incendie Lubrizol : nouveau point factuel sur la catastrophe
Cela fait déjà un mois que la catastrophe à eu lieu, et si de nombreuses zones d’ombres demeurent, sur des points cruciaux comme la cause réelle de l’incendie et la réalité des effets des
polluants qui se sont propagés dans l’air, nous avons aussi des informations concrètes et incontestables sur de nombreux points, le décryptage de l’audition du PDG de Lubrizol
monde face aux députés et sénateurs, ainsi que les dernières photos de notre correspondant Alain Jobert qui s’est rendu une nouvelle fois sur place ce 22 octobre 2019.
- La liste des produits réellement concernés par l’incendie :
L’une des choses sur, est la liste des produits qui sont concernés par l’incendie, c’est à dire les produits stockés en grande quantité dans l’entrepôt 5, celui qui est parti en fumée, nous vous
proposons cette liste, du moins celle des dix qui ont le plus brulé (minimum 100 tonnes par produit) en photos ci-dessous, vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir :
Une liste dont les termes techniques peuvent nous paraitre « barbares », mais sachez que la notification dans la dernière colonne par code donne une indication sur la dangerosité, et que ceux notés
notés H304 ont pour classement : « peut-être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires », et ceux notés H413 « peut être nocif à long terme
pour les organismes aquatiques ».
Par contre on « On ne sait pas ce que ces produits ont donné en brûlant », relève le docteur Gilles Dixsaut, de la Fondation du souffle à France Télévision qui par ailleurs
« s’inquiète également du mélange produit par la combustion de plusieurs substances dangereuses. »
Tout cela est très loin du discours officiel de la préfecture et de certains représentants du gouvernement sur le sujet qui estiment « que d’après les premières analyses, tous ces produits sont
certes présents, mais en quantité insuffisante et en dessous des seuils de danger pour l’homme ». La dessus, nous ne prendrons pas parti, seul des analyses régulières, des constatations médicales
de symptômes et le temps pourront nous en dire plus. Nous pourrons juste témoigner du fait que plusieurs centaines de personnes ont du êtres hospitalisées et des milliers d’autres ont signalé des
problèmes respiratoires plus ou moins graves en fonction des cas, y compris moi-même par ailleurs.
Nous constaterons également que « Cet inventaire partiel ne concerne que les produits finis et conditionnés en fûts. Manquent les matières intermédiaires, les déchets de production et les déchets
consécutifs à la destruction de certaines installations fixes ou mobiles ». Comme le fait remarquer remarquer l’association Robin des bois à nos confrères d’actu-environnement.com
« Il faut (…) qu’au vu des compositions individuelles des molécules déclarées, une évaluation de la nature et de la dangerosité des produits de combustion possiblement émis par ce mélange puisse
être réalisée », réclame François Veillerette, directeur de Générations futures. « Nous demandons qu’un suivi épidémiologique de la population soit mis en place car il nous semble indispensable de
vérifier dans les années à venir si des pathologies chroniques surviennent ou non plus fréquemment dans la population exposée aux fumées et suies de Lubrizol », ajoute le représentant de l’ONG
toujours auprès d’actu-environnement.com
L’évacuation des futs et le traitement sur le site :
Voila ce que la préfecture a annoncé dans un communiqué :
« Une zone de fûts endommagés située le long de la rue de Madagascar doit notamment être traitée. Cette opération va se dérouler de la manière suivante : un équipement provisoire de confinement
de 1 000 m2 en dépression d’air recouvre entièrement la zone des fûts. L’air capté dans cette structure fait l’objet d’un traitement d’odeur. Le procédé technique mis en place repose sur 3
barrières de sécurité : une première enveloppe étanche, une deuxième enveloppe à l’intérieur, faisant office de sas et des brumisateurs internes et externes afin de neutraliser les éventuelles
odeurs. À ce jour, l’équipement est installé. À compter du 22 octobre le traitement des fûts pourra commencer. Dans ce dispositif étanche et pressurisé, un robot commandé à distance par du
personnel qualifié, manipulera chacun des fûts pour une neutralisation sur place. Il triera, traitera et neutralisera les matières pour préparer leur évacuation. Les matières ainsi traitées
seront acheminées par camion-citerne. Les fûts vidés seront transportés dans des bennes étanches par voie routière. Le transport de ces matières et contenants se fera dans le cadre de la
réglementation en vigueur pour être détruits dans des centres de traitement agréés. L’ensemble de cette opération sera réalisé en journée hors week-end et durera environ 2 mois.»
En clair l’opération ne sera pas terminée avant le 22 décembre, et pour information selon lesechos.fr :
Tous les fûts seront traités par un gros engin de chantier télécommandé de la société Perfo Sciage Diamant (PSD) installée à La Vaupalière près de Rouen et spécialisée dans les démolitions
complexes. Le robot viendra attraper chacun des fûts au moyen d’une grosse « pince » pour son traitement sur place. Le contenu liquide sera neutralisé dans un bac contenant de la soude,
et les éventuelles émissions gazeuses traitées par un système d’aspiration relié à l’unité d’élimination des gaz de l’usine qui fonctionne 24 heures sur 24.
Les fûts et carcasses de fûts prendront ensuite la direction du centre de traitement de déchets dangereux Sedibex du Havre, filiale de Veolia qui emploie 86 salariés. « Nous avons déjà traité 194
tonnes de déchets en lien avec l’incendie de Lubrizol issus des pompages des déchets sur le site, de fûts brûlés, d’eaux d’extinction et de produits d’émulsion utilisés par les pompiers pour
éteindre l’incendie », explique François Thuillier, son directeur général.
Le reportage photo de notre correspondant, le 22 octobre 2019
Alain Jobert, notre correspondant local citoyen était ce mardi sur le site pour en savoir plus sur les avancées de la « dépollution » et sur l’évacuation des futs. Nous vous proposons ses clichés
et les commentaires qu’il a proposé sur son groupe facebook.
Ici le bassin où est maintenue la « mini-marée noire »
(ndlr : Certains sur les réseaux sociaux s’étonnent du procédé qui consiste à nettoyer à l’eau les pierres, et montraient la suie noire qui ensuite allait dans l’eau, pour le coup il faut
reconnaitre, et nous le voyons bien sur la première image que la zone est fermée en amont, et que donc cela ne part pas dans la Seine, mais reste dans le bassin, et ensuite un bateau-pompeur
récupère.).
Les quais « nettoyés sont ensuite protégés des hydrocarbures par des bâches. On peut par contre s’étonner de la disparité des équipement, notamment entre les agents chargés du nettoyage sur terre, et ceux
sur les bateaux…
Que cache ce hangar angle rue de Madagascar rue Bourbaki ? il est gardé par deux personnes en combinaisons et casquées !
(ndlr : L’une des zones ou le flou et le manque d’information est des plus consternant, d’autant que vraiment à proximité des habitations)
Un des chapiteaux qui abrite les fûts « rescapés ».
Des experts protégés des pieds à la tête ( et pourtant il n’y a pas de danger !!) viennent faire des prélèvements .
Très compliqué pour accéder au site ! Des sociétés privées de surveillance ont remplacé les forces de police . le mot d’ordre c’est le silence , même les médias sont refoulés et doivent se
contenter de filmer de loin . Ici TF1. Ont t-ils quelque chose à se reprocher ? …..cette loi du silence ne joue pas en leur faveur ! je le répète : « responsables VOYOUS !! » Un vigile a
voulu m’interdire de prendre des photos …..réponse immédiate de ma part .
Audition du PDG Lubrizol Corporation, Eric Schnur, à l’Assemblée nationale :
Ce mardi 22 octobre avait lieu à l’assemblée nationale l’audition du PDG monde de l’entreprise auprès des députés, puis auprès des sénateurs, auditions diffusées sur la chaine LCP, voici ce qui
en ressort :
Concernant l’origine de l’incendie, il persiste à dire que celui-ci a démarré à l’extérieur de l’enceinte de son entreprise :
« Nous avons un système d’alarme incendie (…) et une surveillance vidéo (…) J’ai vu deux vidéos qui portent à penser que l’incendie a commencé en dehors de notre site », ce qui si c’est avéré,
pose la question de la sécurité dudit site, et des sites seveso en général…
Concernant l’impact sur la population, il reconnait enfin qu’il est réel et dit que l’entreprise va, au coté des autorités locales et nationales, aider la population :
« Nous souhaitons pouvoir identifier ceux qui en ont le plus besoin et nous souhaitons les aider le plus rapidement possible. C’est l’une des raison pour lesquelles je suis ici à Paris, et c’est
aussi la raison pour laquelle j’irai à Rouen plus tard dans la semaine. […] Au nom de 8 700 employés de Lubrizol dans le monde, je voudrais vous adresser mes plus sincères excuses à toutes les
personnes qui ont été touchées par l’incendie du 26 septembre, qui a détruit nos équipements d’enfûtage et nos installations de stockage à Rouen. […] Nous considérons que Lubrizol fait partie de
la famille rouennaise. Cela fait maintenant plus de six décennies que nous appartenons à cette région. » Un discours que chacun interprétera à sa façon, mais nous noterons qu’il se préoccupe
une fois de plus, principalement de rappeler la destruction des équipements de son entreprise, du moins qu’il met cela au même niveau que l’impactsur la population….. Seule » vrai bonne
nouvelle », le fait qu’il annonce débloquer des fonds « pour les petits commerces et entreprises qui ont été touchés […] Nous souhaitons veiller à ce que l’activité touristique de la région ne
subisse pas d’interruption et nous octroierons des fonds pour promouvoir cette belle ville de Rouen ainsi que la belle région normande. » Mais combien ? Et dans combien de temps ?
question qui se pose aussi lorsqu’il dit « Nous apporterons également des fonds pour contribuer aux analyses environnementales afin d’apaiser les inquiétudes de la population. » Ce qui
d’ailleurs laisse sous-entendre qu’il est sur de lui quand à la non dangerosité pour l’humain, puisqu’il dit que les analyses apaiseront les inquiétudes de la population… discours risqué voir
cynique, à la vue de ce dont nous avons parlé plus haut dans l’article.
Enfin concernant l’usine elle-même et les salariés, il annonce le maintient des emplois et salaires « pendant toute la durée de la reconstruction » et reconnais que « Nous n’avons pas l’intention de
remplacer le stockage et la zone d’enfûtage que nous avons perdus pendant l’incendie, parce que nous pensons que la population rouennaise ne serait pas à l’aise avec cette idée-là « , » Les
riverains, nos voisins, doivent être confiants » . Ce qui laisse deux possibilités « la reconstruction d’un site d’entreposage par l’entreprise elle-même, ou le travail avec des
tierces parties, qui pourraient proposer du stockage hors de la ville. » Cela pose de nouvelles questions et montre la encore le cynisme de l’entreprise, car quid des secteurs ou cela se
passera ? La nature sera une nouvelle fois en danger, et quand on constate l’étendue du nuage noir qui a suivi le drame, on se dit que ce ne serait que déplacer le problème et surement pas le
résoudre.
D’autres questions qui reviennent souvent :
Sur l’eau potable : Pour le moment pas de changement, toutes analyses le prouve, l’eau est toujours potable, il en sera peut être différent lorsque nous aurons atteint la fin des
réserves et qu’il faudra à nouveau reprendre de l’eau de la nappe phréatique. Mais rappelons que l’eau en bouteilles contient énormément de pesticides , des traces du plastique du contenant
et que son système de mise en bouteille, comme son transport, sont des plus polluants.
Sur les productions locales maraichères et fermières : Nous ne pourrons parler que de ce dont nous sommes sur, c’est à dire les petits producteurs en bio, raisonné ou perma
que nous suivons, et nous pouvons vous certifier qu’ils font plus qu’attention, respectent les interdictions lorsqu’il y en a et que, dès lors, ce qui est mis en vente soit en directe des
fermes, soit dans les boutiques locales est absolument sans danger. Il convient aussi justement de les soutenir, car ils subissent aussi la peur des gens, qui parfois préfèrent maintenant acheter
des produits de supermarché à la provenance douteuse, et pour le coup, dont on ne sait rien des traitements infligés aux produits. Et sachez que nos petits producteurs ne vendent pas s’il y a le
moindre doute, et que les magasins de produits locaux et, ou, bio font eux aussi très attention, et bien sur ne proposent plus les produits venants des secteurs touchés directement par le
panache.
Les questions en suspens :
Pour terminer cet article, revenons brièvement sur les questions primordiales qui à ce jours n’ont pas de réponses factuelles :
Tout d’abord la responsabilité des autorités, qui ont parfois été très légères, quand aux contrôles et principes de sécurité pourtant normalement imposés aux sites Seveso seuil haut, comme nous
l’avons vu dans nos précédents articles sur le sujet. Pourquoi un tel laxisme depuis des années ?
Toujours concernant ces mêmes autorités, pourquoi le jour du drame et les suivants, il n’y a pas eu une ligne clair définissant un plan précis et commun à toutes les communes touchées ?
Autre question plus que primordiale, que nous avons évoqué plus haut et dans les articles précédents, qu’en sera-t’il d’ici quelques mois, quelques années de l’impact sur l’humain, mais aussi sur
la nature, dans les zones les plus touchées ? La, forcément seul le temps le dira, mais les scientifiques commencent à analyser et comprendre, nous vous tiendrons bien sur informés le plus
régulièrement possible.
Et enfin qu’en est-il de l’impact psychologique pour les gens qui ont subi ce drame de près ou de loin, les habitants et travailleurs de l’agglomération rouennaise et des régions et pays
traversés par le nuage (Normandie, Nord e la France, Belgique et pays-Bas bien sur, mais aussi les intervenants sur le site ?












