Après son départ d’un logement insalubre, la Métropole de Rouen lui réclame 2 600 euros d’eau

Après son départ d’un logement insalubre, la Métropole de Rouen lui réclame 2 600 euros d’eau

Manon, 26 ans, tente depuis 2015 d'alléger sa facture d'eau de près de 2 600 euros, en vain.

Manon, 26 ans, tente depuis 2015 d’alléger sa facture d’eau de près de 2 600 euros, en vain. (©RT/76actu)

Lorsqu’elle a quitté son logement de Grand-Quevilly, dans l’agglomération de Rouen (Seine-Maritime), en mars 2015, Manon pensait débourser environ 300 euros pour sa consommation d’eau. Finalement, la Métropole de Rouen lui réclame depuis quatre ans, le règlement d’une consommation équivalente à celle d’un immeuble entier, soit 2 595 euros.

Un logement qui présente un « risque pour la santé »

Certes, « il y a pire » comme Manon le répète à plusieurs reprises, mais avec une facture correspondante à 779 m3, la jeune femme de 26 ans se dit quand même « dégoûtée ».

Elle a emménagé dans ce F2, au 21, rue de l’Église en février 2014. À la fin de cette année, en décembre, elle apprend par courrier que son logement est insalubre. Le Comité local habitat dégradé rouennais lui annonce que son appartement « présente plusieurs manquements au règlement sanitaire départemental, ainsi qu’un risque manifeste pour la santé des occupants ». Le déménagement s’impose.

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Aidée par la Ville du Grand-Quevilly, Manon trouve un logement « en urgence » dans un HLM sur la même commune. L’état des lieux de sortie a lieu le 13 mars 2015. Sur celui-ci, il est noté que la consommation en eau s’élève à 48 m3. La jeune femme s’attend donc à payer pour cette quantité. Sauf que le relevé effectué par la Métropole quelques mois plus tard, en juin, indique 779 m3. Une douche froide pour Manon :

Mon agence m’a dit que cela correspondait à la consommation de l’immeuble sur une année. J’ai demandé à la Métropole qu’on se réfère à mon état des lieux de sortie, parce que visiblement, il y avait un souci. Elle m’a indiqué que ce n’était pas légal.

Dans un courrier daté de novembre 2016, la Métropole stipule bien à Manon qu’elle reste « redevable de [ses] consommations tant qu’une demande de résiliation de contrat par écrit n’a pas été formulée ». Cette résiliation, Manon assure l’avoir faite, mais par téléphone, « j’ai eu tort de ne pas faire de courrier ». C’est donc la date de 24 juin, jour du relevé et non celle du 13 mars qui est retenue par la direction de l’eau. 

Une fuite du cumuls

L’explication pourrait provenir d’une fuite d’eau. En effet, le 10 novembre 2015, l’agence immobilière a fait savoir que le cumulus de l’appartement était en proie a une fuite et que celle-ci avait été réparée après la sortie de Manon en mars. « Je n’ai jamais eu le moindre courrier pour m’indiquer qu’il y avait eu une fuite », peste Manon qui râle encore de n’avoir jamais disposé de la moindre clé pour atteindre son compteur d’eau et son cumulus, malgré plusieurs demandes.

Quelques mois après son départ, l’ex-locataire est retournée dans son immeuble vidé de tout occupant et a constaté que son ancien compteur affichait une consommation de 1 141 m3, « alors que l’agence a expliqué qu’il y avait eu une intervention d’un plombier ».

Quand bien même cela était avéré, « une remise pour fuite ne peut être consentie lorsqu’elle est liée à une fuite due à des appareils ménagers, équipements sanitaires et chauffage », plaide la Métropole.

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Une médiatrice demandée par la Ville

Face à l’intransigeance de la collectivité, le maire du Grand-Quevilly, Marc Massion a fait appel à une médiatrice de la Métropole pour tenter de trouver un terrain d’entente. L’ancien sénateur, également vice-président de la Métropole, précise dans son courrier daté du 24 mai 2016, que Manon « n’a pas fait de résiliation écrite de son contrat en temps et en heure et se voit imputer une consommation en eau qui ne peut être la sienne ». Confrontée au dossier, la médiatrice va dans le sens de Manon et demande en octobre 2016, à l’agence immobilière de régler « une partie de la facture […], au vu des négligences d’entretien du matériel dont [elle a] la responsabilité ».

Avec le temps, « les personnes qui s’occupaient de mon dossier à l’agence ne sont plus là. Les actuels responsables me disent de me retourner vers l’ancienne propriétaire de l’immeuble qui, depuis, a vendu. Je ne vois pas comment aborder cette dame aujourd’hui pour lui demander de m’aider à payer. Tout le monde se renvoie la balle ». Manon, se résigne à payer cette somme folle :

Si on m’avait prévenu d’une surconsommation et d’une fuite, j’aurais fait le nécessaire. Maintenant, je me retrouve coincée et sans recours.

L’avocate de Manon lui a déconseillé d’engager des suites judiciaires, parce que cela allait « engager des frais supplémentaires sans aucune certitude de gagner ». « Ça me coûterait mon autre bras. » Manon aura terminé de payer sa lourde dette en janvier 2020.

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