Pierre Lapointe : « l’art m’a sauvé, libéré et construit »

Pierre Lapointe : « l’art m’a sauvé, libéré et construit »

Pierre Lapointe vient mardi 10 mai au 106 à Rouen pour fêter ses 20 ans de carrière. Il est seul au piano avec des titres qui ont fait son succès grandissant. Il y a la voix et le charisme de cet artiste québécois et surtout une écriture élégante, un grain de folie, les rires qui se mêlent aux larmes. Son nouvel album, L’Heure mauve, sorti en février 2022, a été composé en dialogue avec les œuvres de Nicolas Party, exposées au musée des Beaux-Arts de Montréal. C’est une balade poétique au fil des saisons et des humeurs, entre reprises de « maîtres » et chansons originales. Entretien avec Pierre Lapointe

Quel rapport entretenez-vous avec l’art contemporain ?

Pour moi, l’art contemporain, l’architecture, le théâtre, la danse, la mode, la musique… tout cela se mélange. Je ne fais pas beaucoup de différences entre ces diverses disciplines artistiques. C’est une façon d’organiser ma vie, de rester en vie. L’art m’a sauvé, libéré et construit. Jeune, j’allais au musée des Beaux-Arts du Canada pour voir les œuvres de Louise Bourgeois, d’Andy Warhol… Si je n’avais pas eu accès à cet espace-là, je me serais éteint. Quand l’être humain parvient à créer, c’est à cet endroit qu’il est le plus beau. Maintenant, c’est devenu un mode de vie. Le Covid a changé beaucoup de choses. Mais je peux faire le tour du monde pour voir des musées.

Vers quels courants artistiques allez-vous spontanément ?

Cela dépend du moment. Il y a eu le jazz, la chanson française que j’ai décortiquée et que je connais bien. Souvent, je me suis demandé : c’est quoi ton genre ? En fait, le plus important, c’est d’être touché. J’ai beaucoup de tendresse pour l’artiste japonais, Izumi Kato. J’aime son rapport du personnage à l’objet. Son approche me questionne. Je redécouvre également le travail de Warhol. J’ai vu un documentaire sur son journal intime. Je reviens à Picasso. David Altmejd est un artiste hallucinant, un génie de la sculpture. Ce qui est vraiment intéressant, ce sont toutes ces œuvres qui vieillissent et restent contemporaines.

Qu’est-ce qui vous a interpelé dans le travail de Nicolas Party ?

Son travail est brillant et très fort. Nicolas Party n’étale pas son savoir. Il a intégré des notions, des références qu’il fait apparaître et deviner. Avec lui, on est davantage dans le langage de l’émotion. Ses pastels sont merveilleux. Il s’empare des couleurs du passé pour réaliser des œuvres contemporaines. Il est aussi un grand plasticien et un grand metteur en scène. Il sait travailler l’espace. Il y a une similarité dans nos démarches, dans notre façon d’accorder la même importance aux mêmes éléments. 

Le titre de cet album, L’Heure mauve, est très poétique. Pourquoi le reprenez-vous ?

C’est une référence à une toile de Leduc. Nicolas s’en inspire aussi. C’est à tomber à la renverse. Par ailleurs, je trouve que c’est un beau titre. C’est une autre façon de décrire le monde, une manière très imagée et, en effet, très poétique.

Diriez-vous que cet album est singulier ?

Oui parce qu’il est né du travail de Nicolas, de ses toiles, des maquettes que j’ai pu voir, de son rapport aux maîtres canadiens et internationaux. Jusqu’à présent, je n’avais jamais fait ça. Cet album aurait eu une autre teneur, une autre couleur s’il n’y avait pas eu cette exposition. Je me suis laissé porter par les œuvres de Nicolas, par la beauté de cette proposition. Cet album reflète l’endroit où je me trouve aujourd’hui.

Comme Nicolas Party, vos maîtres que vous reprenez dans l’album vous ont beaucoup nourri.

Oui, il y a Gilles Vigneault, Félix Leclerc qui sont un peu tombés dans l’oubli. Ils ont écrit des disques qui restent de grandes œuvres parce qu’elles ont passé l’épreuve du temps. Ce sont des gestes symboliques forts.

Le thème de l’absence revient régulièrement dans les chansons de L’Heure mauve.

C’est une obsession depuis très longtemps. Quand j’étais enfant, j’étais obsédé par des souvenirs qui venaient de je ne sais où. J’avais une imagination assez fertile. J’en pleurais. J’en suis moins victime aujourd’hui. En parallèle à L’Hymne au printemps de Leclerc, j’ai écrit L’Hymne à l’automne après la disparition de Michel Robidoux pour lui dire au revoir.

Que vous inspire ce serpent effrayant ?

C’est le serpent du pêché originel. Il est devant ce personnage qui n’a pas d’âge, pas de sexe. C’est très fort esthétiquement et visuellement. Cela m’a fait pensé au Serpent qui danse de Baudelaire.

Cet album et cette tournée marquent 20 ans de carrière.

Oui, 20 ans. Tout a commencé au festival de Granby. Les premiers concerts de cet anniversaire ont été annulés. La tournée devait se dérouler avec plusieurs musiciens pour présenter un véritable show. J’ai décidé d’être seul au piano en France et en Belgique. J’exerce maintenant ce métier depuis vingt ans et j’ai un répertoire avec un corpus imposant. Comme je ne fais pas partie de ces artistes que l’on vient voir pour écouter un album, je suis aller piocher dans tous ces disques. Les souvenirs reviennent. Ce sont des cartes postales que je m’envoie dans le passé.

Infos pratiques

  • Mardi 10 mai à 20 heures au 106 à Rouen
  • Première partie : Lumière
  • Tarifs : de 26,50 à 17,50 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
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