Thomas de Pourquery : « la musique est la science du découpage du temps »

Thomas de Pourquery : « la musique est la science du découpage du temps »

Thomas de Pourquery ne pose aucune frontière dans ses projets artistiques et ses collaborations avec Metronomy, Jeanne Added, Oxmo Puccino… Saxophoniste, chanteur, compositeur, comédien, il trouve un terrain propice à son imaginaire dans le jazz, le rock progressif, la pop, la musique psychédélique et contemporaine… L’homme, plein d’humour, à la carrure de rugbyman, retrouve sa formation, Supersonic, avec Laurent Bardainne, Fabrice Martinez, Arnaud Roulin, Frederick Galiay et Edward Perraud. Après avoir exploré l’univers de Sun Ra, artiste américain (1914-1993) et des Sons of love, ils se retrouvent tous pour un voyage cosmique des plus enivrant. Alors Back to the moon et un détour jeudi 17 mars au 106 à Rouen avec la Home Factory. Entretien avec Thomas de Pourquery.

Vous êtes musicien et comédien. Quelle activité nourrit l’autre ?

Tout se nourrit. C’est très enrichissant de tourner un film tout en poursuivant mes activités de musicien. Je suis toujours très heureux de retourner sur les plateaux de cinéma ou sur scène. Je pense que tout cela se fait indirectement. Quand on est musicien, on est forcément influencé par énormément de choses. C’est très inspirant quand on met un pied dans le monde de la musique. Je ne fais pas toujours la différence avec la vie. C’est en fait la vie dans toute sa diversité.

Est-ce que la science-fiction vous influence davantage ?

Étonnement, non. Et je ne suis pas un spécialiste de science-fiction. J’adore Barjavel. Je suis plutôt dada et afro-futuriste. 

Comme Sun Ra.

Oui,. Supersonic est un enfant de Sun Ra. Cette formation est née de sa musique. Au-delà du psychédélisme, c’est surtout l’éclectisme de sa musique qui m’intéresse. Cette œuvre est marquée par sa diversité.

Vous avez réuni dans Supersonic des musiciens issus d’horizons différents. Comment avez-vous trouvé le son de cette formation ?

Cela a été miraculeux. À la première répétition, il y a eu cette espèce d’alchimie. Je n’avais jamais vécu cela de ma vie. Il y a le rythme basse-batterie avec Frederick Galiay et Edward Perraud qui viennent de la musique improvisée et du free-jazz. Fabrice Martinez est un grand soliste, trompettiste, de musique contemporaine. Laurent Bardainne et Arnaud Roulin, deux membres de Poni Hoax, sont là avec leur bagage rock. Tous partagent l’amour de la mélodie et de l’improvisation. Nous nous sommes retrouvés les premières fois autour de la musique de Sun Ra. C’était un tel bonheur de jouer des chefs-d’œuvre, des compositions merveilleuses.

Comment cultivez-vous ce bonheur ?

Comme pour toutes les vieilles histoires, nous ne nous parlons plus… C’est comme une histoire d’amour, de famille. Dans celle-ci, nous sommes tous polygames et heureux de l’être. C’est merveilleux de pouvoir se nourrir au sein d’autres projets et d’avoir le bonheur de se retrouver. J’écris en pensant à eux, au bon repas que nous allons partager quand on va jouer. Il faut cultiver le désir. C’est ce qui m’anime.

Est-ce que votre démarche est comparable à celle de Sun Ra ?

Oui, elle est dans l’éclectisme, le bonheur de jouer une chanson pop, puis un morceau improvisé. Nous avons ce goût de la diversité.

Est-ce que cette démarche peut être aussi politique ?

Peut-être indirectement. Elle est surtout humaniste. Nous sommes tous animés par la conscience de faire de la musique quelque chose de sacré. Tout part de nous. Nous nous devons d’être un canal possible de diffuser des ondes, des fréquences qui vont faire du bien. Pour cela, il faut cultiver ce travail artisanal le mieux que l’on peut. En ce sens, oui, cet acte est politique. Et nous avons conscience de cela. Particulièrement aujourd’hui dans ce monde qui vit des moments terribles. Il ne faut jamais se résigner, renoncer à cette nourriture spirituelle.

Vous établissez un lien entre la musique et le cosmos.

Oui, clairement. C’est une réalité. Supersonic est un vrai vaisseau pour voyager dans le temps. C’est une réalité lexicale et physique. La musique est la science du découpage du temps. Elle crée un lien à l’espace, au temps. Les ondes se mélangent pour créer des fréquences qui emmènent dans des endroits, des galaxies différentes selon ce que l’on joue.

Dans cet album, Back to the moon, il y a à nouveau cette idée de voyage.

Je l’ai toujours en tête. Cet album, je l’ai imaginé comme un vaisseau. Nous sommes dans un cockpit qui va nous emmener très loin. Nous avons la possibilité de regarder et de se faire embarquer.

Est-ce que vous avez déjà rêvé d’un voyage dans l’espace, comme le proposent Jeff Bezos et Richard Branson ?

Oui. Qui n’aimerait pas être en apesanteur, voir la Terre depuis l’espace ? C’est un rêve. Je sais que cela n’arrivera pas. Et cela ne me manque pas non plus. La musique permet justement ce voyage vers un autre espace. Et Jeff Bezos n’est pas une personne qui m’inspire beaucoup.

Infos pratiques

  • Jeudi 17 mars à 20 heures au 106 à Rouen
  • Tarifs : de 22,50 à 6 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
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