À l’université du Havre (Seine-Maritime), l’une des plus concernées par l’accueil d’étudiants étrangers hors UE, la hausse des frais de scolarité inquiète. (Illustration ©Pixabay)
Des frais de scolarité multipliés par 15 ou 16 pour les étudiants étrangers hors Union européenne (UE) : voilà ce qui attend les universités françaises à la rentrée 2019. Et l’université du Havre (Seine-Maritime) figure parmi les établissements particulièrement concernés par la mesure : chaque année, elle compte dans ses rangs plus de 20 % d’élèves internationaux.
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L’international, une spécificité havraise
« Il existe une vraie spécificité havraise, pose d’emblée Michaël Hauchecorne, vice-président en charge des relations internationales. Nous sommes l’une des universités qui accueille, proportionnellement à notre taille, le plus d’étudiants internationaux en France ». Une donnée qui a été « pendant longtemps un facteur fort de notre attractivité » avec « 180 partenariats conclus de part le monde ».
Chaque année depuis trois ans, nous accueillons environ 700 nouveaux étudiants hors UE sur 1 900 étudiants étrangers.
C’est donc avec inquiétude que le vice-président voit arriver l’annonce du gouvernement concernant la hausse des frais d’université pour ces étudiants qui comptent dans l’offre de formation havraise. « Notamment dans les domaines scientifiques, comme la physique, le génie civil, électronique, l’informatique, nous comptons jusqu’à près de 70 % d’étudiants internationaux. »
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Une forte baisse des candidatures
Pour la prochaine rentrée, Michaël Hauchecorne note d’ors et déjà une vraie baisse des candidatures internationales. « L’an passé à la même époque, nous avions reçu 13 000 dossiers. Aujourd’hui, nous en comptons 8 000. »
Beaucoup d’étudiants sont déboussolés et ne savent pas s’ils devront payer ou non leur inscription à la rentrée. Mais nous ne sommes pas encore en mesure de leur répondre. On nous annonce des choses très étonnantes qui créent un effet de panique.
Le décret devrait en effet être publié seulement au mois d’avril. « Nous n’avons pas de grosses inquiétudes pour la rentrée prochaine, car de nombreuses inscriptions concernent des étudiants déjà en France, qui devraient a priori être exonérés, explique le vice-président. En revanche, la question de l’attractivité de l’université dans les années à venir se pose. »
Une logique d’échanges remise en question
Car derrière cette mesure, c’est « toute la logique des échanges et le jeu des réciprocités pour nos étudiants qui veulent partir étudier à l’étranger qui est en jeu », souligne Michaël Hauchecorne. Des partenariats conclus notamment avec des villes portuaires, mais aussi avec de nombreux pays d’Afrique du nord comme l’Algérie, le Maroc, le Sénégal ou la Tunisie, mais aussi avec différents pays d’Asie.
Censée renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur, la mesure « risque de mettre en difficulté ces mêmes étudiants » redoute l’enseignant. Il le reconnaît, « beaucoup d’étudiants étrangers au Havre sont en situation précaire. Le réseau associatif est très mobilisé pour les accompagner. Mais malgré tout, ils sortent de l’université avec, pour la plupart, un diplôme de niveau Bac + 5 ».
La hausse des frais en chiffres :
– en licence, les étudiants hors UE devront payer 2 770 euros par an contre 170 euros actuellement, soit plus de 16 fois plus cher.
– en master, les frais s’élèveront à 3 770 euros par an contre 243 euros actuellement, soit plus de 15 fois plus cher.
Des exonération possibles ?
Certaines universités ont d’ors et déjà annoncé leur décision d’exonérer les étudiants extra-communautaires qui viendraient à s’inscrire chez eux. Une décision qui s’appuie sur la possibilité laissée à chaque établissement de décharger jusqu’à 10 % de leurs élèves de frais d’inscription. Une option inenvisageable au Havre, où la part d’inscriptions internationales est largement au-dessus de ce seuil. « Nous ferons bien sûr le maximum pour exonérer les étudiants sélectionnés. »
Dimanche 24 février 2019, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a annoncé revenir sur une partie du volet de cette réforme, qui n’affectera donc pas les étudiants arrivant en France au niveau du doctorat. Une bonne nouvelle pour Le Havre, « première sur le nombre de doctorats obtenus par rapport à notre taille », mais insuffisant. Ici, 50 % des étudiants extra communautaires arrivent en master, ainsi qu’une large part en troisième année de licence.