Un Noël en famille avec Les Chiens de Navarre : entre cruauté et tendresse. (©Ph. Lebruman.)
Créée en 2005 par Jean-Christophe Meurisse, la compagnie Les Chiens de Navarre est réputée pour ses créations provocatrices et audacieuses. Son fondateur revendique l’héritage d’Hara-Kiri, le célèbre « journal bête et méchant ».
Du mardi 11 au samedi 15 février 2020, le Volcan, Scène nationale du Havre (Seine-Maritime), présente Tout le monde ne peut pas être orphelin. Une pièce sur la famille nucléaire et les rapports parents-enfants. Entretien avec Jean-Christophe Meurisse, metteur en scène.
La famille nucléaire : une source de tensions
76actu : La famille est l’un des sujets de prédilection du théâtre classique. Or, vous dites faire partie des 9% de la population pour lesquels cette notion n’est pas importante. Comment vous êtes-vous emparé de ce sujet ? Quelle vision de la famille mettez-vous en scène ?
Jean-Christophe Meurisse : La famille est le sujet le plus abordé dans l’histoire du théâtre. Face à la littérature existante, on est d’emblée un peu battu. Avec Tout le monde ne peut pas être orphelin, je monte un peu mon classique ! Cette création est née d’une nécessité, pour moi, personnelle : j’avais envie d’explorer ce sujet.
La famille n’a jamais été un repère pour vous ?
La famille, dans ma jeunesse, n’était pas une fondation. Noël, chez moi, ce n’était pas un temps privilégié. Mon passé familial est proche du désastre structurel et affectif. Et pourtant, j’ai moi-même créé une famille. À partir de ces extrêmes, j’ai écrit une série de situations autour de la famille.
Dans Tout le monde ne peut pas être orphelin, ce n’est pas la famille au sens large que vous mettez en scène, mais la famille nucléaire.
La pièce parle du rapport parents-enfants, des tensions que ces liens engendrent. Elle se déroule à Noël, un gros cliché, mais cette période est sensible pour les familles. On plonge le spectateur au cœur de ce repas : les acteurs ne quittent jamais le plateau.
• VIDÉO. Présentation de Tout le monde ne peut pas être orphelin :
Une création collective
Votre processus créatif s’articule en deux temps : l’écriture, puis l’improvisation avec les comédiens qui enrichissent les situations proposées. Êtes-vous resté fidèle à cette méthode pour cette création ?
Je pars sur une trame. J’écris une série de situations. Quand arrive le passage au plateau, à la scène, je procède toujours de la même façon : je soumets les situations, une trentaine environ, en répétition. Puis, comme un pêcheur, j’attends le poisson. Ce qui sort de ces improvisations dépend des humeurs et des styles de jeux de chaque comédien. Le spectacle se construit ainsi : c’est une création collective, dont je suis « l’impulseur ».
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Il y a eu du mouvement au sein de la compagnie : les comédiens se renouvellent. Aujourd’hui, sur scène, on retrouve deux anciens Deschiens : Olivier Saladin et Lorella Cravotta. Un clin d’œil à une famille théâtrale ?
Nous, au sein de la compagnie, nous avons entre 40-45 ans de moyenne d’âge. Il me fallait donc trouver des parents dans les générations précédentes. Je me suis tourné vers les ex-Deschiens/Deschamps car ils n’ont pas peur de rire, pas peur de l’improvisation.
J’ai eu l’occasion de travailler avec Olivier Saladin sur mon long-métrage Apnée (2016, NDLR). Cette première collaboration s’était bien passée. C’est donc naturellement que je me suis tourné vers lui et Lorella. La greffe a pris.
Traité de survie en milieu familial
Les Chiens de Navarre mettent à nu les mécanismes de la famille. (©Ph. Lebruman.)
Quel regard portez-vous sur la famille ? Tendresse, cruauté ? Les deux ?
A priori, d’après les retours du public, c’est un spectacle cruel, mais aussi tendre. On démonte avec férocité les rapports familiaux, mais la thématique véhicule de l’émotion, une certaine forme de tendresse.
La pièce est un petit traité de survie en milieu familial. Avec Les Chiens de Navarre, nous montrons le « ça » et tout ce qu’on ne doit pas représenter avec une certaine forme de joie. C’est l’effet cathartique du théâtre.
Est-ce pour vous un aboutissement d’avoir enfin réussi à vous confronter à la famille ?
Une évolution, pas un aboutissement. Je pense que le moment est approprié pour que je me penche sur la thématique de la famille : j’ai 45 ans et j’ai moi-même des enfants. D’un point de vue artistique et personnel, c’était le moment.
Les cancres qui rient au fond de la classe
La signature des Chiens de Navarre, c’est la provocation, l’excès. Vous restez fidèle à cet esprit ?
La provocation demeure, une provocation joyeuse. Nos origines, elles sont du côté d’Hara-Kiri, de Charlie Hebdo. Il s’agit de raconter les choses sociétales avec rires, provocation, « trash », comme disent les critiques. On rigole des travers, de tout ce qu’on ne peut pas faire en famille.
Les Chiens de Navarre, ce sont les cancres qui rient au fond de la classe. On raconte des choses tristes, mais en riant !
Infos pratiques :
Du 11 au 15 février 2020, au Volcan, espace Oscar-Niemeyer, au Havre.
À partir de 16 ans.
Réservations au 02 35 19 10 20 ou en ligne, ici.
Tarifs : de 5 à 24 euros.