« Plein les poches », le clip de Leone, rappeur de Rouen, affiche plus de 250 000 vues sur Youtube. (©Leone)
« Je n’aime pas trop les médias », prévient-il d’emblée, confessant être une « grande gueule » dont les mots pourraient dépasser la pensée. Ceci explique pourquoi Lionel, appelez-le Leone, n’a pas souhaité répondre à la moindre interview en avril 2019, lorsque les projecteurs se sont braqués sur lui.
À 27 ans, cela faisait longtemps qu’il l’attendait, la lumière. Sûr de son fait, mais souffrant du « handicap », dit-il, de venir d’un département où les rappeurs n’ont « aucune chance de percer », la Seine-Maritime. Pourtant, à 16 ans, lorsqu’il entend un featuring de Booba et Kaaris, c’est décidé, il rappera.
« Au début, j’étais nul »
À Maromme puis Rouen (Seine-Maritime), où il effectue sa scolarité, il parvient à obtenir un bac S, avant d’abandonner la fac pour se consacrer au rap. « Au début, j’étais nul », confesse-t-il.
Le rap, c’est comme un instrument de musique, c’est avant tout du travail.
Alors Leone bosse, et fait écouter chaque nouveau son à ses « vrais potes », ceux qui sans aucune gêne osent lui dire lorsque c’est mauvais.
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Copain de classe de Younès et Rilès, il assiste à la montée en puissance de ce dernier, qui remplira le Zénith de Rouen le 7 novembre 2019, et avec qui il a toujours gardé le contact. « Rilès, il nous a donné l’espoir, il croyait en ses rêves et il a bossé comme un malade pour les atteindre. » Et Leone de passer des nuits entières à tester, à apprendre, à écrire dans le petit studio qu’il a aménagé dans Rouen en se débrouillant.
Il sort des clips qu’il tourne avec du matériel qu’il emprunte, il les monte avec des amis et il fait jouer des contacts. Les chiffres de ses vues sur YouTube, qu’il connait sur le bout des doigts et résonnent dans sa voix comme le signe de la réussite, grimpent doucement, mais sûrement.
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Le déclic
Jusqu’à ce soir du début 2019 où avec ANG, un ami, il se fait « un délire afro » en voiture, improvisant sur une prod dénichée via YouTube. « Ça sonne vachement bien. On va au studio ? », se disent les deux hommes. Dans la foulée, le morceau est enregistré, il s’appelle Plein les poches. « On écoute le son, on le réécoute, et on se dit : ‘là, on a fait quelque chose de plus fort que d’habitude’ ». Les amis de confiance viennent au studio, ils confirment.
La clip ne fonctionne pas instantanément, en tout cas pas assez, selon Leone. Et dans la foulée, l’homme se fait voler son PC sur lequel il avait tous ses sons, tous ses projets.
Je suis croyant, alors à ce moment-là, je me dis que c’est un message. Qu’il faut que je fasse une pause dans le rap.
Quand Niska et Booba s’emmêlent
Pause de courte durée, puisque « trois-quatre jours plus tard », son téléphone vibre. Beaucoup. Niska et Booba l’auraient plagié. « Tous mes potes m’envoient des messages, je leur dis ‘allez, arrêtez vos bêtises, j’ai d’autres choses à faire’. » Finalement, Leone écoute le son en question, intitulé Médicament. Pas de doute, les similarités des deux sons sont plus que flagrantes.
« Il y a eu une explication, un arrangement », évacue Leone, qui depuis l’affaire échange régulièrement avec Niska.
Je n’ai jamais voulu la guerre. Les deux sons fonctionnent, c’est l’essentiel.
Celui de Leone a dépassé les 250 000 vues, tandis que celui de Niska flirte avec les 18 millions. « Leur son est meilleur que le mien, ils l’ont bonifié », avoue volontiers Leone, gardant « les pieds sur terre ». « Mais cette affaire, explique-t-il, montre qu’on est fort, qu’il faut compter avec nous maintenant. »
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Avec Booba, il n’a pas eu d’échanges : « Si je lui envoie un message, il me répondra, mais j’ai encore beaucoup de travail avant d’oser lui en envoyer un, comme j’en ai encore énormément avant d’oser faire un feat avec Niska. » L’important, explique-t-il, très lucide, c’est que « les contacts soient pris ».
@Leone_242 💪🏽💪🏽🦅 https://t.co/wuK1v1PhsG
— Niska (@Niska_Officiel) April 11, 2019
Depuis Plein les poches, Leone a sorti deux morceaux, dont le succès est bien moindre que celui plagié par Niska et Booba. « Mais Rilès m’avait prévenu, c’est normal. ‘T’inquiète, la lumière elle est là’, m’a-t-il dit. Et Rilès ne s’est jamais trompé, notamment lorsque tout le monde lui riait au nez quand il disait qu’il allait percer aux États-Unis. »
Alors, Leone garde l’espoir. Cet été, il ne partira pas en vacances, il enregistrera une mixtape d’une dizaine de titres : « Les gens ne sont pas au bout de leurs surprises », promet-il. Et avant ça, il organisera un grand concert à Rouen pour la Fête de la musique, et y invitera « les meilleurs rappeurs du 76 », soucieux de « faire peser le département » dans le monde du rap français, et pourquoi pas de susciter des vocations : « Montrer en tout cas que c’est possible ».