Les représentants des salariés de la santé gérontologique devant l’Agence Régionale de la Santé. (©Astrid Verdun / 76actu)
En mai 2017, un octogénaire est décédé de la gangrène et de la dénutrition au CHU de Rouen (Seine-Maritime). Mettant en cause le personnel de l’établissement où se trouvait l’homme, sa fille, Isabelle Tessier, a déposé plainte contre l’Etablissement public départemental (EPD) de Grugny (Seine-Maritime) en mai 2019. Ce cas est symptomatique d’un contexte compliqué dans le secteur de l’aide aux personnes âgées.
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Depuis plusieurs mois, les salariés d’aide des personnes âgées à domicile et des Ehpad demandent à l’Etat d’agir concrètement en mettant plus de moyens dans ces établissements. Suite au rapport Libault, une loi a été promise par le ministère de la Santé l’automne dernier. Reportée, elle ne serait mise en place qu’en 2020.
Plus de personnel pour de meilleures conditions de travail
Le lundi 1er juillet, l’AD-PA (l’association des directeurs au service des personnes âgées) et l’intersyndicale ont formé une délégation pour rencontrer Christine Le Frêche, la directrice de l’autonomie à l’Agence Régionale de Santé, à Rouen. Les objectifs de ce rendez-vous étaient de faire entendre la voix des salariés et de réaffirmer l’attente de solutions, surtout en cette période de vacances et de fortes chaleurs.
La revendication principale tient au nombre de postes : afin de travailler dans de bonnes conditions, les représentants des salariés demandent urgemment 400 000 postes de plus, soit deux postes supplémentaires par établissement et par service à domicile à proximité des résidents.
Marie-Pascale Mongaux, correspondante régionale de l’AD-PA : « C’est trop tendu. Il y a plein de collègues qui tombent en dépression, qui partent… » pic.twitter.com/1WPB2vb8it
— Astrid Verdun (@AstridNudrev) 1 juillet 2019
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« Ne pas détourner les yeux de la vieillesse »
Les salariés veulent voir leurs conditions de travail s’améliorer afin d’offrir une vraie qualité de service et d’humanité dans l’accompagnement en fin de vie. « Dans mon Ehpad, l’après-midi, nous nous retrouvons avec trois soignants pour 42 résidents. Les employés n’ont pas le temps de faire des soins correctement et cela génère un véritable sentiment de mal-être en eux », raconte Christophe Le Mestre, directeur de deux Ehpad ruraux en Seine-Maritime. Il affirme qu’il faut mettre en place une grande réflexion sociétale autour de la vieillesse : « Il est temps de se demander : est-ce qu’on veut poser un regard bienveillant sur les personnes âgées et donc se donner les moyens d’agir avec éthique ou est-ce qu’on veut continuer à détourner les yeux ? ».
Selon la délégation présente devant l’ARS ce jour-là, les manques de moyens font peur à de potentiels employés. « Ce métier est une vraie vocation mais au bout d’un moment les conditions difficiles créent une perte de sens pour le futur personnel. C’est pour cela que les écoles d’infirmières à Rouen ne font pas le plein, par exemple », explique Marie-Pascale Mongaux, correspondante régionale de l’AD-PA.
Une réaffirmation de changements
Quelques heures plus tard, Marie-Pascale Mongaux confie son ressenti : « Christine Le Freche nous a écoutés et, comme toujours, les contacts ont été très bon avec l’Agence Régionale de Santé ». Selon elle, l’administration centrale prévoit de présenter un projet de loi au conseil des ministres à la fin de l’année et au parlement en janvier 2020. Quant à la ministre de la santé Agnès Buzyn, elle devrait annoncer des mesures fortes concernant le milieu de la santé gérontologique au mois d’octobre.