David Belugou expose jusqu’au 23 septembre, à la Maison de l’armateur, au Havre. (©S.B./Normandie-actu.)
La Maison de l’armateur au Havre (Seine-Maritime) accueille, jusqu’au 23 septembre 2019, une exposition consacrée au mythe de Danaé, fille d’Argos et future mère de Persée, emprisonnée par son père dans une tour d’airain, car il craignait d’être tué par son petit-fils.
L’artiste Belugou revisite, à travers 17 œuvres précieuses, faites de feuilles d’or et d’argent, ce mythe, en s’appuyant sur les textes d’Ovide et d’Apollodore. Une relecture d’épisodes rocambolesques, ponctués d’amour, de trahison et de violence, qui font la matière mythologique.
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Revisiter le classique
Belugou travaille dans le monde du spectacle, réalisant décors et costumes pour le théâtre et l’opéra. Il brille également dans le domaine du dessin, medium par le prisme duquel il revisite les thèmes classiques, notamment la mythologie. Sa technique est précieuse et atteste d’une incroyable dextérité : employant des feuilles d’or, d’argent et de platine gravées au stylet, ses créations en verre églomisé croisent culture classique et contemporaine.
Je ne fais pas de l’art contemporain pur et dur. J’aime revisiter les bases classiques. L’exposition pour la Maison de l’armateur a été pensée par rapport au lieu. C’est du sur-mesure. 17 œuvres ont été conçues et calibrées pour ce site magnifique, explique l’artiste.
Dans le miroir de Danaé invite à parcourir quelques grands épisodes qui composent cette incroyable épopée qu’est la mythologie. « Je m’appuie sur les écrits d’Ovide et d’Apollodore. Ce sont des récits aussi merveilleux que l’Odyssée d’Homère. L’or illustre à la fois ma technique et cette histoire féerique. »
La technique du verre églomisé
La peinture sur verre est connue depuis l’Antiquité et a également été adoptée à Venise, à la Renaissance et au XVIIIe siècle notamment pour les miroirs. Cette peinture inversée a pris le nom de verre églomisé, en écho à Jean-Baptiste Glomy, encadreur des rois Louis XV et Louis XVI. Cette technique fut souvent utilisée pour réaliser de grands panneaux décoratifs.
La violence spectaculaire
Le travail de Belugou atteste de son goût pour le figuratif et le traitement classique des grands thèmes. N’évitant ni la violence, ni le sang, ni l’érotisme, ingrédients essentiels des grands mythes fondateurs, il sublime, par sa technique élégante et surprenante, la cruauté et le combat mené par des héros vengeurs.
J’ai représenté une Danaé très sensuelle. L’exposition part de sa fécondation par une pluie d’or, envoyée par Jupiter, sur la jeune femme enfermée, et évoque ensuite Persée, qui triomphera de la Gorgone, en la décapitant. C’est cette tête qui lui permettra de pétrifier ses ennemis. Il y a une beauté dans la violence. La peinture classique représente des scènes de crucifixion, de martyrs. Ce côté spectaculaire m’intéresse. Aujourd’hui, l’art contemporain, en France, a une tendance à être trop clinique et à occulter la violence.
Sous le stylet et le pinceau de Belugou, les bains de sang se muent en bouquets de fleurs, le pathétique et le tragique servent l’exploit. « Notre monde est violent. Ce traitement métaphorique, c’est une manière de rapprocher l’art de la réalité. »
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La Maison de l’armateur : un écrin
Régulièrement, la Maison de l’armateur prête ses murs à des artistes contemporains qui instaurent, par leurs œuvres, un dialogue entre passé et présent. Une volonté affirmée par Elisabeth Leprêtre, conservateur en chef des Musées d’art et d’histoire, qui se réjouit de pouvoir accueillir dans ses murs Belugou :
David est un artiste accompli, une personne généreuse et d’un raffinement inégalable. Je voulais depuis longtemps présenter son travail dans la Maison de l’armateur. Virtuose du dessin et nourri d’une culture classique incroyable, il investit avec élégance et raffinement la Maison de l’Armateur. Cette exposition s’intègre parfaitement à ce site historique d’exception.
L’exposition est présentée jusqu’au 23 septembre 2019. Un rendez-vous avec l’histoire, la mythologie, les arts décoratifs et picturaux à ne pas rater !
Infos pratiques :
Jusqu’au 23 septembre 2019, à la Maison de l’armateur, 3 quai de l’Île, au Havre.
Ouvert tous les jours, sauf le mardi et le 14 juillet, de 10 heures à 12h30 et de 13h45 à 18 heures.
Tarifs : de 4 à 7 euros.
Gratuit le premier samedi du mois.