Bombardements du Havre : quand les troupes alliées rasèrent la ville à 85 %

Bombardements du Havre : quand les troupes alliées rasèrent la ville à 85 %

En sortant des abris, les havrais furent sidérés de constater l’étendue des dégâts.

En sortant des abris, les Havrais furent sidérés de constater l’étendue des dégâts. (©Archives Municipales du Havre – Collection Fernez.)

Et soudain, un déluge de feu s’abattit sur Le Havre (Seine-Maritime). 10 000 tonnes de bombes, des milliers d’obus furent tirés sur le cœur de la ville du Havre entre le 5 et le 11 septembre 1944. L’objectif initial était de neutraliser l’artillerie allemande pour s’emparer des installations portuaires en épargnant la ville et les civils. Au final, la ville fut rasée à 85% et le port détruit.

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Bombardée par les troupes alliées

S’il est une ville qui n’a pas célébré dans la liesse l’arrivée des Libérateurs, le 12 septembre 1944, c’est bien Le Havre. Parce que l’heure était à enterrer les morts plutôt qu’à danser ou chanter. Alors que l’essentiel de la garnison Allemande, commandée par le Colonel Eberhard Wildermuth ; soit 11 000 hommes environ, était cantonné à l’extérieur et sur les hauteurs de la ville, les bombardiers de la Royal Air Force ont pilonné, des heures durant, et pendant plusieurs jours, le cœur de la ville du Havre.

En route vers le Nord de la France et vers l’Allemagne après avoir libéré Paris, les troupes alliées avaient besoin au plus vite d’un port en eau profonde pour assurer leur ravitaillement en essence et en munitions. Ce port, c’était le Havre. L’opération qui devait consister à sa prise était baptisée « Opération Astonia ».

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Les Allemands ont refusé de se rendre

Protégé par 1 500 mines et des bunkers, le port revêtait un intérêt stratégique majeur tant pour l’occupant que pour les forces alliées. Un port où pourraient accoster de nombreux cargos, et qui puisse fournir une main-d’œuvre en nombre.

Dès le 3 septembre, alors que la ville du Havre est encerclée, le Général Crocker , commandant des forces alliées, a proposé à son homologue allemand une reddition sans condition. L’officier allemand, refusera, déclenchant deux jours plus tard une tempête de feu. Les habitants eux-mêmes furent invités par les occupants à quitter la ville. Mais le Havrais a la tête dure et bien peu d’entre eux acceptèrent de quitter la ville pour aller se mettre à l’abri à l’extérieur.

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Des Havrais terrés dans les abris souterrains

On estime à 40 000 le nombre de Havrais qui resteront terrés dans les abris souterrains, et dans les caves de leurs immeubles au déclenchement des bombardements. L’opération a débuté par le tir de près de 4 000 obus depuis les deux bâtiments de la Marine britannique stationnés au large, juste face à la plage du Havre. Le HMS Erebus et le HMS Warspite donnèrent le coup d’envoi de l’assaut avec l’objectif de neutraliser l’artillerie allemande.

Deux heures de pilonnage

En fin d’après midi, le 5 septembre, 348 appareils de la Royal Air Force allaient prendre le relais pour un déluge de feu. 1 800 tonnes de bombes explosives et 30 000 bombes incendiaires furent larguées en l’espace de deux heures à peine, transformant la ville en un immense brasier. Des témoins raconteront que les flammes se sont parfois élevées jusqu’à 300 mètres. Ce bombardement du 5 septembre restera dans l’histoire comme le plus dramatique jamais subi par la ville du Havre.

D’autres raids, moins intenses, furent néanmoins menés le lendemain, puis le 8, 9 10 et 11 septembre 1944, soit jusqu’à la veille de l’entrée des alliées dans la ville. Ce sont plus de 10 000 tonnes de bombes qui furent larguées sur la ville en l’espace de sept jours.

Le Havre comparée à Dresde et Hambourg

Le bilan est effroyable avec plus de 2 000 civils tués ou disparus, 15 000 bâtiments dont l’Hôtel de Ville, l’Eglise Saint-Michel, le Théâtre, les beaux immeubles du boulevard François 1er, le quartier Saint-Vincent de Paul, la Rue de Paris… totalement rasés. La ville est détruite à 85% , au point qu’elle sera ensuite comparée aux villes allemandes de Hambourg ou Dresde pilonnées par l’aviation alliée. L’écrivain Havrais Bernard Esdras-Gosse écrira par la suite un récit d’une rare précision sur ces dramatiques événements.

Maison par maison, pierre par pierre, sous les coups, les plus beaux quartiers du Havre s’effritent, tombent en poussière… C’est une destruction systématique …  Sous les ruines du grand Théâtre gisent les FFI qui s’y étaient cachés en attendant l’heure de l’action… Gisent aussi des civils, des hommes, des femmes, des enfants que le feu menace, que le feu torture… 

«  Ce n’est pas la guerre, c’est un meurtre… »

Avec les habitants qui étaient partis se réfugier à l’extérieur de la ville, on dénombre près de 80 000 sinistrés dont 35 000 ont tout perdu.

Comme la ville, les installations portuaires ont été détruites
L’objectif était de neutraliser les défenses allemandes, de préserver la ville et les civils et surtout de s’emparer du port. Au final, la ville fut détruite à 85% et le port rendu totalement inutilisable par l’avalanche de bombardements mais aussi par les dynamitages opérés par les occupants. 18 kilomètres de docks furent ainsi rendus totalement inutilisables, et on dénombra 350 bateaux détruits. Comme la ville, lorsque les alliés entrèrent dans le Havre, le port était en ruine.
C’est aux Américains, arrivés à partir du 19 septembre que l’on doit la remise en état des installations portuaires au prix d’un effort conséquent. Dès lors, et jusqu’à la fin de la guerre, ce sont plus d’un million de soldats et un million de tonnes de ravitaillement qui arrivèrent par le port du Havre. Le Havre a payé très cher l’importance stratégique de son port, mais son sacrifice a sans doute contribué à la victoire finale.

L’objectif initial de l’opération Astonia était de semer la panique dans les troupes allemandes en essayant d’épargner le cœur de la ville. Au final, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Au lendemain du désastre, on prête d’ailleurs au général Crocker ce commentaire, «  Ce n’est pas la guerre, c’est un meurtre… »

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