Un jeune homme de 25 ans, a été condamné à Rouen pour avoir menacé plusieurs victimes de Bois-Guillaume et de Corrèze. (©RT/76actu/archives)
Un jeune homme taguait les murs de ses victimes avant de leur envoyer une lettre de menace pour leur extorquer de l’argent. À 25 ans, il a été jugé par le tribunal correctionnel de Rouen (Seine-Maritime), mardi 17 décembre 2019.
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Une flèche plantée dans son mur
L’enquête démarre à Bois-Guillaume. Philippe*, architecte, constate « un graffiti en forme de trident rouge » sur les murs de son local, en mars 2015. Le lendemain, il reçoit un courrier anonyme lui demandant « la somme de 800 euros en liquide dans une enveloppe vierge, signée Poséidon ». Le courrier lui indique de ne pas prévenir la police, « sous peine de sanction ».
Philippe ne paie pas et alors « Poséidon » met ses menaces à exécution : une vitre brisée et le mur du local recouvert d’acétone. Un nouveau courrier lui réclame 1200 euros. Très vite, les policiers font le rapprochement avec une plainte déposée quelques jours plus tôt par Lucie*. Cette habitante de Bois-Guillaume explique avoir reçu « une lettre anonyme avec un trident lui demandant 800 euros, signée Poséidon », relate la présidente du tribunal. L’auteur du courrier lui demande de scotcher l’enveloppe avec l’argent à la rampe de son escalier sous peine de représailles. Les jours suivant, elle constate à sa grande surprise « qu’une flèche de 80 cm est plantée dans son mur avec un courrier de rappel à l’ordre accroché dessus, lui demandant maintenant 950 euros et lui indiquant que la prochaine fois, il viserait mieux ».
Le SRPJ en charge de l’enquête
Le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen se mobilise et décide de mettre un leurre à l’endroit souhaité par « Poséidon ». Jonathan* est interpellé dans la foulée.
Durant sa garde à vue, son ADN est prélevé et inscrit au fichier des empreintes génétiques qui, par surprise « matche » avec une affaire similaire… en Corrèze. Mais cette fois-ci, « ce n’est plus un trident, mais un smiley » qui est tagué sur les murs.
La victime corrézienne explique avoir reçu un courrier lui demandant 100 euros, en janvier 2014. Quelques jours plus tard, sa vitre est brisée et des menaces proférées dans une nouvelle lettre.
Lors d’une perquisition réalisée au domicile du prévenu, les enquêteurs retrouvent des armes blanches, plusieurs arcs, des flèches et un lance-pierre. L’expertise de son ordinateur révèle qu’il a réalisé des recherches sur ses victimes dans des moteurs de recherche et sur Poséidon.
« J’ai l’impression d’être un psychopathe »
À la barre mardi, Jonathan peine à trouver des explications à ses gestes :
Je reconnais tout, je ne comprends pas comment j’ai pu agir ainsi, j’ai l’impression d’être un psychopathe. J’ai dû confondre la fiction et la réalité. J’espère que je ne suis plus comme cela.
Cet étudiant en psychologie, fiancé, explique avoir très peu de vie sociale et reconnaît avoir « ciblé » les victimes « en raison de leur profession, de leurs revenus ou de leur maison ».
L’expert psychiatre conclu que le prévenu souffre d’un trouble schizophrénique, d’une froideur affective, incapable de se remettre en cause. Il recommande une prise en charge dans le cadre d’une injonction de soins.
Deux ans de prison avec sursis requis
Philippe demande près de 10 000 euros de dommages et intérêts. Le conseil de Lucie indique que le traumatisme est « considérable », que sa cliente a été durablement affectée. Il demande plus de 28 000 euros de dommages et intérêts pour sa cliente et sa famille. Le couple corrézien réclame environ 2 000 euros de dommages et intérêts.
Le ministère public considère que les faits sont « inadmissibles » et requiert une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans avec obligation de soins, demande l’indemnisation des victimes et l’interdiction de détenir ou porter une arme.
« Il s’est humanisé »
Le conseil de Jonathan estime que les expertises psychiatriques « sont très dures » et font apparaître la personnalité de son client comme « totalement désespérante », mais il tient à rappeler que son client a évolué de façon positive, « avec une réelle prise de conscience de la gravité et du préjudice occasionné par ses actes délictueux ». Selon lui, son client « s’est humanisé ».
Finalement, le tribunal condamne Jonathan, éducateur sportif, à la peine trois ans d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans avec obligation de soins psychiatrique, d’indemniser les parties civiles et de travailler. Il lui est également interdit de détenir ou porter une arme soumise à autorisation pendant une durée de cinq ans. Il devra verser aux victimes la somme de 26 862 euros. La condamnation restera inscrite à son casier judiciaire.**
* Les prénoms ont été modifiés
** Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
De notre correspondant Frédéric Bernard