Premier à remonter la Seine, le Kruzenshtern a été piloté par Olivier Baju jusqu’à Rouen (Seine-Maritime) pour arriver à l’Armada. (©Thierry Chion / 76actu)
Sur les quais, les visiteurs de l’Armada admirent les voiliers et leurs équipages. Ce que les passants ne savent pas, c’est comment ces navires peuvent arriver à bon port, en slalomant sur la Seine entre Le Havre et Rouen (Seine-Maritime). Si cet événement peut se tenir, du 6 au 16 juin 2019, c’est grâce aux pilotes de Seine, les seuls à connaître par cœur le fleuve. Olivier Baju a piloté le Kruzenshtern et El Galeon, il nous raconte.
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« Entre cinq et six heures pour chaque bateau »
76actu : Quel est votre rôle, en tant que pilote de Seine ?
Olivier Baju : Le but de la manœuvre est de conseiller le commandant du navire avec les meilleures routes sur la Seine, puis sur la mise à quai et l’appareillage. Il y a un lien entre le port, le remorqueur, les lamaneurs à quai et l’équipage du navire. Ils arrivent d’un peu partout dans le monde et ne connaissent pas forcément les ports. Nous, nous connaissons le secteur. Je suis pilote, nous sommes 53, et nous avons deux pilotes majors qui prennent les demandes de pilotage et autorisent ou non le départ des navires, avec toutes les données.
Les 180 kilomètres de méandres de la Seine sont divisés en deux : à l’aval de l’estuaire jusqu’à Caudebec-en-Caux, où nous avons une station de pilotage, puis à l’amont entre Caudebec et Rouen. Les pilotes se relaient. Je suis plutôt sur la partie amont, pour remonter par Jumièges, Duclair, jusqu’au port de Rouen. Cela ne nous empêche pas de faire de l’aval quand il y a beaucoup de trafic. Et nous sommes servis, en trafic !
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Combien de navires avez-vous pilotés, pour l’Armada ?
En 24 heures, j’en suis à mon troisième (jeudi à 19h, ndlr), je vais bientôt prendre mon quatrième. Un navire à voile ne va pas très vite, il faut compter entre cinq et sept heures pour chaque bateau. Le Kruzenshtern, c’était le premier remontant la Seine, mercredi. Ensuite, j’ai pris El Galeon à 00h30 jeudi et débarqué à 5h40. Jeudi après-midi, j’ai pris le Gulden Leeuw, un navire de 70 mètres avec un équipage très sympa !
Olivier Baju à bord d’El Galeon, navire espagnol. (©DR)
Dans la nuit de jeudi à vendredi, il y a du mouvement dans le port, pour les bateaux à l’aval du pont Flaubert, qui n’est levé que la nuit pour qu’il y ait le moins d’impact possible sur le trafic routier.
Ces navires sont de belles unités, la moyenne est entre 45 et 50 mètres, il faut se les approprier rapidement, et s’adapter à toutes les conditions, comme la météo. Pour le Gulden Leeuw, nous avons eu une bonne météo. Mais nous sommes méfiants, comme pour l’Hermione, dont l’arrivée a été avancée de 24 heures.
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« Il y a toujours une petite angoisse »
Qu’est-ce que ça change de piloter un navire comme le Kruzenshtern ?
C’était délicat, puisque c’est un navire exceptionnel, avec quatre-mâts de très grande taille : 53,2 mètres au-dessus de l’eau ! Le challenge c’est de passer sous les ponts et les lignes à hautes tensions. Il faut le bon timing pour passer avec la hauteur d’eau nécessaire pour ne pas toucher le fond de la Seine, ni trop haut pour ne pas toucher le pont. Il faut aussi être vigilant sur le croisement avec les navires marchands et éviter les endroits avec moins d’eau ou des bancs, les cales des bacs. Il y a des sections plus agréables : dans les lignes droites ou les sorties de courbe, où le fleuve est plus large.
Ce sont de gros calculs, qui prennent en compte de nombreuses données comme la marée, ou la vitesse du navire. Il faut faire confiance au commandant sur la vitesse, sinon nous pouvons vite être en difficulté. Pour le Kruzensthern, c’était un petit challenge ! Il y a toujours une petite angoisse. On est passés à trois mètres du pont de Brotonne. Même si les calculs sont faits, ça reste de belles expériences, tous les cinq ou six ans, avec de beaux bateaux. C’est ma quatrième Armada, je suis pilote depuis 2000, et le Kruzenshtern c’était sympa !
Quels sont vos rapports avec les équipages ?
Il faut une bonne synergie avec l’équipe pour que le contact passe bien, qu’on soit tous sur la même longueur d’ondes. Il s’agit de rassurer et de mettre à l’aise le commandant, lui montrer que nous avons une expertise du territoire et que nous sommes professionnels. Quand il y a du brouillard et qu’on travaille au radar, personne n’est rassuré. L’objectif, c’est que tout le monde arrive à bon port et se serre la main en souriant !
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