Après cinq ans dans la rue, Thomas a emménagé dans un appartement proche du centre-ville de Rouen (Seine-Maritime), début mai 2019. (©SL / 76actu)
À seulement 25 ans, Thomas a déjà tout connu de la rue et de ses galères. Nous avions raconté son histoire dans un grand format publié en décembre 2017. Début mai 2019, après cinq ans à vivre sans abri dans les rues de Rouen (Seine-Maritime), le jeune homme a emménagé dans un appartement, quartier de la gare. Une « grosse étape ».
« Une porte ouverte vers mon futur »
« C’est un grand soulagement », souffle Thomas en s’asseyant dans le canapé de son 29 m². Il y est entré le 8 mai. « Ça s’est fait super vite, sur LeBonCoin, j’ai appelé le propriétaire fin avril. » Ça s’est fait plus vite qu’avec les services sociaux, où sa demande a été déboutée par un bailleur après des mois d’attente.
S’il a pu avancer la caution et le premier loyer, c’est grâce à un coup de main de ses proches. D’ici à juillet, il paiera les 390 euros de loyer avec son RSA, qu’il touche depuis septembre. Quand les Aides personnalisées au logement (APL) arriveront, son loyer baissera encore. Pour l’instant, il continue à faire la manche « en cas de besoin » pour se stabiliser :
Cet appartement, c’est une porte ouverte vers mon futur, pour trouver du travail. J’ai des pistes, pour faire de la plonge ou avec une entreprise de peinture.
« J’y vais à mon rythme », explique Thomas. C’est un sacré bouleversement dans son quotidien. Depuis avril 2017 jusqu’à début mai, il vivait dans un campement installé sous une falaise de l’est de Rouen. Deux ans et « une dernière nuit à ne pas dormir », raconte-t-il. De ce camp, il n’a gardé que les couettes et oreillers.
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Avoir un toit, c’est « une vraie protection »
De la rue, Thomas n’en est pas tout à fait sorti. « Je dois encore lutter contre mes addictions », dit-il à propos de l’alcool. Il a dû réduire sa consommation de bière d’une vingtaine à quatre par jour, à cause de toux de sang et de crises de spasmophilie. « Le médecin m’a dit de ralentir sans arrêter d’un coup. Je ne le prends pas à la légère, c’est flippant », livre Thomas, prêt à tourner la page, rappelant que « tenir dans la rue sans boire, c’est dur. Tout le monde boit. »
Face aux « problèmes de la rue », Thomas a désormais « une vraie protection », se sent « en sécurité » pour « se refaire une petite santé ». Et Nana, sa chienne, aussi : « Elle mange de plus en plus, elle dort bien. » Elle s’est installée dans un coin du salon, sur sa couverture près d’une cheminée condamnée. Un de ces « plaisirs quotidiens » que les deux amis découvrent ou revivent :
J’ai mes toilettes, je peux me doucher, me faire des petits plats. Des trucs basiques de la vie quotidienne, comme ouvrir mes volets le matin en me réveillant. Je revis enfin !
Et « c’est réel », comme l’indique son t-shirt.
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