La lutte contre un lymphome particulièrement répandu et agressif enregistre une avancée majeure, dont le professeur Hervé Tilly, hématologue au Centre Henri-Becquerel, est l’un des grands artisans.Serein du haut de ses 69 ans et de son bureau du 7e étage du Centre Henri-Becquerel, le Professeur Hervé Tilly continue à repousser la retraite, tout engagé qu’il est dans le combat contre son ennemi de toujours : le lymphome, un cancer des ganglions. »Ce cancer du sang touche le système immunitaire. Il se porte sur des organes comme la rate, les amygdales ou la moelle osseuse. Il s’agit du 6e cancer le plus fréquent en France. Il en existe plusieurs types, dont le plus courant, le lymphome diffus à grandes cellules B (LBGC). Nous venons de réaliser un progrès significatif dans son traitement, qui n’avait connu aucune amélioration depuis vingt ans. »Les promesses de l’étude PolarixLe médicament employé consiste en un anticorps couplé, le polatuzumab vedotin (Polivy pour le futur nom commercial), qui cible spécifiquement les cellules cancéreuses. Il est associé à une molécule de chimiothérapie qui va détruite la cellule tumorale de l’intérieur. « L’anticorps reconnaît la cellule cancéreuse, il se fixe sur elle, elle l’intègre et meurt quand il libère la védotine, un poison du fuseau. Par rapport à une chimio standard, ce traitement permet de ne pas toucher aux cellules saines, donc de réduire les effets secondaires. Une meilleure efficacité et pas plus de toxicité. »Une étude baptisée Polarix publiée en janvier montre une diminution de 27% du risque de rechute ou de progression de la maladie. 879 patients de 23 pays des cinq continents ont participé à cet essai. « En accord avec le fabricant du médicament (Roche), l’étude Polarix a été initiée par le groupe coopérateur national Lysa (Lymphoma Study Association), réseau de recherche clinique dont le conseil scientifique est piloté par un membre du Centre Henri-Becquerel, souligne Hervé Tilly. Notre établissement a été impliqué dès la première phase de l’étude, voilà plus d’une décennie. Au départ l’essai ne concernait que les cas de rechute. Les bons résultats de cette troisième phase pourraient changer le traitement de première ligne des patients atteints d’un LBGC. »Une décennie à la tête du Centre BecquerelTraitement « de première ligne » ou traitement « primaire », c’est-à-dire le premier choix des médecins. Reste à attendre quelques mois pour l’autorisation de mise sur le marché, étape au goût de victoire pour Hervé Tilly, président de l’Eli (European Lymphoma Institute). Ce Parisien de naissance a intégré le CHU de Rouen en 1977 comme interne après ses études de médecine à l’Hôpital Saint-Antoine. « J’ai choisi la spécialisation en hématologie parce qu’elle me permettait à la fois de m’occuper des patients et de m’intéresser à la recherche biologique et clinique. »Aujourd’hui l’expert ès lymphomes a réduit la partie soins à des consultations mais son activité sur le front de la recherche ne faiblit pas. Il se rend à Paris plusieurs fois par mois pour les réunions Lysa, tandis que les prochains ateliers Eli l’emmèneront à Amsterdam puis Dubrovnik (Prague, Lisbonne et Lyon en 2021). Raccrocher la blouse blanche pour voir davantage sa petite-fille d’un an et demi chez lui à Belbeuf ? Pas à l’ordre du jour : « J’ai encore des projets. » Le Centre Henri-Becquerel, qu’il a dirigé de 2007 à 2017, ne s’en plaindra pas.