Jean-Louis Louvel candidat à la mairie de Rouen : quelle « crédibilité » pour Paris-Normandie ?

Jean-Louis Louvel candidat à la mairie de Rouen : quelle « crédibilité » pour Paris-Normandie ?

« Les politiques... ils se demandent tous... » Jean-Louis Louvel sait bien qu'il intrigue.

Le SNJ a fait paraître un communiqué se questionnant sur la « crédibilité du journal » Paris-Normandie au lendemain de l’annonce de la candidature à la mairie de Rouen de Jean-Louis Louvel. (©Julien Bouteiller / 76actu)

« Pour l’intérêt de Paris-Normandie, je ne ferai pas d’interview. » C’est le texto qu’a envoyé Jean-Louis Louvel aux journalistes du quotidien dont il est l’actionnaire majoritaire, jeudi 29 août 2019, alors que l’homme venait sur France Bleu Normandie et 76actu de se déclarer candidat aux municipales de 2020 à Rouen (Seine-Maritime). Le journal, dans son édition du 30 août 2019, rapporte ce refus dans un encadré intitulé « En toute transparence », et rendant notamment compte du caractère « cocasse » de la situation. 

Cocasse au point que les journalistes du titre ont appris la nouvelle par les autres médias, nous confie l’un d’eux, membre du SNJ. 

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Jean-Louis Louvel a évité des situations de départs

Jean-Louis Louvel, entrepreneur multi-casquettes, PDG de l’entreprise PGS et président du Rouen Normandie rugby, a racheté Paris-Normandie en 2017, alors que le journal était en difficulté financière. « Il y avait eu deux dépôts de bilan, le propriétaire de l’époque n’avait pas bien joué son rôle d’actionnaire », relate Jean-Marie Charon, sociologue expert des médias. « Au moment où Jean-Louis Louvel rachète le journal, la seule autre option, c’est Rossel, un groupe de presse qui connait très bien le domaine, mais aurait été un gestionnaire très rude ; l’arrivée de Jean-Louis Louvel a donc évité des situations compliquées, avec notamment des départs. »

Vendredi 30 août 2019, le SNJ (Syndicat National des Journalistes) a fait paraître un communiqué se questionnant sur « la crédibilité du journal », son propriétaire désormais officiellement engagé dans la campagne des municipales. Le syndicat s’y inquiète du fait que l’entrepreneur n’est pas parvenu « à éclaircir sa situation au sein du journal avant de confirmer ses ambitions politiques ».

« Le problème, ce n’est pas lui »

« Quand il est interpellé sur ce sujet-là, il a tendance à se replier sur le fait qu’il n’est jamais intervenu sur le contenu éditorial. Mais le problème, ce n’est pas lui, mais ses lecteurs, le rapport entre le journal et ses lecteurs, la crédibilité du journal », analyse Jean-Marie Charon.

La question, c’est la suspicion que ça engendre, et qui est nocive pour la rédaction, complète le journaliste du SNJ interviewé.

Dans son encadré accompagnant l’interview finalement accordée, le quotidien explique, « pour veiller à rester crédible », qu’il se devait « de l’interroger sur cette candidature, comme n’importe quel candidat qui se présentera à la mairie de Rouen. »

Alors quelles garanties Jean-Louis Louvel candidat pourra-t-il offrir aux journalistes de son titre ainsi qu’aux lecteurs ? Une première piste est lancée par le SNJ dans son communiqué, celle d’une « société des journalistes, avec des pouvoirs importants de contrôle et de saisine ». « Ceci nous permettrait d’avoir un garde-fou déontologique. On nous parle d’éventuelles pressions politiques, mais la plus grande menace est économique », selon le journaliste du SNJ, qui évoque les difficultés pour un organe de presse à « préserver son indépendance » dans le cadre de mutualisations d’entreprises dans des holdings où toutes sont vouées à s’entraider. Ainsi Jean-Louis Louvel regroupa par exemple la majeure partie de ses activités dans un même bâtiment, celui du 107 à Rouen.

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Pour Jean-Marie Charon, une société de journalistes serait « une première étape ». « Il faudra bien la définir, parce qu’il en existe de nombreuses sortes. Certaines sont au capital du journal, tandis que d’autres ont un rôle extrêmement limité. C’est la société des rédacteurs en se créant qui s’auto-définit comme étant un interlocuteur éventuel, qui pourrait prendre position. Toutefois, une brique me semble manquer, poursuit-il, dans laquelle les lecteurs ou les représentants des lecteurs sont présents. »

Assemblée générale le 25 septembre

Et quid de Paris-Normandie si d’aventure Jean-Louis Louvel se retirait de l’actionnariat ? « Ce serait au moment le plus délicat pour le journal : si l’actionnaire se retire, alors il n’y aura plus que les fragilités. Et si la suite était une solution de type Rossel, alors ce serait dur pour le personnel du quotidien. »

Une assemblée générale des journalistes est prévue par le SNJ le 25 septembre 2019 à Rouen. D’ici là, les premiers contours de la société de journalistes voulue par le syndicat pourrait être définis.

76actu

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