Une première soirée et des messages d’espoir

Une première soirée et des messages d’espoir

C’était une première et belle soirée pour apporter un soutien aux populations ukrainienne et opprimées. Les artistes, réunis par le collectif Scènes solidaires pour la paix, ont chanté, lu, dansé et proposé des gestes artistiques samedi 26 mars au Théâtre des Arts à Rouen.

À la fin, il y a cette foule rassemblée sur le dernier mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven. Les uns déambulant, les autres apparaissant, comme des fantômes ou des souvenirs. Derrière eux, est illuminée une fresque géante des Anges au plafond qui raconte les conflits de l’humanité avec, au centre, deux êtres portant une colombe. C’est le tableau, en forme de message d’espoir, qui a clos samedi 26 mars cette soirée de soutien à la population ukrainienne et aux personnes opprimées.

Le collectif Scènes solidaires pour la paix qui réunit 17 salles de l’agglomération rouennaise a souhaité rappeler leur attachement à la liberté et participé aux collectes de dons pour l’Ukraine. Plusieurs artistes de la région étaient là pour montrer encore et toujours à travers diverses propositions que l’art tient une place essentielle pour porter les couleurs de cette liberté menacée.

« Une expérience« 

Iryna Kyshliaruk, Diane dans Iphigénie en Tauride, l’opéra de Gluck donné en février 2022 au Théâtre des Arts, a interprété un air de Cléopâtre, extrait du Jules César de Haendel avec l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, dirigé par Ben Glassberg, vêtu d’un tee-shirt aux couleurs de l’Ukraine. Cette soprano, inquiète pour ses « amis qui dorment dans le métro à Kyiv », « un chanteur d’opéra coincé à Marioupol » ou son frère, « cuisinier bénévole à Lviv », ne peut renoncer à chanter. « Les artistes ne sont pas de bons pédagogues mais nous posons des questions et amenons vers des réflexions. Chaque œuvre permet d’avoir des angles de vue différents, de guider pour trouver peut-être des réponses. Elle est une expérience. Elle suscite des émotions et efface cette impression de solitude face aux tempêtes de la vie ».

Ashley Chen partage cette position. « Notre rôle est d’amener les gens à la réflexion, à la curiosité. Nous ne devons pas nous contenter de ce que l’on nous dit ». Le chorégraphe a dansé sur le 2e mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven. Cette œuvre « m’évoque l’idée d’une avancée. Nous allons toujours quelque part, même en des temps merdiques. Il est important d’avoir cette volonté de continuer. C’est facile de dire : je n’en peux plus. Il faut continuer à avancer, à créer ».

Une lutte

Comme Manon Basille des Huit Nuits qui voit dans l’art « un rôle émancipateur, un appel à la revendication ». Elle reprend volontiers une citation d’Albert Camus : « tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude ». Pierrick Le Bras, guitariste du groupe, s’interroge : « que nous reste-t-il quand il disparaît ? C’est à ce moment-là que l’on s’aperçoit que l’art est indispensable ».

Marie-Hélène Garnier, comédienne, metteuse en scène, les rejoint. «  L’art est un effet miroir et soulève des questions afin que l’on ne vote pas pour des conneries ». La fondatrice de La Dissidente a traduit deux prises de parole de Shogofa et Maryam, toutes deux Afghanes réfugiées à Rouen depuis cinq mois. L’une est militante et activiste, l’autre, comédienne et écrivaine. Elles sont bouleversées par le fait d’écrire tous les jours le mot « guerre ». Dans l’art, la dimension de lutte est importante pour ces jeunes femmes. « En Afghanistan, l’art est tabou et il est difficile d’être un artiste. Il faut se battre. Aujourd’hui, là-bas, il faut avant tout vaincre la peur, la faim, se mettre en sécurité. Le rôle de l’art est différent selon l’endroit où on vit », confie Shogofa. Quant à Maryam, elle ne cesse de se battre pour préserver des valeurs à travers une émission de télévision internationale, basée en Suède. « Il faut lutter pour la justice et l’art est une arme ».

Une première et une suite

Comme Wilmer Marquez, acrobate et fondateur de la compagnie Bêstîa qui a présenté des numéros de portés sur la musique des Dakh Daughters. Pour lui aussi, la violence était quotidienne pendant son enfance et son adolescence dans un quartier populaire à Bogota en Colombie. « Quand elle est récurrente, elle devient juste un décor. Dans les histoires que nous racontons, il y a cette réalité. Je ne peux pas l’oublier et me taire. J’essaie de porter la parole de celles et ceux qui ne l’ont pas. On ne peut laisser une pensée enfermée derrière les murs ». C’était tout le message de son magnifique spectacle, Barrières.

Charlotte Rousseau de La Presque Compagnie qui a présenté une danse de résistance sur Lithos, une musique d’Osta Manuliak préfère voir l’art comme « un lien entre les Hommes. Nous essayons de le maintenir à travers nos créations. C’est notre responsabilité d’artistes ». Tout comme Bertrand Geslin, batteur des Huit Nuits : « il permet de faire cause commune parce qu’il est un marqueur d’identité. Il nous rassemble ».

Les actrices et les acteurs de la vie culturelle étaient en effet rassemblés au Théâtre des Arts à Rouen lors de cette soirée qu’ils annoncent comme la première.

Charlotte Rousseau, en solo sur une musique de Manuliak

Iryna Kyashliaruk, accompagnée par l’orchestre de l’opéra de Rouen

Entre Frédéric Jouhannet, Catherine Delattres et de Maryse Ravera ont lu des extraits des « Cercueils de Zinc » de Svetlana Alexievitch

Dj set de Zadig

Huit Nuits a interprété ce titre poétique et mélancolique, « La Mer est loin »

La fresque des Anges au plafond s’est illuminée au fil de la soirée
Relikto

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