses sont l’œuvre de Roger Narboni, un concepteur lumière de Bagneux (Hauts-de-Seine).
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Aujourd’hui âgé de 65 ans, celui qui a construit ces grands mâts d’éclairage entortillés a répondu aux questions de Normandie-actu. Rencontre.
Normandie-actu : Quand ont été installées ces grandes « cornes de licornes » à l’entrée du Havre ?
Roger Narboni, concepteur lumière : Elles ont été installées en 1995 au moment de la création de ce grand échangeur entre l’A13 et l’A29 par la Société des Autoroutes Paris-Normandie. Les architectes ont fait appel à nous pour proposer un éclairage original qui met en valeur le paysage. Ils voulaient une sorte de land art qui sorte de l’ordinaire.
La fonction de base n’était donc pas artistique ?
Non, contrairement à ce qui a été dit après, ces mâts d’éclairage ne sont pas des œuvres d’arts imposées par le « 1 % artistique », qui impose aux maîtres d’ouvrage publics de consacrer 1 % du coût d’une construction à la commande ou à l’acquisition d’une œuvre d’un artiste vivant. Mais ces vrilles lumineuses ont par la suite étaient considérées comme de l’art autoroutier. À la base, leur but était vraiment de jouer le rôle de mâts d’éclairage.
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Que représentent ces grands cônes ?
Chacun peut imaginer ce qu’il veut face à ces grandes vrilles inclinées l’une vers l’autre. Certains m’ont dit que cela évoquait l’image de la voile qu’on enroule autour du mât lorsque le voilier rentre au port ou l’image de la corne du Narval qui engendra dit-on la légende de la licorne…
De mon côté, je voulais jouer sur les contrastes. La plaine s’étend au pied des hautes falaises. Les raffineries industrielles font face au paysage naturel du vallon. Les courbes graphiques et géométriques dessinées par l’échangeur et ses ouvrages s’opposent aux silhouettes crénelées des falaises. Les deux vrilles suggèrent la perforation de la plaine qui a permis l’émergence des bretelles d’échange, soulevées comme des copeaux géant.
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En quelles matières ont-elles été réalisées ?
C’était un gros chantier qui a duré deux ans, voire deux ans et demi. Ces mâts qui font 50,50 mètres de hauteur sont composés d’acier et d’aluminium. La partie centrale est en acier et l’habillage en aluminium. En tout, il y avait 244 pièces à assembler.
Nous avons dû également creuser jusqu’à 40 mètres de profondeur pour les installer car la plaine là-bas est imbibée d’eau. Les bassins autour des vrilles ont été ajoutés pour empêcher les gens d’aller sur les vrilles car cela pourrait être dangereux. À l’époque, nous n’avions pas tous les moyens d’aujourd’hui pour installer ces grands mâts. C’était un montage complexe.
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Combien l’ouvrage avait-il coûté, à l’époque ?
C’était chiffré en francs mais dans mes souvenirs, ils avaient coûté près de deux millions d’euros. Une somme qui peut paraître colossale mais qui ne valait finalement pas grand chose par rapport aux ouvrages routiers réalisés juste à côté !
Pourquoi ne sont-ils plus illuminés de nuit aujourd’hui ?
Je ne sais pas, c’est un choix du propriétaire. C’est dommage car l’éclairage intérieur était calculé pour rendre moins éblouissant les éclairages du sol, mais bon… C’est comme ça l’art lumineux, chacun peut faire le choix un jour d’éteindre la lumière !
Voici à quoi ressemblent les vrilles lumineuses de Roger Narboni quand elles sont éclairées de l’intérieur. (©Agence Concepto)