Des manifestants plus radicaux avaient envie de « prendre la gare » lors de la manifestation contre la réforme des retraites à Rouen, mardi 17 décembre 2019. (©MN/76actu)
La mobilisation a été importante à Rouen, mardi 17 décembre 2019, dans le cadre de la grève contre la réforme des retraites. 35 000 personnes ont manifesté dans la rue selon la CGT, 10 000 selon la police. Une participation quasi équivalente à celle du 5 décembre.
Après plus de dix jours de grève, les manifestants affichaient une forte détermination. Un groupe plus radical, composé de plusieurs centaines de personnes, a montré son désaccord avec l’intersyndicale à plusieurs reprises lors de cette manifestation au cours de laquelle la tension est montée peu à peu.
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Envie de « prendre la gare »
Le cortège rouennais s’est divisé une première fois après le passage du pont Jeanne-d’Arc, en début de manifestation. Quelques pompiers marchant en tête ont décidé de remonter la rue en direction de la gare, hors du parcours déclaré. « Il faut les comprendre, ils sont à bout », expliquait un de leur collègue syndicaliste. Un groupe de jeunes vêtus de noir, aux visages masqués et portant des parapluies, leur a emboîté le pas, tout comme une partie des Gilets jaunes présents.
#grevedu17decembre à #Rouen
Le cortège arrive rue Jeanne-d’Arc. Beaucoup de jeunes et de #GiletsJaunes à l’avant, et toujours les pompiers pour ouvrir la voie. pic.twitter.com/wRxUUl8RnC— Mathieu Normand (@oMatnor) December 17, 2019
« Allez, on prend la gare », répétaient certains d’entre eux, tentant de motiver le reste du cortège. Rien n’y a fait. Contrairement à la semaine passée, le gros des manifestants a continué à suivre le parcours prévu. Isolés, les quelques centaines des manifestants ayant fait bande à part se sont résignés à tourner dans la rue Lecanuet, puis à cheminer jusqu’à rejoindre de nouveau le cortège.
Lors du passage un peu plus tard devant la gare – celui ci faisait partie du parcours déclaré – le même groupe de personnes déterminées est allé au contact des forces de l’ordre. Là encore, le gros du cortège est resté en retrait, puis a continué sa route. Après quelques sommations, les manifestants isolés ont fini par réintégrer le reste de la manifestation, sans heurts. L’énervement devenait palpable. Des insultes ont fusé.
Manifestation à #Rouen #greve17decembre : les manifestants reculent pic.twitter.com/ERvSCgy2Hr
— Raphaël Tual (@raphtual) December 17, 2019
Les responsables syndicaux hués
Ces quelques points d’achoppement ont cristallisé des tensions qui ont fini par s’exprimer en fin de mobilisation, en bas de l’avenue Pasteur. Lors des prises de parole, les responsables syndicaux ont été hués par des manifestants s’étant placés sur le côté.
Le même groupe qui avait essayé de « prendre la gare » s’est avancé en direction du camion où avait lieu les allocutions pour montrer son désaccord. « Ils ont une autre idée sur la forme que doit prendre la protestation, mais c’est dommage qu’ils insultent la CGT », regrettait un responsable syndical.
Après une courte bousculade, des discussions tendues ont eu lieu entre les mécontents et les syndicalistes. Pendant ce temps, les prises de parole se poursuivaient tant bien que mal. « Qu’on appelle les dockers », a tout de même tonné Pascal Morel, responsable de l’union départementale CGT, sentant la situation dégénérer. Il a fini par décréter la fin de la manifestation syndicale, laissant le soin aux plus radicaux de poursuivre la manifestation par eux-même.
Manifestation à #Rouen #greve17decembre : des heurts pendant les discours @76actu pic.twitter.com/NvSzRvGtUD
— Raphaël Tual (@raphtual) December 17, 2019
« Éviter de se fritter la gueule comme des cons »
Une manifestation sauvage a alors commencé en direction du boulevard des Belges, puis s’est poursuivie sur le quai du Havre. Les manifestants avançaient pour certains au milieu des voitures. Ils ont fini par être encerclés par les forces de l’ordre.
La police a lancé deux charges pour disperser les manifestants, faisant usage de lacrimo, devant des automobilistes coincés dans un embouteillage. Deux interpellations ont eu lieu.
« Notre objectif est de massifier le mouvement, de convaincre pour que les entreprises s’arrêtent, assurait une manifestante révolutionnaire d’une soixantaine d’années présente au sein du cortège. Avec ce genre de comportement, ce n’est pas possible. »
Conscient de l’image véhiculée, un enseignant syndiqué suggérait quant à lui d’ « éviter de se fritter la gueule en manifestation comme des cons » au cours de l’assemblée générale qui a suivi la mobilisation. Lors du débat, un Gilet jaune, expliquait quant à lui les dissensions ainsi :
Il y en a marre d’être nassés par les policiers. On veut manifester comme on l’entend. Il y en a ras-le-bol de ne pas pouvoir manifester dans ce pays. C’est du bon sens de ne pas respecter le parcours.