INTERVIEW. Lionel Descamps, candidat : « Nous voulons rendre le pouvoir aux Rouennais »

INTERVIEW. Lionel Descamps, candidat : « Nous voulons rendre le pouvoir aux Rouennais »

A la tête d'une liste citoyenne ouverte par la France insoumise, Lionel Descamps vise la mairie de Rouen aux élections municipales 2020.

À la tête d’une liste citoyenne ouverte par la France Insoumise, Lionel Descamps vise la mairie de Rouen aux élections municipales 2020. (©MN/76actu)

Un nouveau candidat s’est lancé officiellement dans la campagne des municipales 2020 à Rouen, lundi 6 janvier : Lionel Descamps, à la tête d’une liste citoyenne ouverte par la France Insoumise (LFI) et nommée « Rouen, notre commune ».

Quelque peu disparu des radars médiatiques depuis les élections législatives de 2017, où il a terminé quatrième à Rouen avec 13,3 % des voix, cet enseignant de 37 ans revient avec un programme construit collectivement. Militant depuis 2002, il s’est installé à Rouen il y a huit ans. Cet habitant du quartier de la Croix de pierre entend se démarquer par son profil, qu’il juge différent, et les idées de son collectif.

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« Les gens en ont marre de voir toujours les mêmes têtes »

76actu : Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans cette élection ?
Il faut qu’on change concrètement le quotidien des habitants. On a souhaité dépasser le cadre de la France Insoumise en construisant une liste rempart à la politique de Macron, à la baisse des dotations.

En même temps, notre piste se distingue par une lutte contre la métropolisation, qui conduit à la dépossession de la commune et à un gaspillage important. Le palais de la Métropole et la cuve à fioul Panorama, qui ne marche pas, en sont des exemples.

Pourquoi avoir choisi, vous, de porter cette liste ?
Chez nous, les décisions sont communes, c’est un collectif. Les copains et les copines m’ont dit : « Lionel, il faut que tu y ailles », parce que je n’ai aucun mandat, je refuse le cumul et je suis jeune.

Vous parlez de changer la Métropole. Comptez-vous en prendre la tête ?
On va constituer d’abord, à partir de notre victoire — on l’espère —, une force politique avec des listes citoyennes lancées un peu partout dans la Métropole. Il y aura ensuite une décision commune des listes, et pourquoi pas un vote pour décider qui sera président de la Métropole. Ce n’est pas fixé à l’avance.

Pensez-vous avoir une légitimité et une popularité suffisante pour incarner un projet municipal et pour gagner ?
Ce qui nous différencie, c’est que les gens de la liste et moi-même ne sommes pas des sortants, pas des élus professionnels. Cela ne fait pas 20 ans qu’on est là comme tous les autres, quasiment. On peut répondre au dégagisme. Les gens en ont marre de voir toujours les mêmes têtes. Nous, on dit : « On est comme vous et on veut que les Rouennais prennent l’hôtel de ville. » On veut leur rendre leur pouvoir, alors que tous les autres veulent le pouvoir de la mairie, puis ils délèguent à la Métropole.

Les gens souhaitent des représentants intègres. Nous ne faisons pas ça pour l’argent. On va plafonner nos indemnités à trois fois le salaire le moins bien payé de la mairie. Cela évite qu’on ait une élite politique, qui ne se rend plus compte des réalités. Ruffin, un homme qu’on aime bien, a intégré ça. On va également cocher chaque proposition de notre programme.

Aux côtés des Gilets jaunes

Votre présence médiatique était discrète depuis les Législatives. Comment vous êtes vous investis depuis ces deux dernières années ?
Quand on n’est pas élu, on n’a pas de moyen, pas de permanence. C’est difficile d’être visible. On pèse moins dans le débat public. Depuis 2017, on a continué au niveau de la France Insoumise à faire en sorte de développer le groupe, de devenir plus nombreux. On est une centaine sur le territoire. J’ai également mis en place une Amap [Association pour le maintien d’une agriculture de proximité, NDLR]. Et puis je trouvais important d’être aux côtés des Gilets jaunes, d’être Gilet jaune, parce que c’est une lutte contre la vie chère. J’ai rencontré François Boulo au premier jour du blocage.

Je roule à vélo, mais je comprends qu’ils luttent contre le prix de l’essence. Pas parce qu’ils ne sont pas écolos, mais parce qu’ils n’en peuvent plus. Ils ont le couteau sous la gorge. Ils ne peuvent plus vivre. Si je me suis engagé, c’est pour défendre « les petites gens » et faire en sorte qu’on ne survive pas, mais qu’on vive décemment.

Que ce mouvement ait bien marché et permis à tous ces gens de relever la tête, c’est déjà bien. On voit que Macron est dans une difficulté importante. Ça a même redonné de la force aux syndicats pour faire une grève qui est, je crois, la plus grande grève du XXIe siècle en France.

Quels sont les profils des colistiers qui vous accompagnent ?
Ce collectif est féministe et écologiste. Il est fait surtout par des gens qui sont engagés : dans des associations, dans un syndicat, avec les Gilets jaunes. Il s’agit aussi de gens que j’ai côtoyé dans les manifs, comme celles pour les retraites. On ne demande pas à ceux qu’on connaît depuis dix ans. On a des personnes d’un peu de tous les quartiers, de différentes origines. On ne veut pas d’une liste qui ne soit que de la classe moyenne, mais qui intègre aussi les classes populaires.

Il y a par exemple un technicien chez Décathlon, un maître de conférence, des auxiliaires de vie, un ancien ouvrier de Petroplus, des étudiants… On a aussi des chômeurs, parce que près de 10 % de la population est au chômage tout de même.

La démocratie et l’écologie

Quelle ligne directrice vous rassemble tous ?
Il y a deux lignes. D’abord la démocratie avec le droit de révocation des élus. Ça veut dire que les citoyens peuvent à un moment donné dire « stop, les élus m’ont trahi » ou « là, ils ne font pas leur programme ». Sur Lubrizol par exemple, les Rouennais auraient peut-être envie de dire : « Yvon Robert là, il n’a pas défendu les intérêts des Rouennais et leurs poumons, mais les patrons de Lubrizol et Warren Buffet derrière. »

On instaurera le référendum d’initiative populaire. Sur Lubrizol encore, ça permettrait aux Rouennais de décider : est ce qu’on doit redémarrer Lubrizol ou est-ce qu’on doit faire un plan de sortie ? Ils peuvent très bien dire oui, mais dans ce cas-là, on prend ce risque collectivement, en ayant conscience des choses.

On souhaite aussi filmer les conseils municipaux et les rendre plus nombreux. Le conseil de 18 heures à 2 heures du matin, ce n’est plus possible. Cela empêche les gens de s’engager. On veut aussi permettre aux citoyens de mettre une question à l’ordre du jour.

Le deuxième point, c’est l’écologie, avec une règle verte. Les décisions municipales doivent passer par le budget, mais être mesurées au prisme de leur impact sur l’environnement. Par exemple, la ferme de Bonsecours, est-ce qu’on doit mettre un projet immobilier ? Non, parce qu’il faut préserver les terres agricoles. Le contournement Est, c’est une catastrophe. L’argent du contournement doit être investi pour financer les transports gratuits.

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Vous parlez d’écologie, le thème incontournable de cette campagne. A quoi ressemble la votre ?
C’est une bonne nouvelle si tout le monde est pour l’écologie. Les gens feront leur choix envers celui en qui ils ont le plus confiance. Notre écologie n’est pas punitive. On peut concilier pouvoir d’achat et écologie. Dans ma rue, j’ai créé le premier collectif zéro déchet. On peut généraliser cela. On veut que Rouen soit la première agglo zéro déchet. Et s’il y a moins de déchet, on baissera la taxe d’ordures ménagères d’un pourcentage équivalent.

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On veut aussi mettre la gratuité du premier mètre cube d’eau par personne par mois. Avec une tarification progressive pour les particuliers afin d’éviter le gaspillage. Ceux qui remplissent leur piscine par exemple paient la même chose que ceux qui utilisent l’eau pour la boire.

On demandera un plan d’investissement de l’État pour construire une ville écologiste, mettre en place la gratuité des transports, planter des arbres, installer des parkings relais, accompagner les habitants et les commerçants vers le zéro déchet. On veut faire un grand parc pour que la ville respire d’avantage à la place du Castorama [près de Repainville, route de Lyons la forêt NDLR] qui va fermer.

Qu’on reconquiert ces terrains bétonnés en installant une filière agricole. Dès la première année, nous créerons également une esplanade verte rue Jeanne-d’Arc, du pont jusqu’au square Verdrel, où se tiendront des animations, ainsi que des événements sportifs et culturels.

« Le bilan d’Yvon Robert est négatif »

La République En Marche (LREM), comme LFI, étaient deux étiquettes avec le vent en poupe en 2017. Aujourd’hui, les cartes sont rebattues. Quel incident y voyez-vous sur la campagne ?
Concernant En marche, le mouvement social d’ampleur contre la réforme des retraites fait que des gens disent : « C’est fini, on votera plus Macron, même contre Le Pen. » Jean-Louis Louvel, soutenu par En Marche, va pâtir de la politique de Macron. Ça peut jouer en notre faveur.

Il est même l’incarnation d’En marche. Avant, la droite se cachait derrière des hommes et des femmes qui défendaient les patrons, sans forcément l’être eux-même. Aujourd’hui, il n’y a plus ces faux-semblants. La bourgeoisie ne se cache plus. On sait très bien qu’il vient du patronat, comme Muriel Pénicaud. Ce sont les patrons qui gouvernent. Nous, on est pour les petits patrons, mais lorsqu’un gros patron de presse se présente à une élection, il peut y avoir un conflit d’intérêt. Les médias représentent un pouvoir très important.

Sur le fait que la France Insoumise a moins d’aura qu’en 2017… Notre ambition est de dire qu’on n’est pas que des insoumis. Si on arrive à dépasser cela, on a gagné, parce que beaucoup de gens sur la liste ne sont pas du tout membre de la France Insoumise.

Je ne serai pas le Yvon Robert bis. J’aurai une permanence tous les samedis matin, sans passe-droit. Le but est qu’on soit à l’écoute, qu’il y ait, par exemple, un budget pour chaque quartier et qu’on augmente les aides aux associations. Parce que ce sont elles qui font aussi vivre la ville, ce n’est pas que la mairie. Si je suis maire, je serai 100% au côté des Rouennais et à ne faire que ça. Je ne vois pas la politique comme une carrière. Je me suis engagé, mais si j’avais voulu faire un plan de carrière, j’aurais été au PS.

Comment jugez-vous le bilan d’Yvon Robert ?
Comme il a accepté les politiques d’austérité et le « faire avec », comme on dit, au bout de six mois de mandature, il a fermé les douches municipales pour les sans-abri. C’était un signal fort. J’étais avec le Dal [Droit au logement, NDLR] et d’autres militants. On a dit non. Pourquoi s’en prendre aux plus pauvres ? Ils n’ont déjà rien et même le droit à avoir une douche par jour, on leur enlève…

Le bilan d’Yvon Robert est négatif. Est-ce que la ville est moins polluée aujourd’hui, au-delà de Lubrizol ? Est-ce qu’il y a moins de voitures dans la ville ? Non. Alors, oui, il y a les quais bas rive gauche. C’est très bien. C’est vert. Mais je pense qu’un maire de droite n’aurait pas fait pire. Il y a des mairies de droite qui font la gratuité des transports par exemple.

« On ne signera pas avec Nicolas Mayer-Rossignol »

Envisageriez-vous une alliance avec les candidats de gauche ?
Si on s’engage à faire une liste, ce n’est pas pour être derrière le Parti Socialiste. Parce qu’on sait qu’on sera dans l’acceptation d’une politique d’austérité, donc on fera du mal aux gens en leur enlevant, par exemple, des services publics.

Dans les quartiers, tout est devenu payant. Ils ont même été jusqu’à faire payer leurs propres salariés municipaux pour se garer. La ville devient quasiment hostile avec le stationnement payant ou la voiture radar, pompe à fric. Même en bas de chez eux, les habitants doivent payer pour mettre leur voiture. Je ne suis pas pour mettre la voiture dans les villes, mais qu’on utilise cet argent pour donner la gratuité des transports.

Si on arrive à faire 20 % et que les deux autres sont à 10, évidemment ce n’est pas la même chose parce que c’est notre programme qui primera. Si les Rouennais décident de faire comme avant, on ne signera pas avec Nicolas Mayer-Rossignol.

Dans le programme des Verts, il y a des choses sur lesquelles on se rejoint. Ce sont les 55 personnes de la liste qui décideront, au soir du premier tour. On veut une démocratie au niveau de la ville, il faut déjà qu’on l’applique au niveau de la liste. Il y a un premier tour et si les Rouennais nous placent très haut, on changera la ville.

Et le Parti Communiste (PCF) ? La situation était un peu tendue entre vous et eux lors des législatives…
J’ai de bonnes relations avec le PCF, mais il a travaillé avec le PS et les Verts, c’est normal qu’il continue en faisant une liste avec les Verts. J’aime mieux ça plutôt qu’ils rejoignent la liste PS au premier tour.

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