À Burrhus, un quatrième album sorti au printemps 2021, Cabadzi donne un an plus tard une suite, une Saison 2 avec sept nouveaux titres. Le duo, formé par Lulu, Olivier Garnier, et Viktor, Victorien Bitaudeau, fait référence à l’expérience de Burrhus Skinner sur le mécanisme de l’addiction. Il s’en inspire pour évoquer ce même phénomène aux réseaux sociaux et rappeler « la beauté du monde » et la puissance des sentiments. Il retrouve une écriture acérée, teintée d’humour, un flow un brin désinvolte et un rap mélodieux. Entretien avec Lulu avant le concert jeudi 24 mars au Tetris au Havre.
Cette Saison 2 a-t-elle été écrite en même temps que les titres de l’album, Burrhus ?
Non, pas du tout. Elle s’est imposée après la sortie de l’album. À ce moment-là, les concerts ne pouvaient pas reprendre. Tous les concerts étaient encore décalés. Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas écrire de nouveaux titres ? Il y a eu une envie d’approfondir la thématique. En fait, nous sommes allés vers des endroits plus lumineux. Les voyages étaient alors interdits. Nous pensions au monde d’après.
Vous invitez d’ailleurs à aller « vers tout ce qui nous échappe ».
Nous voulions de la nouveauté. Nous sommes quand même restés enfermer pendant deux ans. Ce fut très angoissant. Maintenant, il faut éviter le repli sur soi.
Vous parlez de « beauté de monde ». Quelle est-elle pour vous ?
C’est avant tout la nature. J’y suis très sensible. J’habite dans la campagne nantaise. Notre studio se trouve aussi dans cette campagne nantaise. Pour nous, c’est super important. Je ne déteste pas non plus la ville. Il faut ce mélange, ce melting-pot, un peu de beauté, aussi de la furie et de la fureur.
Y êtes-vous d’autant plus sensible aujourd’hui ?
Oui, forcément. Nous nous prenons deux ans de pandémie, maintenant quasiment une guerre mondiale. Je me suis toujours intéressé à l’actualité. Plus on s’y intéresse, plus on voit des choses grises et moches. Avec l’Ukraine, il y a une proximité géographique et culturelle. Je n’oublie pas la Bosnie et la Syrie. Alors, oui, la nature est indispensable.
Le rêve est-il encore possible ?
Oui, évidemment, c’est très important aussi. La beauté de la nature le permet. Il suffit d’une fleur dans un champ de blé. Il faut savoir la saisir.
Dans vos textes, il y a ce mélange des sentiments, ces opposés dont vous parlez.
Nous n’avons jamais aimé les textes moralisateurs. Cabadzi n’est pas non plus un groupe engagé. Dans tous les disques, nous voulons montrer que le monde est compliqué. Ce n’est jamais tout noir ou tout blanc. C’est une position que nous défendons. Et il faut essayer de comprendre cette complexité. C’est très instinctif dans l’écriture. Certainement parce que cela fait partie de notre philosophie personnelle.
Que voulez-vous dire quand « il y a des questions à ne pas se poser » et « des réponses à ne pas donner » ? Est-ce une forme d’autocensure ?
C’est surtout de l’automalhonnêteté. Parfois, on ne s’avoue qui nous sommes. Mais on peut aussi compliquer un peu trop les choses dans les relations humaines. Cela fait du bien de se laisser aller.
Dans ces titres, vous avez beaucoup jouez avec les répétitions. Pourquoi ?
Je trouve que les répétitions sont importante dans l’écriture. Elles permettent une musicalité et se fondent dans une boucle musicale. Même pour la compréhension des textes, elles sont indispensables parce que nous avons parfois des chansons un peu denses. Par ailleurs, les musiques que nous écoutons sont pétries de hip-hop et de répétition.
Vous faites-vous happer par les réseaux sociaux ?
Comme tout le monde, il m’arrive d’être happé. Avec les réseaux sociaux, nous avons une relation d’amour et de haine. Il y a à la fois un besoin et un ras-le-bol. Quand on est sur les réseaux sociaux, on se met en concurrence. Cette sphère comparative peut donner de l’énergie puis abattre.
Infos pratiques
- Jeudi 24 mars à 20 heures au Tetris au Havre
- Concert avec Rouquine
- Tarifs : de 16 à 8 €
- Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr