Ancien SDF, Alexandre a retrouvé un toit grâce aux tiny houses d’une association, à Rouen

Ancien SDF, Alexandre a retrouvé un toit grâce aux tiny houses d’une association, à Rouen

Alexandre s'apprête à emménager dans l'une des premières tiny house de l'association un toit vers l'emploi à Rouen (Seine-Maritime).

Alexandre s’apprête à emménager dans l’une des premières tiny house de l’association un toit vers l’emploi à Rouen (Seine-Maritime). (©MN/76actu)

Les deux premières tiny houses [micro maisons, NDLR] de l’association Un toit vers l’emploi ont fait leur apparition dans le jardin d’une résidence pour personnes âgées autonomes, à Rouen (Seine-Maritime). L’un de ces deux logements de 18 m² accueillera bientôt Alexandre. A la rue depuis six mois, cet homme de 42 ans entrevoit ici un nouveau départ.

Son voisin Vincent et lui sont les deux premiers bénéficiaires du programme de réinsertion de l’association, qui accompagne sur un temps long des personnes en difficulté vers l’emploi, en leur amenant l’une des premières sécurités nécessaires : un toit pérenne au-dessus de la tête.

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Pouvoir enfin se projeter

Le look des deux maisons se trouve au croisement du mobil home et du chalet en bois. De belles fenêtres laissent entrer la lumière dans l’espace de 18m² tout en longueur, qui se divise en deux parties : une grande pièce faisant à la fois office de chambre, salon et cuisine, et une autre plus petite accueillant la salle de bain avec des toilettes sèches. Ces logements sont conçus pour être autonomes en énergie afin de les déplacer si besoin au plus près des opportunités d’emploi.

Dans la « tiny » d’Alexandre, les murs en OSB ont reçu un coup de peinture grise. « On ne s’est pas concerté, mais Vincent a utilisé un peu la même teinte », raconte-t-il. Il montre un rangement en cours d’élaboration face à l’entrée qui servira également de plan de cuisine. « On est chacun en train de construire nos meubles. On se rend chaque vendredi à l’atelier Au fil du bois à Darnétal, où deux retraités nous aident. »

Grand amateur de lecture, Alexandre a déjà désigné un endroit pour ranger ses livres. « Un ami en stockait une partie pour moi, je vais enfin arrêter de les trimballer, raconte-t-il, un tome d’Harry Potter trouvé dans un boîte à livre placé dans sa poche. J’écris un roman, aussi, mais quand on est à la rue ce n’est pas facile. »

Il s’imagine posé chez lui en train de travailler sur ce projet, ou prendre son café le matin devant sa fenêtre avec vue sur le petit écrin de verdure. Il sourit. Cela fait longtemps que ce quadragénaire ne s’était pas projeté autant. Après sa dépression il y a deux ans, « ça a été le début de la fin ». Il a perdu son travail, s’est coupé progressivement de la plupart de ses proches et a fini à la rue. Après six mois passés de foyer en foyer à chercher des endroits où squatter, il sort la tête de l’eau.

Les deux maisons sont installées sur le terrain d'une résidence pour personnes âgées autonomes.

Les deux maisons sont installées sur le terrain d’une résidence pour personnes âgées autonomes. (©MN/76actu)

Tout en haut de ses priorités : revoir sa fille

Franck Renaudin, l’homme à l’origine d’Un toit vers l’emploi, fait le tour des partenaires des associations pour parler de son projet. Alexandre en a pris connaissance à La Chaloupe, un restaurant social et accueil de jour. Il n’a pas hésité à postuler. Il a fallu passer par une phase de sélection. Les bénéficiaires potentiels doivent être autonome et montrer leur volonté de se réinsérer dans le milieu professionnel. Alexandre était très motivé de ce côté.

J’ai toujours bossé. J’ai commencé à 15 ans. J’ai travaillé 10 ans à l’usine, puis 8 ans dans un magasin de jeux vidéos. J’ai aussi été libraire. Je ne peux pas rester sans rien faire ! Travailler me manquait, mais quand tu ne sais pas où dormir le soir, ce n’est pas ce que tu as dans la tête en premier.

Alexandre a finalement trouvé du travail avec des perspectives sur le long terme avant même d’emménager. Tout s’enchaîne très vite pour lui. « On peut dire que 2020 commence bien ! » Il a débuté lundi 24 février et il a trouvé un abri, le temps que les travaux soient finis.

« Avec mon premier salaire, je vais me faire deux petits plaisirs simples : aller chez le coiffeur et un petit resto », s’enthousiasme-t-il. Il devra aussi verser à l’association un loyer proportionné à ses revenus. Une fois installé, il compte surtout renouer le contact avec sa fille. « C’est mon objectif, tout en haut de mes priorités. Elle va avoir 14 ans au mois de mai. Quand tu es dehors, tu ne peux l’inviter dans la rue et lui dire : ‘Bah… C’est là que papa dort.’ »

Donner en retour

Pour que l’installation soit définitive, reste encore à trouver des panneaux solaires et un système de chauffage répondant à tous les critères avant l’emménagement. L’association travaille à cette tâche : « On tâtonne encore, concède Franck Renaudin. Alexandre et Vincent sont les premiers, ce sont un peu des cobayes ! »

Une situation très bien vécue par Alexandre, enthousiasmé par toute l’émulation autour du projet qui ne cesse de grandir. Fin mars ou début avril, Un toit vers l’emploi réceptionnera deux tiny houses, qui logeront deux nouveaux bénéficiaires. En attendant, Franck Renaudin planche sur la nuit de la solidarité à Rouen, une maraude géante de 19 heures à 1 heure du matin le mercredi 4 mars.

260 personnes sont déjà inscrites comme bénévoles. « Il en manque encore une centaine, relate Franck Renaudin. Les inscriptions sont toujours ouvertes. » Alexandre en sera. Après tout ce qu’il a vécu et reçu, il souhaite « donner en retour ». « J’ai dit à Franck : ‘Tu m’as tendu la main. Je veux en être.’ »

Alexandre emménagera bientôt dans cet espace de 18m², qu'il pourra acquérir sur la durée.

Alexandre emménagera bientôt dans cet espace de 18m², qu’il pourra acquérir sur la durée. (©MN/76actu)

Infos pratiques :
Retrouvez l’actualité de l’association Un toit vers l’emploi sur Facebook.
Pour s’inscrire à la nuit de la solidarité ou pour toute information, rendez vous sur le site internet du collectif organisateur.

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