La mélancolie est douce. Les ambiances sont très intimes et les mélodies, délicates et caressantes dans Vattetot. C’est le titre du premier album solo d’Antoine Wielemans. Pour l’écrire, le chanteur et guitariste de Girls in Hawaii est venu en novembre 2019 puis en février 2020 à Vattetot-sur-Mer, tout près d’Étretat. Deux séjours passés dans une maison et au milieu des éléments, si présents dans les différentes chansons. Antoine Wielemans revient en Normandie pour un concert samedi 19 mars au 106 à Rouen. Entretien.
Que retenez-vous de cette expérience d’écriture dans un petit village normand ?
C’est une expérience que j’ai déjà faite quelques fois. J’ai toujours besoin de m’isoler pour écrire. Pour ce projet qui est particulier parce qu’il a été écrit en français, il était important pour moi d’être coupé du monde, de m’installer dans cette petite maison. Elle a été comme un petit refuge. C’était assez inspirant. Dans de telles conditions, je peux travailler non stop quand j’écris, quand je mange, quand je me ballade.
Avez-vous ressenti tout particulièrement les éléments ?
Oui et les éléments permettent de parler de soi, des émotions ressenties à l’intérieur, de la mélancolie. Être à cet endroit a forcément orienté le choix des mots. Au moment de l’écriture, je ne m’en suis pas rendu compte. Il y a aussi le fait d’être isolé au milieu de ce paysage, d’être dans cette maison ouverte sur ce paysage. Quand on est seul, je pense que l’on est davantage sensible à ce qui nous entoure.
Est-ce que l’écriture a été un combat ?
Oui, cela l’a toujours été. C’est un combat qui se joue avec la confiance en soi. Quand je pars de cette manière, je m’oblige à avoir un résultat. Dans mon quotidien, je peux écrire pour écrire sans que les textes m’amènent quelque part. Loin de chez moi, il faut provoquer quelque chose, se battre avec soi-même. Je dois écrire même si c’est bien ou pas bien. Je ne me soucie pas de la qualité. Je produis le plus possible et je fais mon debrief plus tard.
Pourquoi écrivez-vous qu’il manque de la poésie aujourd’hui ?
On vit la poésie de plusieurs façons. Je pense qu’il y des choses moins jolies qu’avant. Nous en sommes tous des victimes parce que nous sommes scotchés à nos écrans. Cela est dû à la modernisation de la société. Par exemple, nous ne faisons plus de photos avec un appareil muni d’une pellicule mais avec un téléphone. Nous le faisons tout le temps et nous ne prenons même pas le temps de trier nos photos. C’est la même chose pour le courrier. Nous n’envoyons plus de lettres. Il y avait pourtant de la magie dans tout cela. Je pense que l’on perd une forme de beauté et de poésie qu’il faut aller chercher ailleurs.
Êtes-vous nostalgique ?
Oui, quand même un peu. Mais je suis plus mélancolique que nostalgique. Je suis bien ancré dans le présent et je suis plus à me projeter dans le futur. La mélancolie fait partie de mon caractère. Adolescent, j’avais des moments de dépression que je ne comprenais pas. Cela a pas mal orienté ma vie. La mélancolie est une jolie source d’inspiration et permet des expressions artistiques très belles. Elle est à la frontière entre la lumière et l’ombre, entre la joie et une forme de tristesse.
Dans cette chanson, Poésie, vous écrivez : j’attends mieux de la vie.
Parfois, on écrit des choses… C’est une phrase que je me dis à moi-même. Nous sommes maîtres de nos vies, de nos destins, en grande partie parce que nous ne décidons pas de tout. Quand j’écris cela, je me provoque l’envie de ne pas être emporté par le quotidien. Comme je suis papa, il y a toujours des choses à gérer. Je pense souvent au titre d’un roman de Kundera : La Vie est ailleurs. J’adore cette phrase. La vie est ailleurs que dans notre quotidien. Il y a des saveurs à trouver ailleurs. Celles que l’on ressent quand on est en voyage ou on découvre des choses, quand il y a une surprise. Or nous n’avons pas toujours accès à cela. La vie, c’est parfois un combat pour multiplier ce genre d’événements.
Dans cet album revient l’idée de dessiner un chemin. Était-ce votre intention ?
C’est un album qui vient à un moment où je peux parler de choses plus personnelles, dire mes doutes. Cela fait vingt ans que je fais de la musique. Je me pose beaucoup de questions. Vattetot est un disque de questionnements. Aujourd’hui, je peux ralentir le rythme, j’ai davantage conscience de l’extérieur. Tout cela est un chemin.
Infos pratiques
- Samedi 19 mars à 20 heures au 106 à Rouen
- Concert avec St Woods et City of the sun
- Tarifs : de 16,50 à 4 €. Pour les étudiants : carte Culture.
- Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com