Bertrand Belin signe l’album « Persona » et le roman « Grands carnivores ». (©Bastien Burger)
Bertrand Belin est un amoureux de la langue française. Dans ses chansons, dans ses romans, il explore le langage. L’artiste affiche une double actualité qui atteste de son talent à manier la langue : son album Persona est sorti le 25 janvier et son roman, Grands carnivores, vient de paraître chez P.O.L.
C’est au Tetris, au Havre (Seine-Maritime), mardi 26 février 2019, que débutera la tournée de Bertrand Belin. L’écrivain sera aussi l’invité de la Galerne, vendredi 22 février. Entretien avec un passionné des mots.
Explorer les différents niveaux du langage
76actu : Vous avez une double, voire triple actualité : vous sortez un nouvel album, un roman et êtes à l’affiche de Ma vie avec James Dean, dont vous signez également la musique. Quel rapport entretenez-vous avec ces différentes écritures ?
Bertrand Belin : J’explore les différents niveaux du langage à travers des supports d’expression variés. Par exemple, un livre est rythmé par le silence et c’est un projet mené au long cours qui permet d’avancer plus en profondeur. Ce plaisir de la construction, de l’architecture est dur à faire tenir dans une chanson. Dans ma musique, je fais appel à des éléments plus concrets du monde qui m’entoure.
Solitude, rudesse du monde… au fil de vos albums, vous poursuivez des thèmes qui sont des fils conducteurs dans votre travail d’écriture. La chanson, c’est une façon d’être plus près du quotidien ?
Dans l’écriture de mes chansons, je transporte des situations, des émotions comme des choses autonomes. La musique vient appuyer les paroles, comme un concours.
• VIDÉO. Nuits bleues de Bertrand Belin :
Récit de destins brisés
Sur Persona, votre dernier album, vous évoquez la société et ses violences. Votre roman, Grands carnivores, parle de félins et de férocité. Quel regard portez-vous sur notre monde contemporain ?
Je suis sensible aux destins brisés, aux parcours chaotiques. En tant que citoyen d’abord. Il en résulte des questions de société présentes dans ce disque. Je restitue mes observations avec des questions artistiques. Cela ne part même pas d’une volonté, d’une envie : ça s’impose.
Vous avez confié, lors d’une récente interview, avoir écrit ce « disque en rase-motte, à un mètre du sol ». Votre inspiration, vous la puisez dans la rue ?
Oui, j’observe beaucoup : dans le métro, dans la rue et cela nourrit mon écriture.
• VIDÉO. Choses nouvelles de Bertrand Belin :
Vous privilégiez une certaine économie dans les arrangements. C’est important pour vous de ne pas écraser le texte ?
Je cherche l’équilibre dans l’arrangement. On recherche toujours l’harmonie rêvée et fantasmée. C’est un idéal après lequel on court. Clarté et économie sont le point d’équilibre.
Observer et expérimenter le monde
Dans Grands carnivores, votre nouveau roman, il est question de félins, de férocité. C’est une métaphore de la société ?
Grands carnivores est une fiction dans laquelle s’expérimentent, se mettent au monde, s’organisent des observations glanées dans ce que le monde a de plus trivial. Il y est question de survie, de froid. Le livre résulte de mon immersion, de mon statut de citoyen dans une nation. Le sujet s’impose à moi. C’est aussi un livre sur le langage comme objet artistique.
Vous indiquiez, récemment, sur l’antenne de France Culture que les mots, pour vous, sont des coléoptères, des faunes vivantes que vous collectionnez. Cela traduit votre attachement à la langue, au langage comme source inépuisée et inépuisable ?
Ce qui me frappe dans les romans que je lis et chez les innombrables auteurs que j’apprécie, c’est la capacité de l’encre et des lettres à produire tant d’effets. C’est la force de la littérature : les notes, les signes sur une page produisent tant de connaissances, de savoirs.
Infos pratiques :
Bertrand Belin présentera Grands carnivores, à La Galerne, 148, rue Victor-Hugo, au Havre, vendredi 22 février 2019, à 18 heures.
Grands carnivores, P.O.L. Prix : 16 euros.
Concert, mardi 26 février 2019, au Tetris, Fort de Tourneville, au Havre.
Tarifs : de 15 à 18 euros. Billetterie en ligne, ici.