Les joueuses de l’équipe de France jouent leur 8e de finale, dimanche 23 juin 2019, au Havre (Seine-Maritime), contre le Brésil. (©ML/Normandie-actu)
Dimanche 23 juin 2019, les joueuses de l’équipe de France de football affronteront le Brésil au Havre (Seine-Maritime). Pour cette Coupe du monde féminine de football 2019, l’engouement du public est très fort et tous les Français sont derrière les Bleues avec un grand enthousiasme !
Et pourtant, si elles ont la même passion, elles n’ont pas les mêmes revenus que leurs homologues masculins. Ces sportives de haut niveau sont payées 40 fois moins que leurs homologues masculins ! En France, une joueuse de Division 1 gagne en moyenne moins de 2 500 euros brut mensuels, contre près de 110 000 euros pour un joueur de Ligue 1, selon les chiffres rapportés par L’Equipe en février 2019. Pourquoi ? Comment peut-on expliquer cette très grande différence de salaires ?
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Les lois de l’économie
Nous avons posé la question plusieurs personnes du monde du football pour tenter de répondre à cette question. Vincent Volpe, le président du Havre athletic club (HAC) l’explique simplement :
Quand on connaît les lois de l’économie, on comprend très vite ! Quand il n’y a pas de sponsors, pas de droits TV, on ne touche rien et l’argent vient directement de notre poche. Nous sommes payés en fonction de l’engouement que crée notre sport auprès du public. Il n’y a pas de secret.
Plus un sport est médiatisé et plus il attire les investissements, et plus les revenus sont importants pour les clubs, et donc pour les joueurs. C’est pour cela aussi qu’en France, un joueur de hockey sera beaucoup moins payé qu’un joueur de football.
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Pas de ligue professionnelle
Vincent Volpe rappelle également qu’il n’y a « pas de ligue professionnelle au sein du football féminin ». Sur les 290 joueuses de Division 1, seules 160 disposent de contrats fédéraux qui leur permettent d’être rémunérées. Et la moitié de ces joueuses seulement disposent de contrats à plein temps.
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Le président du HAC, qui est d’abord un homme d’affaires américain avant d’être Havrais, assure qu’aux États-Unis, les joueuses gagnent aussi moins que leurs homologues masculins. Alors que les Américaines sont triple championnes du monde de soccer, il apparaît aberrant qu’elles soient moins bien payées que les joueurs de football aux États-Unis, qui sont (très) loin d’égaler leur palmarès.
Une mobilisation des joueuses
Pour Marion Laporte, joueuse à l’Avant-Garde caennaise, la situation des Américaines est la preuve que les différences salariales ne sont pas liées seulement aux retombées économiques du sport.
C’est comme dans tous les métiers, il existe encore des inégalités salariales entre les hommes et les femmes alors qu’elles font le même travail. D’ailleurs, les championnes du monde en titre américaines ont même porté plainte contre leur fédération pour discrimination devant un tribunal à Los Angeles, le 8 mars 2019 !
Ada Hegerberg, la Ballon d’or en Norvège a même refusé de participer à la Coupe du monde 2019 pour protester contre les inégalités de traitement entre les footballeuses et leurs homologues masculins. « Nous agissons toutes à notre échelle mais il y a encore beaucoup à faire », assure Marion Laporte.
Toutes proportions gardées, Sophie Calbris, une jeune femme qui a réalisé un mémoire sur le football féminin à Caen, tempère : « En général, le sport féminin rapporte moins, les différences de salaires sont donc normales, mais il y a un juste milieu à trouver. »
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Beaucoup d’espoir pour l’avenir du football féminin
De son côté, Vincent Volpe, le président du HAC, est très optimiste pour l’avenir des stars féminines du ballon rond. « Quand on voit l’engouement du public pour cette Coupe du monde, on comprend que tout peut très vite changer. Et plus le niveau continuera d’augmenter, plus les gens viendront voir ce beau spectacle dans les stades. »
Vincent Volpe assure que Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football, est très sensible à cette question. « Il y a beaucoup de travail réalisé au sein de la Fédération pour le football féminin, avec des gens d’une très grande compétence. C’est désormais une priorité nationale de promouvoir le sport féminin », conclut l’homme d’affaires américain.
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