Des dizaines d’agriculteurs ont occupé la place de la préfecture de Seine-Maritime, vendredi 31 janvier 2020, à Rouen. (©Manon Leterq/76actu)
Ils étaient plusieurs dizaines, entre 80 et 100 agriculteurs, rassemblés à l’appel de la FNSEA 76 à midi, vendredi 31 janvier 2020, devant la préfecture de Seine-Maritime, à Rouen. À l’aide d’un tracteur, ils ont jeté des sapins par-dessus le portail de la cour, au niveau des deux entrées pour protester contre la mesure prise par le gouvernement sur les zones de non-traitement, entrée en vigueur au 1er janvier 2020. Elle impose des distances minimales entre les zones d’épandage des pesticides et les habitations.
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Zones de non-traitement, entre 3 et 20 mètres
Les agriculteurs protestent contre l’arrêté pris en décembre 2019 par le gouvernement, définissant des distances entre les zones d’épandage et les habitations, entre 3 à 20 mètres, selon les situations.
Cette décision est contestée par Arnold Puech-d’Alissac, à la tête de la FNSEA 76, pour qui les produits phytosanitaires ne posent aucun souci, à partir du moment où les agriculteurs respectent leurs conditions d’utilisation : « Il n’y a pas de dérive des produits quand les choses sont faites dans de bonnes conditions, avec un matériel bien réglé et un opérateur formé. »
Un agriculteur, du haut de son tracteur, jette des sapins par-dessus le portail de la @Prefet76 #Rouen pic.twitter.com/TB8ayTu0xj
— Manon (@manon_leterq) January 31, 2020
Les représentants des agriculteurs demandent un moratoire à l’État, qui aurait appliqué « ce principe de précaution » sans attendre l’avis de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sur la dangerosité des pesticides, qui devrait être rendu dans « moins de six mois ».
Tant qu’on n’a pas cet avis de l’Anses, ça ne sert à rien de prendre les décisions, ça braque les gens. Certains font du lobbying, comme le maire de Langouët. Il a inquiété toute la population en interdisant les pesticides à 150 mètres des habitations pour un problème qui n’existe pas.
L’agriculteur n’hésite pas à évoquer un « lobbying qui a fait son travail » auprès de l’État, sous le poids « des écolos qui demandent n’importe quoi » face à « l’agriculteur qui essaie de travailler ».
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Les tracteurs étaient stationnés devant la préfecture de Seine-Maritime, vendredi 31 janvier 2020 à Rouen. (©Manon Leterq/76actu)
« Nous sommes devenus la risée de la population »
L’inquiétude des riverains, sur l’épandage des pesticides près de leur domicile, se fait ressentir. L’an dernier, selon la FNSEA, un agriculteur de l’Eure aurait été victime d’une violente agression. Paule Craquelin, agricultrice à Bennetot, remarque ces comportements agressifs :
Nous, les agriculteurs sommes devenus la risée de la population. C’est devenu insupportable. On nous regarde avec de gros yeux et on nous fait des doigts d’honneur.
Arnold Puech-d’Alissac a appelé lors d’une prise de parole, à ne pas respecter l’arrêté pris par le gouvernement sur les zones de non-traitement et à poursuivre les actions, notamment auprès des parlementaires.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, « l’utilisation généralisée des pesticides entraîne des problèmes de santé et des décès dans de nombreuses régions du monde, souvent en raison d’une exposition sur le lieu de travail ou d’une intoxication accidentelle ou intentionnelle ».
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