Grève à la TCAR à Rouen : après plus d’un mois de débrayage, aucun accord trouvé

Grève à la TCAR à Rouen : après plus d’un mois de débrayage, aucun accord trouvé

Les débrayages amorcés le 18 septembre 2019 se poursuivent à la TCAR, après plus d'un mois de mobilisation des salariés.

Les débrayages amorcés le 18 septembre 2019, se poursuivent à la TCAR, après plus d’un mois de mobilisation des salariés. (©MN/76actu)

Voilà plus d’un mois et demi que le débrayage amorcé le 18 septembre 2019 à la TCAR se poursuit. Une fois par jour, des salariés du réseau de transport de la Métropole de Rouen arrêtent leur service pendant 55 minutes.

Une nouvelle réunion de négociation a eu lieu mercredi 6 novembre entre la direction et la CGT, syndicat majoritaire au sein de l’entreprise. Deux propositions ont été réalisées par la direction. Elles sont d’ores et déjà jugées insuffisantes par le syndicat majoritaire, qui donnera une réponse officielle jeudi 7 novembre lors d’une nouvelle rencontre à 13h30.

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Pause et places de parking

Les revendications de la CGT portent essentiellement sur deux points. En premier lieu, l’inclusion des 4h15 de conduite — la durée maximale autorisée d’affilée — en début de service plutôt qu’à la fin. « Les placer à la fin ajoute de la pénibilité et accentue le risque d’accident à cause de la fatigue, assure David Fossati, secrétaire adjoint de la CGT. Ce changement nécessiterait la création de quatre services supplémentaires. »

En second, le syndicat souhaite un allongement de la coupure légale pour les services d’une durée supérieure à 7h40. Vingt minutes viendraient s’ajouter aux 25 minutes habituelles, comme c’est déjà le cas actuellement pour les services dépassant 7h50.

La pénibilité est la même pour les services de 7h40, 7h48 ou 7h50, souligne le syndicaliste. Nous avions d’abord demandé ces 20 minutes dès 7h36, la durée d’un service normale. On nous a demandé de faire un effort, alors on a fixé 7h40.

S’il n’a pas fait part d’avancées concernant le « déplacement des 4h15 », le directeur par intérim de la TCAR, Jean-Pierre Philibert, a proposé mercredi d’augmenter la durée de pause pour les services dépassant 7h45. Un effort jugé insuffisant par le syndicat.

Le directeur a d’autre part annoncé vouloir acheter des places de parking au Boulingrin pour permettre aux salariés de stationner. « Cela émane de l’accord de fin de conflit d’avril 2018, détaille David Fossati. Depuis, la direction n’a pas trouvé de solutions là-dessus. Elle a dit que ça coûterait 400 000 euros, entièrement à la charge de la TCAR. »

Cette dernière proposition sortie du chapeau a décontenancé les représentants syndicaux. « Ce n’est pas une revendication que nous avons maintenant. Quand nous voyons qu’ils sont capables de sortir cette somme, nous préférerions qu’ils l’investissent pour améliorer les conditions de travail de tous les services… »

Une gestion de crise de Lubrizol compliquée

Les deux parties indiquent que « la discussion n’est pas figée », mais pour la CGT, aucun accord ne peut être trouvé en l’état. Le conflit risque donc de se prolonger dans un contexte déjà tendu, avec un climat de défiance. Notamment du fait de la gestion de l’épisode de l’incendie à l’usine Lubrizol. Celle-ci n’a pas été une sinécure au sein de la TCAR. David Fossati détaille :

À la base il y a eu des droits de retrait effectués, mais le directeur d’exploitation a menacé de ne pas payer la journée. On a relevé 459 registres d’infirmerie, 61 déclarations d’accident de travail, dont 38 avec arrêt allant de 2 à 40 jours, soit 429 jours d’arrêt dans la globalité de l’entreprise à la date du 30 octobre. Aujourd’hui certains sont encore en arrêt.

Ces derniers arrêts en cours sont jugés « à la marge », par la communication de l’entreprise. Reste que l’absentéisme s’est accru, et avec lui le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les autres employés. « Cela crée de la fatigue et une dégradation des conditions de travail, qui à leur tour génèrent de l’absentéisme, analyse David Fossati. Il a été demandé au CSE [comité social et économique, NDLR] de l’entreprise d’augmenter à 220 heures le nombre d’heures supplémentaires, soit près du double du nombre actuel. Cela a évidemment été refusé. »

La grève avait déjà démarré dans des conditions difficiles après le départ inattendu de la directrice de la TCAR, Peggy Louppe, huit jours avant le début des débrayages. Elle était appréciée par certains pour avoir monté des groupes de travail associant salariés et direction afin de travailler sur certaines problématiques de l’entreprise. Son « éviction brutale » et « sans préavis », pour reprendre les mots de plusieurs salariés, a choqué.

« Fatigue et lassitude »

Contactée, l’intéressée n’a pas souhaité s’expliquer sur ce départ. « L’essentiel est que la fonction de direction soit assurée et assumée sans discontinuer », balaie de son côté Jean-Pierre Philibert. Chez Transdev depuis 30 ans, c’est lui qui gère l’intérim. Peu après sa prise de fonction, il déclarait :

Ce que j’ai entendu, c’est de la fatigue et de la lassitude chez le personnel de conduite, avec une année 2019 qui a sûrement été chargée avec l’Armada, une période d’été difficile, des samedis compliqués avec les perturbations des Gilets jaunes.

Le nouveau directeur, qui croit en « la concertation la plus large possible », a lancé un sondage sur les roulements de travail. Il a également maintenu des groupes de travail avec les salariés. La CGT les qualifiait de « fumisterie » dans un tract daté du 21 octobre. Elle a décidé de s’en désengager. « À partir du moment où les solutions proposées par les salariés sont à coût zéro, il n’y a pas de problème. Si ça a un coût, c’est mort, assure David Fossati. Mais sans investir, on déplace le problème ailleurs. »

La question de l’investissement pour tous les services, en dehors des conducteurs, a été évoquée mercredi, mettant « à cran » la direction, selon la CGT. « Les solutions que nous demandons sont peut-être coûteuses, mais nous ne lèveront pas le camp », prévient le syndicaliste.

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