En Seine-Maritime, associations et personnalités se mobilisent pour un jeune Guinéen

En Seine-Maritime, associations et personnalités se mobilisent pour un jeune Guinéen

Accueilli par le milieu associatif, Alpha, 17 ans, suivait une formation en horticulture et s'intégrait en France quand une obligation de quitter le territoire a été prononcé à son encontre.

Accueilli par le milieu associatif, Alpha, 17 ans, suivait une formation en horticulture et s’intégrait en France quand une obligation de quitter le territoire a été prononcée à son encontre. (©Ariane Doublet)

Alpha est un migrant guinéen de 17 ans. Hébergé dans une famille d’accueil depuis septembre 2018 en Seine-Maritime, il a démarré des études d’horticulture en alternance. Mais sa minorité est contestée. A cause du passeport d’emprunt qu’il a utilisé pour se rendre en France, l’État considère qu’il a 34 ans. Envoyé au centre de rétention administrative (Cra) de Oissel mardi 26 février 2019, il se trouve sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et d’une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF

Son employeur, son CFA et un ensemble d’associations ont lancé une mobilisation pour lui permettre de rester en France, où il s’est désormais bien intégré. Une manifestation est prévue devant le Cra à 14h samedi 2 mars 2019.

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« Premier de sa classe »

Après avoir perdu son père très jeune, Alpha a été maltraité par son oncle. Ce dernier a chassé sa mère et ses sœurs et en a fait un souffre-douleur. « Il porte encore des traces de ces maltraitances, des brûlures, des coups de fouet,… rapporte la cinéaste Ariane Doublet, coprésidente de l’association Des lits solidaires lors d’une conférence de presse.. Tout cela se trouve dans son dossier médical. »

Il a fini par être sauvé par le voisinage. « Dans ces cas-là, on explique aux jeunes que la façon la plus simple est d’obtenir un visa, mais pour cela, il faut être majeur », détaille Chantal Nguyen de l’Association havraise de solidarité et d’échanges avec tous les immigrés (Ahseti). Le jeune homme a donc utilisé un passeport d’emprunt, lui donnant l’âge de 34 ans, pour se rendre en France. Cette démarche lui a valu d’être recensé dans le fichier Visabio.

Rejeté lors de son premier entretien avec l’aide social à l’enfance à cause « d’un document douteux », il s’était retrouvé à la rue à son arrivée en février 2018. Accueilli par le milieu associatif, il a réussi à s’intégrer. Il suit une formation au CFA horticole de Fauville-en-Caux. « C’est un bonheur de travailler avec lui, souligne François Texier, agent de liaison au sein de l’établissement. Il est premier de sa classe. C’est un véritable moteur. » Il travaille aussi en alternance aux entreprises Aubry depuis septembre.

Ses accompagnants avaient lancé une requête pour que le juge des enfants réexamine la situation après avoir trouvé en automne des preuves — sans valeur légale — de la minorité d’Alpha, né le 3 février 2002 : son livret scolaire guinéen et un extrait d’acte de naissance. Seulement, avant de passer devant la juge, l’adolescent a été convoqué par la police aux frontières en janvier 2019.




« Une traque des enfants »

« Lors de la prise d’empreintes, il a bipé à visabio à cause du passeport d’emprunt dont il ne nous avait pas parlé, raconte Christiane Nguyen. Quand ça bipe, ça prime sur toutes les autres preuves. Pour les autorités, il a 34 ans, point barre. Si on avait su, on ne l’aurait pas mis en danger. » Il a aussi été soumis à des tests osseux, à l’issue desquels un âge de 19 ans a été fixé. La machine administrative s’est alors emballée avec la décision d’OQTF, d’IRTF ainsi que le placement au Cra, où il est resté plusieurs jours à partir de mardi 26 février.

« On accueille Alpha depuis qu’il a commencé son apprentissage, explique Ariane Doublet. Depuis six mois, ça se passe très, très bien à la maison et dans le village. Il a rencontré les filles… » Prise par les larmes, elle n’arrive pas à poursuivre. Elle n’est pas la seule à être au bord de craquer face aux journalistes. Assis à côté d’elle, les membres du Réseau éducation sans frontières, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Ahseti, mais aussi du CFA et l’employeur d’Alpha, vivent cette situation comme une « injustice ». Le jeune homme dont le « discours n’a jamais varié au fil du temps » semble très apprécié de ceux qui ont croisé sa route.

Ils ont lancé un appel déjà signé par plusieurs personnalités comme Gaël Faye, Juliette Binoche ou encore Yolande Moreau, ainsi qu’une pétition. Ils appellent aussi à des rassemblement devant le Cra samedi et devant la sous-préfecture du Havre lundi. Les établissements Aubry se sont aussi engagés publiquement à travers leurs réseaux dans un post largement relayé. « Notre entreprise est déstabilisée par ce que vit Alpha, déplore Jérôme Aubry. Il a le sens du boulot, ne travaille pas pour lui, mais pour l’entreprise, pour que ça réussisse. Il fédère au sein de l’équipe. »

Première petite victoire pour ses défenseurs, Alpha a été remis en liberté sans maintien à domicile à l’issue d’une audience avec le juge des libertés et de la détention à Rouen vendredi 1er mars. C’est la course contre la montre. Son expulsion devrait se jouer dans les prochains jours au tribunal. Les associations ne lâcheront rien. Pour René Bodineau, président de la section havraise de la ligue des droits de l’homme, le jeune homme symbolise une « traque des enfants » orchestrée par les autorités. « Ces jeunes tentent tout pour sortir de l’enfer. Et on fait tout pour les y renvoyer. »

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