La compagnie Dérézo présente «Alice, de l’autre côté», du 5 au 7 novembre 2019. (©Roland Sourau.)
La compagnie Dérézo, après avoir présenté une relecture très personnelle de La tempête de Shakespeare au Volcan, au Havre (Seine-Maritime), revient avec Alice, de l’autre côté, une réécriture par Charlie Windelschmidt du deuxième volume d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Rendez-vous du 5 au 7 novembre 2019.
Si la pièce ne respecte pas à la lettre le texte, elle en restitue l’esprit restant fidèle au nonsense propre à Lewis Carroll. Entretien avec Simon le Doaré, assistant à la mise en scène.
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Le nonsense préservé
76actu : Après Shakespeare, la compagnie s’attaque à Lewis Carroll. Quel est l’attachement de Dérézo aux textes classiques ?
Simon Le Doaré : La compagnie revendique plutôt la tradition du théâtre forain et se questionne sur le théâtre en lui-même. D’où des procédés de mise en scène qui permettent de sortir le spectateur de sa zone de confort habituelle : la salle de spectacle. Pour Shakespeare et Lewis Carroll, il faut admettre que la compagnie entretient un rapport particulier avec ces deux pièces-là.
Cela nous permet de questionner notre pratique, notre rapport à la fiction, à notre patrimoine.Chercher des textes d’autrefois, est-ce encore pertinent ? Peut-on les passer à la moulinette ? Par exemple, Alice joue un rôle important dans notre inconscient collectif. Entre l’imagerie de Disney, les photographies de Lewis Carroll, elle convoque un ensemble d’images. Comment s’en émanciper ?
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Vous avez fait un vrai choix critique et osez casser le « mythe » d’Alice.
Tout d’abord, Charlie a réécrit entièrement le texte. On s’est super éloigné de la version pour les enfants. Cela nous décolle de l’imagerie de Disney. Notre Alice est plutôt une jeune adulte. Elle est déjà aliénée. Cela modifie et questionne ce rapport au monde qu’elle a déjà construit.
La pièce rompt avec l’inconscient collectif et questionne nos propres représentations. Nous faisons du théâtre et Alice questionne le théâtre en lui-même, notre propre pratique.
Une Alice confrontée à la vieillesse
Alice est une jeune adulte, on a la retrouve dans un EHPAD. Pourquoi cette décontextualisation ?
Alice n’est pas décontextualisée. Le monde dans lequel elle atterrit n’existe pas. C’est, pour nous, une manière d’utiliser le système propre à Lewis Carroll. Il y a une logique interne, mais pas externe à ces récits. Nous avons conservé les principes « carrolliens » et utilisé certaines situations.
Alice traverse différentes étapes. Sur scène, quelques accessoires caractéristiques d’un EHPAD, dont du mobilier médicalisé. Les comédiens portent des masques. On ne sait pas trop où ils sont. Seul existe l’espace théâtral.
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Alice est alors confrontée à un état de la vieillesse ?
Elle est confrontée à un certain état, un certain espace. Les signes et accessoires sont une évocation de cet univers lié à la vieillesse. Alice va être fragilisée par les rencontres, qui vont mettre en crise sa propre identité.
Tout ça tourne de la question du langage. L’ancien monde se retrouve confronté au nouveau monde.
Work in progress
Vous présentez, pour la première fois, Alice, de l’autre côté, au Volcan. Vous avez effectué plusieurs résidences qui vous ont permis de monter cette pièce. Pouvez-vous évoquer ce temps spécifique qu’est la création d’un spectacle ?
Les répétitions ont débuté fin août. Nous avons effectué plusieurs résidences : à Brest, Maubeuge. Puis, au Havre, nous poursuivons ce travail. S’il y a un texte écrit par Charlie, beaucoup de choses se passent au plateau, avec les comédiens.
Ne pas être chez nous, c’est précieux : c’est une parenthèse qui permet de prendre du recul, de travailler autrement. Puis, l’équipe du Volcan nous accompagne et nous aide à déployer notre théâtre. Les équipes administratives et techniques sont au service de la compagnie. C’est un accompagnement précieux.
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Le décor, les accessoires… la pièce est créée sur un plateau, mais doit être pensée pour d’autres espaces.
C’est tout le travail de la scénographe. Nos éléments principaux : un damier, une montagne gonflable, quelques fauteuils, une grande toile imprimée pour faire le fond.
Les premiers temps, on travaille surtout à habiter l’espace et à se familiariser avec les masques. Il faut repenser la dramaturgie, la construction. Ensuite, dans chaque nouvelle salle, nous attend un autre défi : tout recaler avec la technique.
Infos pratiques :
Répétition publique, mardi 29 octobre 2019, à 18h30, au Volcan, espace Oscar-Niemeyer, au Havre.
Le Volcan vu par Charlie Windelschmidt, metteur en scène de la compagnie Dérézo, lundi 4 novembre, à 13h.
Spectacle présenté du 5 au 7 novembre 2019, au Volcan, au Havre.
Réservations au 02 35 19 10 20 ou en ligne, ici.
Tarifs : de 5 à 18 euros.