Tous les lecteurs de l’Etoile de Normandie seront scandalisés par ce qu’ils vont apprendre ci-dessous:
En 2020, plus de 50 années après les premiers grands excès d’une parenthèse agro-productiviste industrielle qui se referme progressivement sous nos yeux avec un bilan déplorable (ruine de la biodiversité, agonie des sols, massacre du paysage, pollutions chimiques, maladies professionnelles, baisse de la qualité des productions, effondrement des prix, suicide des exploitants agricoles, ruine de l’image sociale du métier d’agriculteur, n’en jetez plus!) il se trouve encore quelques irresponsables pour mener le combat d’arrière garde de trop!
Un propriétaire exploitant agricole qui use et abuse de son droit a donc décidé de massacrer à la tronçonneuse et au caterpillar un ensemble complet de prairies bocagères situées sur la commune de Pont-D’Ouilly dans le département de l’Orne: la commune de Pont-D’Ouilly n’est, hélas, pas située n’importe où puisqu’il s’agit de la vallée de l’Orne en amont de… Caen.
Et l’on sait depuis quelques fameuses inondations catastrophiques en Bretagne, du côté de Morlaix, le rôle joué par les prairies et le système des haies de bocage pour retenir les eaux sur la pente ou pour l’absorption des eaux de pluie dans les sols.
Ce qui se passe en ce moment à Pont-D’Ouilly est absolument irresponsable sinon scandaleux:
Il est donc impératif qu’une suite politique et judiciaire aussi rapide que ferme soit donnée à cette affaire qui n’est pas simplement qu’une affaire privée mais une affaire d’intérêt général.
Une clameur de Haro collective doit être poussée à Pont-D’Ouilly: les riverains sont en colère et des troubles à l’ordre public peuvent survenir. Les élus de la communauté de communes mais aussi ceux du département de l’Orne doivent intervenir.
Enfin, la rédaction de l’Etoile de Normandie demande solennellement au conseil régional de Normandie représenté par Monsieur Hervé Morin d’intervenir, dans le cadre de ses compétences et de ses pouvoirs, pour faire cesser au plus vite cette triste affaire qui tombe fort mal au moment où la région annonce la mise en oeuvre prochaine d’une politique régionale de préservation du bocage normand, un patrimoine naturel et culturel précieux qu’il faut sauvegarder alors que se précisent les conséquences du changement climatique en Normandie.
On remerciera Christophe Rivard de l’Orne Combattante pour avoir donné l’alerte:
A Pont-d’Ouilly, la Suisse normande défigurée par des haies arrachées
Triste spectacle, ce week-end, à Pont-d’Ouilly. Un agriculteur a procédé à l’arrachage de haies pour y faire de la culture. Ses voisins sont bouleversés. Rencontre.
« C’est un massacre, une catastrophe ! » Charles Burtin est écœuré. Samedi 8 février 2020, il se trouvait au pied d’un champ dont il est locataire, mais que le propriétaire a récupéré par voie de justice, à Pont-d’Ouilly, entre Flers, Condé-sur-Noireau et Falaise (Calvados).
Jusqu’à ces dernières semaines, il s’agissait de prairies sur lesquelles paissaient ses bovins. En fin de semaine, sont arrivés des engins.
« La Suisse-Normande est un pays bocager »
L’agriculteur est dépité :
Ils ont arraché les haies. Il fait des trous dans le champ, redressé au bulldozer pour redresser des vallons. Aujourd’hui, on voit que c’est tout un désastre.
Lire aussi : Condamnés pour arrachage de haies dans le Couloir de la mort à Chambois près d’Argentan
Au-delà de voir ses anciennes terres métamorphosées de la sorte, il estime « que la Suisse normande est un pays bocager. On doit respecter les haies et la nature telle qu’elle était auparavant. On n’est pas dans une zone de plaine. S’il voulait des grands espaces, ce n’est pas ici qu’il fallait qu’il exploite. Il n’y a plus du tout de petit gibier, avec ce qu’il vient de faire, que ce soit petit gibier ou insectes qui participent à l’écosystème. Cette personne se permet de pulvériser des produits phytosanitaires au-dessus des mares. C’est une pollution aggravée. Il ne respecte rien. »
Il espère pouvoir obliger le propriétaire à tout remettre en état. S’il n’est pas agriculteur bio, Charles Butin fait « de l’agriculture raisonnée. Pour que la nature nous respecte, il faut la respecter. »
« C’est un monsieur qui transforme une région »
Il n’est pas le seul à être retourné par ce changement de paysage. Comme ce voisin.
Lire aussi : La commune en lutte contre l’arrachage des haies
Tous les jours, vous allumez votre poste et vous entendez parler d’écologie. Ce monsieur-là rase tout. Il a traité toutes les pairies au Roundup, au glyphosate. Il va même jusqu’à attaquer une colline. C’est un monsieur qui transforme une région. C’est inadmissible.
Pour le voisin, également agriculteur, « aucune demande n’a été faite en mairie ».
Lire aussi : L’arrachage de haies, près de Flers, inquiète les écologistes
De son côté également, il veut bouger :
J’ai 60 ha en 100 % naturels. La semaine prochaine, je vais appeler la direction de l’agriculture. Je vais leur demander si je peux en faire autant. Ils vont me dire que c’est interdit. Alors, je leur répondrai qu’il y a deux lois.
« En réalité, il a un demi-siècle de retard »
Toujours pour ce voisin, « ce type d’agriculture que le nouvel exploitant est en train de mettre en place, c’est une agriculture dont plus personne ne veut maintenant. Ils croient être en avance, être moderne ; en réalité, il a un demi-siècle de retard. Ce sont des façons de faire des années 70. »
De ne pas comprendre la volonté de voisin :
En France, on est en retard sur le plan environnemental. Mais c’est vrai que quand on voit ça…
Lire aussi : Le Perche deviendrait-il une petite Beauce ?
Et de se souvenir :
Là où se trouve le bulldozer, il y avait la plus belle haie de noisetier de la région. J’ai interdit qu’il touche à mes haies, mais regardez ce qu’ils ont fait (voir photo). Quand je vois ça, ça me révolte ! Là où il y a des tas de terre, c’est là où il y avait des haies. Il est en train de faire une pleine au milieu de la Suisse normande. Ça gâche tout le paysage. Après, on dit que c’est de la faute des agriculteurs. Mais, avec des imbéciles comme ça, c’est sûr.
Aujourd’hui, plus une haie ne subsiste sur ces parcelles. Une image difficile à soutenir dans cette région qui se veut à la fois touristique et dans la défense de l’environnement…
Par : Christophe Rivard


