C’est un vieux bâtiment du Havre qui a brûlé ce vendredi 28 août 2020 : l’hôtel du cheval Bai. Il servit longtemps de lieu de passage et d’hospitalité. Son entrée très haute fait immédiatement penser aux relais de poste. Pourquoi ce nom ? On sait qu’il y avait beaucoup d’auberges du cheval blanc en France mais les enseignes au nom du cheval bai demeurent un peu moins courantes. Les enseignes au nom du cheval bai sont très communes en Angleterre. Était-ce un nom choisi pour se distinguer ou attirer une clientèle anglo-saxonne dont l’attachement aux chevaux est viscéral? Je pense depuis longtemps qu’une histoire de l’hôtellerie havraise serait nécessaire. On comprendrait mieux les relations entre notre ville et l’extérieur.
Le secteur où se trouve l’établissement me semble assez lié aux transports terrestres et à la circulation de moyens de transport à chevaux. L’hôtel du cheval Bai se trouvait 176 rue de Normandie. Outre l’hommage donné à notre immortel territoire le nom de cette rue évoque une liaison, une route, avec le reste des régions normandes. Je pense d’ailleurs, en cherchant bien, qu’on trouverait encore d autres endroits consacrés aux chevaux à proximité. Il y a bien les anciennes écuries qui se trouvent dans l’actuel jardin municipal en bas du tunnel Jenner. Il y aurait peut-être aussi un autre endroit méconnu dans le quartier lié aux chevaux mais gardons le mystère… Comme notre ami Daniel Haté le dévoile dans un commentaire il s’agit du 329 rue Aristide Briand.
Ancien relais de poste d’Ancenis. Une structure proche du bâtiment du 329 rue Aristide Briand.
A l’auberge du cheval Bai on pouvait à la fin du 19 e siècle arriver à cheval, le laisser, et aller dormir chez un ami. Une sorte de parking équestre! Nous avons perdu et même oublié le rôle essentiel que jouaient les chevaux dans la ville. Le déclin de l’hôtel du cheval Bai coïncide avec le développement de la voiture automobile.
De mémoire notre actuelle place Gambetta (où se trouve le « Volcan ») avait aussi un rôle : celui de terminus ou de départ pour de nombreuses diligences.
L’hôtel du cheval Bai resta longtemps un endroit convivial avec de multiples destinations. Il abrita, entre autres activités, un dépôt de levures à la fin du 19e siècle. Les boulangers venaient s’y approvisionner. Il abrita des remises de prix pour des courses à pied au 20e siècle , fut le siège de la » pédale havraise », un club cycliste !
En 1926, l’hôtel proposait des chambres à un lit de 12 à 20 francs, à deux lits de 15 à 25 francs. Un repas à la carte était disponible. L’établissement faisait partie des principaux hôtels de la ville. Je le qualifierais d’hôtel de moyenne gamme.
L’auberge fut restaurée en 1927 dans un style moyenâgeux. C’est vrai que son bon état de conservation en 2020 s’explique probablement par cette restauration qui a moins de cent ans. Elle comprenait des salons.
Pendant la guerre cet endroit eut évidemment un rôle majeur dans la Résistance. Mon ami Louis-Marie Labia , ancien membre du réseau du Vagabond bien aimé, m’avait demandé d’intervenir afin qu’une plaque commémorative soit installée. Personne ne se souciait alors de rappeler l’importance de cet endroit. Lui a bataillé ferme jusqu’à ce que cela soit obtenu.
L’hôtel du cheval Bai, en 2020, était extérieurement en très bon état et bien entretenu. Il est dommage que ses écuries aient été démolies (il y a une dizaine d’années?).
On espère que tout sera fait pour remettre en état ce bâtiment qui fait partie intégrante de notre patrimoine.


